Bilan

Quand la danse fait appel à la réalité virtuelle

Après un film en 3D, le chorégraphe genevois Gilles Jobin continue d'explorer de nouveaux univers. Sa nouvelle création, VR_I utilise des dispositifs de réalité virtuelle embarqués pour plonger des spectateurs acteurs dans une série de scènes saisissantes.
  • Le nouveau spectacle de Gilles Jobin plonge le spectateur dans un autre monde.

    Crédits: Cie Gilles Jobin
  • Le spectateur évolue au milieu d'un univers de géants et de danseurs miniatures.

    Crédits: Cie Gilles Jobin
  • Avec VR_I, la danse plonge dans la réalité virtuelle.

    Crédits: Cie Gilles Jobin

Il ne découvre pas les nouvelles possibilités que la technologie offre aux créateurs. Mais le chorégraphe Gilles Jobin n'en continue pas moins d'explorer avec fascination et intérêt les nouvelles solutions. Après son film WOMB en 2016, produit en 3D, il s'est penché ces derniers mois sur la réalité virtuelle. Et il a pu compter sur une start-up romande à la pointe dans ce domaine, Artanim.

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«Je me suis intéressé à la stéréoscopie, avec les volumes des corps, les espace entre les corps, le jeu avec la proximité et la distance. J’ai entendu parler d’Artanim. Je connaissais la capture de mouvements mais ça s’est beaucoup allégé. On a développé de nouveaux systèmes. D’abord cela s'est cristallisé autour d'un duo capté, puis on s’est rendu compte des possibilités», explique Gilles Jobin.

La réalité immersive d'Artanim

Et ce qui a permis de libérer la créativité, c'est justement les dernières avancées technologiques: «Avec le système de réalité immersive d’Artanim on a voulu développer un projet ensemble: il y a un vrai saut entre la VR qu’on connaît. Je comparerais cela à la plongée: d'abord on a eu des scaphandriers lourds et rattachés aux bateaux puis est venu le scaphandre autonome. On a acquis la liberté. D'ailleurs, comme pour la plongée, avec le dispositif Artanim, il y a l’équipement, le moniteur, le fait de pouvoir se déplacer à sa guise».

Concrètement, le spectateur se rend à la séance mais ne s'assied pas dans un fauteuil ou sur des gradins. Il est invité à venir sur scène, dans un espace rectangulaire de 8m sur 5m, et à s'équiper: des capteurs à fixer sur ses mains, ses pieds, un sac à dos équipé d'un ordinateur et un casque de VR avec un casque audio (tout est mis en moins de deux minutes). Et chaque représentation peut embarquer jusqu'à cinq spectateurs-acteurs. Une fois tous les participants équipés, la magie démarre.

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Au sein d'une caverne, les participants voient soudain des géants soulever le plafond de la grotte. Puis ces géants se mettent à se mouvoir, à danser et à venir observer les liliputiens que sont les participants. Au fil des minutes, le specateur est littéralement plongé dans d'autres univers: une maison peuplée d'oeuvres d'art et où de minuscules danseurs surgissent du sol, un parc où les danseurs sont à la taille des participants. Tout est virtuel, mais tellement réel que le spectateur se prend à reculer lorsqu'un danseur vient tournoyer près de lui.

«On a capté les mouvements des danseurs en gravité, on n’a pas triché avec ça. L’être humain accepte que le smiley représente un visage humain, donc on préfère se focaliser sur le mouvement que sur des traits ultra-réalistes. Il y a des défauts, mais on les accepte. Car notre cerveau capte et interprète les mouvements. C’est le mouvement qui est réel. Les seules limites sont technologiques: on n’est pas en haute définition, c’est assez pixellisé, on doit optimiser les scan sinon ça rame et ça ne tourne plus. On sait que les regards sont fixes et que certains critiqueront le rendu des traits du visage. Mais pour nous c'est le mouvement qui crée la réalité», argumente Gilles Jobin.

D'autres créations à venir

La création avec ces outils technologiques reste toutefois pleine de surprises pour le chorégraphe: «Ce qui me surprend c’est que ça correspond assez bien à ce que j’avais prévu. On a travaillé avec un processus très segmenté, pas du tout avec un processus fluide auquel je suis habitué avec des danseurs en direct. A posteriori, j’aurais créé davantage avec un processus itératif, avec plus d’aller-retour entre danse et technique».

Pas question toutefois d'avoir des regrets: Gilles Jobin entend même continuer à explorer ces nouveaux univers. «Maintenant je veux développer cet univers: je veux faire une saga avec plusieurs créations, VR_I est le prologue, et je veux imaginer trois mondes différents. Et plus tard des technologies qui combinent le live et les phases enregistrées pour le cinéma. On peut faire de plus en plus de choses, notamment en réseau ou en ligne. Nous vivons un moment à la fois historique et particulier, car 99% des gens qui viennent n’ont jamais mis de casque de VR. C'est comme les dernières années du XIXe siècle quand les premiers spectateurs découvraient le cinéma», esquisse déjà le chorégraphe. 

Pour découvrir VR_I, il faudra attendre quelques semaines encore: le spectacle sera d'abord présenté en première mondiale au Festival du nouveau cinéma à Montréal du 6 au 10 octobre; la première suisse de VR_I se tiendra ensuite du 12 au 15 octobre au Théâtre Forum Meyrin, puis VR_I sera ensuite présenté du 25 au 29 octobre à la HeK - Maison des Arts électroniques de Bâle, puis en tournée en Suisse et dans le monde.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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