Bilan

«Le vaccin de Moderna contre le Covid-19 n’est que la partie visible de l’iceberg»

Spécialiste de la stratégie d’innovation en matière de santé auprès du gérant écossais Baillie Gifford, Julia Angeles a su repérer et miser sur la société de biotech américaine bien avant la pandémie. Elle livre sa vision sur les solutions et les technologies d’avenir.

  • Julia Angeles: «Nous continuons de nous concentrer sur la technologie de l’ARN messager pour protéger la population contre une multitude de maladies en une seule injection.»

    Crédits: Baillie Gifford & Co
  • Défis sanitaires: «Les thérapies cellulaires et génétiques ont explosé ces dernières années.»

    Crédits: Brian van der Brug/Getty images
  • Le logiciel AlphaFold de Deepmind peut prédire la structure 3D des protéines. C’est «une révolution», assure Julia Angeles.

    Crédits: Deep Mind

Moderna a réussi à développer un des tout premiers vaccins contre le coronavirus alors qu’elle n’avait jamais commercialisé le moindre médicament avant la pandémie. Responsable du portefeuille de la stratégie d’innovation en matière de santé pour le gérant écossais Baillie Gifford, Julia Angeles fait partie des personnes qui avaient repéré et investi dans cette startup américaine bien avant la crise du Covid-19.

Qu’est-ce qui vous a séduit chez Moderna?

Julia Angeles Nous avons découvert la société deux ans avant son entrée en bourse, et bien avant la pandémie. En construisant une base solide dès le départ, Moderna a pu amener les vaccins à ARN messager vers une production commerciale à une vitesse inouïe. Sa technologie va lui permettre de créer d’autres solutions thérapeutiques. Plus de 20 autres médicaments sont en cours de développement. Son vaccin contre le Covid-19 n’est que la partie visible de l’iceberg.

Parmi vos investissements, pourriez-vous nous donner un exemple d’entreprises particulièrement prometteuses?

Nous suivons par exemple l’entreprise américaine Butterfly Network qui transforme un smartphone en appareil à ultrasons. Ce dernier vise à rendre les ultrasons largement accessibles aux 4,7 milliards de personnes dans le monde qui n’ont pas accès à l’imagerie médicale. Bon marché, petit et facile à utiliser, il peut remplacer des appareils d’imagerie de 200 kilos qui coûtent des centaines de milliers de dollars. L’appareil s’utilise facilement avec un minimum de formation. Il pourrait devenir aussi courant qu’un stéthoscope ou un thermomètre et permettra de surveiller les patients à distance, peut-être en partenariat avec des services de télémédecine.

«Le vaccin de Moderna contre le Covid-19 n’est que la partie visible de l’iceberg


A vos yeux, quelles sont les thérapies du futur incontournables?

Les thérapies cellulaires et génétiques ont explosé ces dernières années, donnant naissance à des remèdes capables de s’attaquer aux grands défis sanitaires mondiaux. Toutefois, aux prix et aux volumes actuels, ces traitements restent inaccessibles pour la plupart des patients. Nous recherchons des entreprises capables d’accélérer et de normaliser le développement et l’utilisation de ces thérapies.

Nous continuons de nous concentrer sur la technologie de l’ARN messager pour protéger la population contre une multitude de maladies en une seule injection. Cette technologie pourrait amener des avancées dans le traitement de certaines maladies auto-immunes.

Enfin, en 2020, une découverte remarquable a été faite. Il s’agit d’une technique permettant de transporter des enzymes thérapeutiques à travers la barrière hémato-encéphalique, une membrane qui protège le cerveau contre les toxines ou les agents pathogènes susceptibles de provoquer des infections. Jusqu’à présent, la plupart des médicaments ne parvenaient pas à franchir cette barrière. Cette découverte pourrait révolutionner les traitements de la maladie de Parkinson, d’Alzheimer, la démence, le cancer et les accidents vasculaires cérébraux.

Qu’en est-il en matière de technologies numériques innovantes appliquées à la santé?

Les progrès dans le domaine des semi-conducteurs et de l’apprentissage machine ont conduit à des développements passionnants en matière de santé, à l’exemple des «lab on chip» qui permettent de diagnostiquer des maladies à partir d’une goutte de sang. Cette technologie devrait ouvrir tout un nouveau champ dans la médecine clinique.

D’autres innovations sont révolutionnaires, à l’exemple de la solution AlphaFold de DeepMind, la filiale d’intelligence artificielle de Google. Ce logiciel est capable de prédire la structure 3D des protéines. AlphaFold pourrait aider les chercheurs à démêler la structure de centaines de millions de protéines et donc d’accélérer le développement de nouveaux médicaments. Il s’agit d’une véritable révolution.

Avez-vous des startup suisses dans votre portefeuille?

Actuellement, nous n’avons pas de startup suisse dans notre portefeuille. Notre fonds dédié à l’innovation dans le domaine de la santé investit uniquement dans des sociétés cotées en bourse. Mais à travers Baillie Gifford, nous investissons près de 6 milliards de dollars dans des entreprises privées, dont près d’un milliard dans le domaine de la santé. Nous sélectionnons des entreprises qui amènent des changements révolutionnaires en matière de santé. Leur capitalisation dépasse généralement 1 milliard de dollars. Certaines entreprises sont très jeunes mais entrent très rapidement en bourse.


Investment Manager

Après un parcours chez McKinsey, Julia Angeles a rejoint le gérant écossais Baillie Gifford en 2008 où elle a travaillé sur un certain nombre de stratégies d’investissement régionales et mondiales avant d’être responsable du portefeuille de la stratégie d’innovation en matière de santé. Baillie Gifford, qui emploie 1394 collaborateurs et dont les actifs sous gestion dépassent les 394 milliards de francs, a financé le groupe Moderna mais aussi des sociétés telles Illumina ou Ambu.

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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