Bilan

Privately automatise le droit à l’oubli numérique

Spin-off du groupe Kudelski, l’entreprise développe une technologie pour reprendre le contrôle de sa vie privée sur les réseaux sociaux.

En ligne cette semaine, l'application de Privately permet de garder le contrôle de ce qui est publié sur les réseaux sociaux.

Crédits: DR

Les requêtes d’internautes demandant à Google d’effacer des données personnelles sont passées de 12'000 en juin 2014 à 170'000 en décembre dernier en Europe. En jugeant qu'un particulier doit pouvoir faire disparaître des informations personnelles indexées par un moteur de recherche, notamment si elles sont périmées ou inexactes, la Cour de justice européenne a, en effet, introduit la notion de droit à l’oubli numérique, l’an dernier.  

Pendant que les géants de l’internet se battaient pour faire face à ces demandes, le groupe vaudois Kudelski a externalisé une activité de recherche qu’il menait dans ce domaine pour créer une start-up à l’Innovation Park de l’EPFL. Privately, dont Kudelski détient 30% du capital, lance cette semaine sa première technologie, une application disponible sur iOS et Android. Elle permet, préventivement, de garder le contrôle des données personnelles (photos ou autres) que l’on publie sur Facebook et Twitter.

En substance, l’application permet de télécharger un contenu, puis de le paramétrer pour le rendre visible sur Facebook ou Twitter par tous ou des personnes en particulier. Le document a aussi une durée de vie (un jour, une semaine, un mois) et peut être retiré à tout moment. Enfin, Privately a ajouté des filtres de vie privée. Ils permettent d’une part d’encrypter ses données, et d'autre part de les stocker sur d’autres serveurs que ceux des réseaux sociaux. Facebook ou Twitter ne dévoilent ainsi pas le contenu original mais une version floutée sauf pour les destinataires choisis qui ont accès à l’original. Des fonctionnalités qui sont au cœur de son business model.

La clientèle des telcos

«Quand vous publiez quelque chose comme une photo sur Facebook, implicitement vous cédez les droits d’auteurs au réseau social. Et entre les logiciels de reconnaissance du visage, la géolocalisation, etc. une photo en dit beaucoup sur vous », explique Deepak Tewari, le fondateur et CEO de Privately. L’encryption légère qu’a développée l’entreprise rend ainsi les documents publiés ininterprétables pour les robots qui balaient les réseaux sociaux en quête de données pertinentes souvent pour le marketing. En outre, le document téléchargé n’est plus stocké sur les serveurs de Facebook ou de Twitter, mais soit sur ceux de l’entreprise en Suisse, soit sur ceux des clients qu’elle vise: les opérateurs télécoms.

La question se pose naturellement de ce que les utilisateurs des réseaux sociaux seront prêts à payer pour cette protection pratique et «user friendly» de leur vie privée ? Deepak Tewari relève qu’aux Etats-Unis «AT&T facture un tel service pour 28 dollars par mois». Il cite aussi une étude de Nokia de 2014 qui estime que 75% des utilisateurs considèrent que la sécurité de leurs données relève de la responsabilité de leurs opérateurs mais sont aussi d’accord de payer un tel service.   

Sur cette base, l’entreprise négocie actuellement avec quatre des plus gros opérateurs télécoms d’Europe. Elle leur propose d’intégrer sa technologie dans leurs bouquets d’offres de services. Les données publiées sur les réseaux sociaux demeureront ainsi sur les serveurs de ces entreprises et seront donc protégées par le droit de leurs pays respectifs.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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