Bilan

Quand votre maison deviendra plus intelligente que vous

Après le multimédia et la sécurité, la domotique veut s’occuper de votre chauffage et même de votre santé. L’intelligence artificielle s’invite au salon.

Votre maison saura bientôt prédire l’avenir. Pas comme une diseuse de bonne aventure mais comme une météorologue. Grâce à des prévisions fournies par Météo Suisse, grâce à un relevé hyperlocal de la nébulosité ou du vent, grâce encore à des modèles précis de votre environnement climatique et de l’inertie thermique de votre bâtiment, ce dernier fermera et ouvrira par lui-même les stores pour capter et stocker la chaleur du soleil, opacifiera ou éclaircira les vitres et optimisera les séquences de chauffage ou de climatisation. Objectif: réaliser des économies pouvant s’élever jusqu’à 50% sur votre consommation d’énergie. La domotique, autrement dit l’application des technologies de l’information à l’habitat, a déjà rendu votre maison capable d’appeler la police en cas d’infraction ou de diffuser votre musique préférée de la cave au grenier. Elle veut maintenant apprendre à connaître vos habitudes et préférences pour améliorer l’efficacité de votre logis sans en compromettre le confort. Elle songe même à appeler les urgences si votre grand-mère perd connaissance sur la moquette du salon.

Cette évolution possible de l’habitat, Antoine Guillemin l’a esquissée dès 2003 dans une thèse réalisée dans le cadre du laboratoire LESO-PB à l’EPFL. «Plutôt que de devoir programmer des choses comme l’ouverture des stores, j’ai développé des logiciels qui interagissent avec les utilisateurs pour adapter les réglages techniques de leur maison», explique-t-il. Ses travaux se fondent sur ceux du groupe de Nicolas Morel à l’EPFL, qui a introduit la logique floue dans les contrôleurs des systèmes techniques des bâtiments pour donner plus de souplesse aux logiciels qui gèrent les consommations énergétiques. Antoine Guillemin y a ajouté une couche de programmation supplémentaire avec des algorithmes dits génétiques. Comme dans l’évolution darwinienne, cette forme d’intelligence artificielle sélectionne ses programmes afin d’adopter, quasi naturellement, le comportement le plus proche des habitudes et des préférences des habitants.

Ces travaux ont trouvé le chemin de l’économie via une jeune entreprise de Winterthur, Adhoco. Elle a engagé Antoine Guillemin en tant que directeur technique afin de transformer ses recherches en produits. Une centaine de maisons sont désormais équipées d’un contrôleur adaptatif qui communique sans fil, via le protocole Zigbee. Cette petite unité centrale reçoit ses informations de capteurs de présence, de détecteurs d’intensité lumineuse et d’une ministation météo pour contrôler les lumières, les volets roulants et les vannes des radiateurs.

ADHOCO Le contrôle du logis s’adapte aux utilisateurs.

Une pompe à chaleur qui s’adapte aux tarifs différenciés

«En deux à trois semaines, le système apprend les habitudes des utilisateurs et module la consommation d’énergie pour des économies d’énergie pouvant aller de 15% à 40%», selon Antoine Guillemin. Mais cela ne suffit pas à l’inventeur. Il lance maintenant une nouvelle entreprise, Neurobat, pour appliquer l’intelligence artificielle à la commande même de la chaudière. «On peut encore gagner au moins 15% en optimisant les séquences de chauffage.»

L’idée de logiciels adaptatifs pour contrôler les maisons commence aussi à trouver de nouvelles applications. Au LESO-PB, Nicolas Morel vient de déposer un projet de recherche en collaboration avec l’entreprise Camille Bauer pour développer un système de commande de pompes à chaleur susceptible non seulement de s’adapter aux utilisateurs, à la météo et à l’inertie thermique du bâtiment mais aussi d’optimiser leur consommation électrique en fonction des tarifs différenciés du courant.

Les travaux des chercheurs lausannois ont aussi trouvé le chemin de la société à 2000 watts promue par l’ETH Zurich. Les logiciels adaptatifs servent à contrôler les bâtiments Self, des maisons ultraéconomes conçues dans le cadre du projet CCEM-House 2000. Dans ce cas, le système de contrôle de la lumière développé à Lausanne complète un autre logiciel baptisé Opticontrol, fruit d’une collaboration entre l’école polytechnique de Zurich, le laboratoire des matériaux EMPA ainsi que Swiss Electric et Siemens.

SELF Les bâtiments intelligents de la société à 2000 watts.

La maison qui guérit

Destiné aux maisons individuelles et aux immeubles plus grands et plus complexes de par le fait qu’ils incluent davantage d’utilisateurs, Opticontrol sort actuellement de la phase recherche pour entrer dans celle du prototype. Un immeuble bâlois sera piloté par ce logiciel dès cet automne. Responsable du projet, Dimitrios Gyalistras espère développer à partir de cette expérience un outil pratique pour la conception d’immeubles capable théoriquement d’économiser de 16% à 41% d’énergie.

En plus de l’énergie, la domotique s’intéresse à la santé. Le iHome lab de la Haute Ecole de Lucerne a développé un détecteur qui donne l’alarme en cas de chute. Dans le cadre des projets européens Ambient Assisted Living et Independent Living, la recherche s’oriente vers des systèmes destinés à aider les personnes âgées chez elles. Mais pas seulement. A l’EPFL, Marilyne Andersen combine les critères visuels aux découvertes de la photobiologie pour intégrer les effets physiologiques bienfaisants de la lumière naturelle dans la conception des bâtiments (lire encadré). Après la maison intelligente, la maison qui guérit?

 

Smarthome cartonne dans le haut de gamme

Créée en 2002, Smarthome emploie déjà plus de 40 collaborateurs à Gland et à Brugg. Ses axes de croissance disent la dynamique d’un marché à peine ralenti par la crise.

Gestion de l’éclairage Conçus pour le confort ou pour créer des ambiances, les variateurs intelligents gèrent la lumière en fonction de l’éclairage naturel pour économiser l’électricité.

Multimédia Avec le multiroom et la multiplication des sources audio et vidéo dans la maison, la demande est à la simplicité avec des commandes centralisées mais aussi à la santé pour des appareils qui modulent la puissance des réseaux wi-fi.

Sécurité La tendance est aux systèmes de vidéosurveillance qui apprennent à distinguer les événements pour éviter les alarmes inutiles.

 

RECHERCHE

Des idées lumineuses Passée du MIT à la Faculté d’architecture de l’EPFL, Marilyne Andersen met la lumière au service de la santé.

Pour voir ce que la technologie peut réaliser aujourd’hui en termes d’utilisation de la lumière naturelle, un petit tour sur Internet pour voir le quartier général de l’entreprise américaine de biotechnologie  Genzyme offre un bon départ. Derrière l’atrium, la piscine réflective et les stores perforés de ce bâtiment, on trouve une illustration des travaux de Marilyne Andersen, la nouvelle recrue de la Faculté de l’environnement naturel et construit de l’EPFL. Quand elle travaillait encore au Daylighting Lab du MIT, elle s’est concentrée sur les moyens de mieux utiliser la lumière naturelle dans les bâtiments grâce à de nouveaux matériaux et de nouvelles méthodes de mesure.

A l’origine du développement d’un logiciel (Lightsolve) qui permet d’optimiser la lumière naturelle lors de la conception d’un immeuble, la nouvelle professeure de l’EPFL entend approfondir maintenant une autre piste prometteuse: la santé. «Elle est associée depuis la nuit des temps à la lumière naturelle. Nous passons aujourd’hui 90% de notre temps dans des bâtiments. Les progrès de la photobiologie permettent d’améliorer la santé des patients ou le bien-être des habitants en employant mieux la lumière.»

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

Du même auteur:

«Le prochain président relèvera les impôts»
Dubaï défie la crise financière. Jusqu'à quand'

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."