Bilan

Pour en finir avec le club des «old boys»

Le plafond de verre qui empêche les femmes d'accéder aux plus hautes fonctions semble encore plus épais dans les universités. A cet égard, la nomination de Carlotta Guiducci à la chaire SwissUp de l'EPFL, financée par Daniel Borel, est plus qu'un symbole, c'est un révélateur. Un perpétuel déséquilibre Le simple fait que 140 candidates se soient présentées pour ce poste et qu'une dizaine était encore en lice dans la dernière ligne droite indique bien que ce ne sont ni le manque d'ambition ni les compétences qui freinent les femmes dans leur carrière de chercheuse. Dans une société qui cherche à maximiser son potentiel de recherche, se priver des talents féminins relève de l'autogoal. Pourtant, force est de constater qu'en dépit d'une prise de conscience et de mesures déjà anciennes, la situation ne progresse guère. En Suisse, alors que, parmi les étudiants entrant dans les hautes écoles, la proportion de jeunes filles est supérieure à celle de garçons, on n'en retrouve plus que 37% au niveau du doctorat (contre 43% en moyenne européenne) et seulement 17% en tant que professeurs titulaires. Dans les sciences exactes, le déséquilibre est encore plus marqué. A l'EPFL, il y a ainsi 27% d'étudiantes, encore 23% au niveau des professeurs assistants, mais seulement 6% en tant que professeurs titulaires. Au cours des six dernières années, en dépit d'une politique qui a permis d'augmenter de plus de 10% le nombre d'étudiantes, 7 femmes seulement contre 54 hommes ont été recrutées au niveau professoral. Même dans les disciplines où les femmes sont bien représentées, comme les sciences de la vie avec 50% d'étudiantes, on n'en retrouve plus que 10% au niveau des professeurs. Bref, plus on monte dans la hiérarchie, moins il y a de femmes. Changer les mentalités Une étude publiée en octobre dernier par le FNRS retient que le nombre de femmes renonçant à une carrière scientifique lors des passages vers un statut supérieur est bien plus élevé que celui des hommes. Si elle pointe les explications familiales, l'analyse démontre que ce n'est de loin pas la raison principale. Et il n'y a plus d'obstacles institutionnels. Reste le plus difficile: les mentalités. «Après le doctorat, les femmes bénéficient moins souvent d'une aide spécifique pour la gestion de carrière, dans l'optique d'un mentoring, de la part des scientifiques en place. C'est l'un des facteurs les plus significatifs qui conduit les femmes scientifiques à abandonner leur carrière.» En d'autres termes, les hommes dans la recherche forment une sorte de club de vieux garçons qui, délibérément ou non, relèguent les femmes dans une situation d'outsiders. Alors, messieurs les mentors, un petit effort! Illustration: © Laurent Bazart

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