Bilan

Pour quelques millions, l'infini se fait vôtre

Imaginez la légèreté absolue. Vous ne pesez rien, vous flottez sans craindre la chute. C'est cette étonnante expérience qu'offrent quelques entreprises, comme l'américaine - et bien nommée - Zero Gravity. Ainsi, installés dans un avion qui prend de l'altitude avant de piquer du nez, les amateurs de sensations fortes peuvent-ils désormais expérimenter ce sentiment d'apesanteur tel que les astronautes connaissent en mission orbitale. Ces vols, d'une durée de trois à quatre heures pour moins d'une minute d'apesanteur, connaissent un succès croissant. D'ailleurs, quelques sociétés comme American Express, Hewlett-Packard, Google et Cadbury Schweppesen ont fait leur dernier chic, offrant des «journées spéciales» à leurs clients ou leurs employés. Flairant là une juteuse opportunité, d'autres firmes - notamment Armadillo Aerospace, Masten Space Systemsou Blue Origin - se lancent dans ce marché de niche et perfectionnent le concept en maximisant l'altitude. Les vols qu'elles préparent - des vaisseaux propulsés à une centaine de kilomètres d'altitude avant d'être lâchés en chute libre - devraient bientôt permettre de faire durer l'apesanteur plusieurs minutes.

Dix jours d'expédition

Space Adventures, qui travaille également sur ces vols suborbitaux et se targue de quelque 200 réservations préalables, va plus loin encore. Spécialiste du tourisme spatial haut de gamme, cette entreprise est la seule à proposer des vols commerciaux à destination de la Station spatiale internationale (SSI), qui se déplace en orbite à quelque 350 kilomètres de la Terre. Projet géré par des agences de plusieurs pays, la station est visitée tous les six mois par un vaisseau russe Soyouz, lancé depuis le Baikonur Cosmodrome au Kazakhstan. Ces expéditions, communément appelées «missions taxis», servent à renouveler les équipes à bord de la SSI et à en assurer le bon fonctionnement. Et c'est dans le cadre de l'une d'entre elles que Space Adventures invite les amateurs à se projeter dans l'espace. Le voyage, d'une durée de dix jours, comprend un séjour à bord de la SSI en compagnie des professionnels. Et si la station n'est pas tout à fait l'équivalent d'un hôtel cinq étoiles, elle n'en est pas moins équipée de frigos et de fours à micro-ondes qui permettent de déguster de «nombreux aliments normaux», tels que fruits, légumes et crème glacée. Mais, en apesanteur, les boissons se gobent par bulles plutôt qu'elles ne boivent par petites gorgées. Et les lits des visiteurs, identiques à ceux des astronautes, s'organisent en compartiments verticaux. Pour l'heure, les privilégiés qui se sont offert le luxe de cet exotisme si particulier se comptent presque sur les doigts d'une main. Dennis Tito, ancien astronaute de la NASA devenu investisseur, est le premier citoyen privé à s'être risqué dans l'espace. Il a été suivi par l'entrepreneur sud-africain Mark Shuttle-worth, le scientifique américain Greg Olsen et l'informaticien Charles Simonyi, ainsi qu'une femme, l'entrepreneure irano-américaine Anousheh Ansari. Dernier en date de cette liste très exclusive, le programmateur de jeux vidéo Richard Garriott a rejoint la station spatiale à la mi-octobre. Et on murmure que Sergey Brin, cofondateur de Google, s'est lui aussi réservé un ticket pour l'espace. Participer à une mission ne s'improvise pas: il faut compter six mois de préparation au centre d'entraînement Yuri Gagarin à Star City en Russie, sans oublier le coût de l'échappée belle. Une excursion à bord de la SSI se monnaie entre 35 à 45 millions de dollars. «Ces voyages donnent une appréciation toute particulière de notre planète et une nouvelle perspective de la vie», estime Stacey Tearne, porte-parole de Space Adventures. L'espace étant sans limite, cette société propose aussi des projets plus extravagants encore. Ainsi, l'astronaute amateur peut, pour 100 millions de dollars, approcher à une centaine de kilomètres de la Lune. Ou encore, pour 45 à 55 millions de dollars, être le premier civil à réaliser un «Spacewalk», c'est-à-dire une randonnée spatiale hors vaisseau. Ces deux aventures lunaires, auxquelles peu de professionnels se sont risqués, n'ont pas encore trouvé preneur. «Nous envisageons de mettre sur pied des vols moins chers, précise Stacey Tearne. Mais ces expériences ne seront jamais à la portée de toutes les bourses. Quitter l'atmosphère reste une opération onéreuse.»

Vivre sa lune de miel dans le bleu

Il n'empêche, Space Adventures planche déjà sur son prochain projet: un voyage spatial à deux à bord de la SSI. Organisée en accord avec l'agence spatiale russe, cette première expédition «semi-communautaire» ou conjugale, dont le prix n'a pas été précisé, pourrait être lancée dès le second semestre de 2011. Ainsi, des scientifiques et des entrepreneurs pourraient partager une même expérience. Et les couples fortunés, lassés des traditionnels couchers de soleil pourraient en guise de lune de miel contempler la planète... bleue.

A consommer avec modération Le sentiment d'apesanteur s'obtient relativement simplement en avion. L'appareil effectue un vol parabolique semblable au parcours du «grand huit» des parcs d'attraction: après avoir rapidement pris de l'altitude, l'avion descend abruptement à un angle de 45 degrés. Les passagers expérimentent alors le phénomène de l'apesanteur pendant 20 à 30 secondes. Un vol parabolique «touristique» ne compte guère plus de 10 à 15 paraboles car nombre de passagers éprouvent, après l'émerveillement des premiers instants, un sévère mal de l'air. Courtoises, les compagnies qui proposent ce genre de divertissement, leur offrent donc en guise de préambule des comprimés antinauséeux, une prestation comprise dans les 4000 dollars que leur coûtera cette expérience.

Photo: Terre / © NASA/Roger Ressmeyer/CORBIS

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