Bilan

Quand les véhicules autonomes dialoguent

Née sur le campus de l’EPFL, la start-up vaudoise BestMile a remporté voilà quelques jours le Prix Strategis 2016.Elle s’est lancée dans une ambitieuse levée de fonds.

Née sur le campus de l’EPFL, la start-up vaudoise BestMile a remporté voilà quelques jours le Prix Strategis 2016.Elle s’est lancée dans une ambitieuse levée de fonds.

Crédits: Olivier Evard

Développer un système fiable pour qu’une voiture puisse circuler sans pilote n’est déjà pas chose aisée. Google, Tesla, mais aussi Volvo, Nissan, BMW et d’autres géants mènent des essais ou ont même déjà mis au point des systèmes de navigation sans pilote. Mais l’innovation, pour révolutionnaire qu’elle soit, ne bouleversera pas le modèle «un conducteur pour une voiture». Or, «les voitures passent 90% de leur temps en moyenne en stationnement, ce qui encombre les villes et n’est pas efficace, tant économiquement qu’écologiquement», note Anne Koymans, chief science officer et cofondatrice de BestMile.

En Europe, une réflexion alternative a été menée sur les transports autonomes: «De nombreux sites fermés comme des campus universitaires, des vastes complexes industriels, des centrales nucléaires, des centres-villes piétonniers ou encore des aéroports ont besoin d’un réseau de transports internes. Disposer d’une flotte de véhicules autonomes constitue une solution idéale», glisse Anne Koymans.

Mais sur un vaste site de ce type, le ballet des véhicules doit être soigneusement orchestré pour être réellement efficace: présence de véhicules sur différents points, gestion des flux en périodes de pointe ou des groupes exceptionnels, prise en compte des ralentissements éventuels sur les parcours… D’où l’idée née de la réflexion commune d’Anne Koymans et Raphaël Gindrat début 2014 de mettre au point un dispositif permettant à ces véhicules de communiquer entre eux et orchestrant les déplacements de l’ensemble de la flotte.

Durant plusieurs mois, le logiciel est progressivement mis au point et testé lors de différentes phases d’essai, d’abord sur le campus de l’EPFL puis bientôt en ville de Sion. «Notre programme est conçu sur le principe d’une tour de contrôle qui optimise la flotte de véhicules, ses déplacements, ses interactions, les besoins des usagers…», détaille Anne Koymans. 

Pour aboutir à une solution optimale, la start-up peut compter sur le soutien de l’EPFL qui a missionné trois chercheurs pour mettre au point les algorithmes les plus poussés afin d’optimiser la solution. Et au terme de leurs travaux, ces résultats seront confiés à BestMile. «Ce qui nous donne une avance certaine en la matière face à d’éventuels concurrents qui pourraient surgir», se réjouit la cofondatrice de la start-up.

Campagne de levée de fonds

Si le processus de développement n’est pas totalement achevé, BestMile vient de mettre son système en fonction dans un premier site privé: une flotte de six véhicules autonomes Navya circule déjà sur le site de la centrale nucléaire française de Civaux, près de Poitiers, gérée par EDF. Mais d’autres projets sont dans les cartons.

Pour les mener à bien, la jeune société qui compte déjà une petite quinzaine d’employés va devoir étoffer ses effectifs et investir dans certains domaines clés. D’où une campagne de levée de fonds initiée récemment avec pour objectif de réunir trois à cinq millions de francs.

Voilà quelques jours, 1% de cette somme a été gagnée grâce à la victoire de BestMile au Prix Strategis. Présidente du jury et CEO d’eboutic.ch, Laure de Gennes salue «et la créativité de ce projet qui allie haute technologie, ambition entrepreneuriale et responsabilité environnementale». 

Car au-delà des flottes sur sites fermés, BestMile pourrait un jour développer des solutions plus vastes, à l’échelle de véhicules sur routes ouvertes, et devenir un partenaire majeur des constructeurs de voitures autonomes. Jusqu’à imaginer un véritable Operating System pour automobiles connectées, à l’image des OS des smartphones.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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