Bilan

Pour devenir intelligente, une ville doit d’abord cerner ses défis

Les Alpes vaudoises se penchent sur des solutions potentielles pour améliorer la mobilité et le tourisme de la région, avec l’appui des nouvelles technologies. Démonstration.

Villars, Les Diablerets, Leysin, Château-d’Œx. Quatre marques emblématiques de la région des Alpes vaudoises dont l’affluence est notamment soumise aux aléas des conditions météorologiques. «Quand elles ne sont pas idéales, où rediriger les visiteurs?, s’interroge Christian Minacci, délégué économique d’Aigle Région. A l’inverse, en cas de neige et de beau temps, comment leur permettre d’accéder le plus facilement possible au bon endroit, et comment pouvons-nous gérer au mieux les flux?» De plus, ajoute-t-il, une grande majorité des revenus de la région proviennent de la saison hivernale. Une tendance qu’il souhaiterait ajuster: «Nous devons trouver des options économiquement viables pour faire venir davantage de visiteurs au printemps et en été, et fidéliser la clientèle de proximité.» 

Ce sont les premiers objectifs tirés d’une réflexion autour de la ville intelligente, orchestrée par Swisscom et l’IMD. Le géant des télécommunications a développé, en partenariat avec la business school lausannoise, une méthodologie qui vise à renforcer les atouts d’une région et à améliorer la qualité de vie de ses habitants. Nommé Smart City Piano, cet outil d’analyse propose aux dirigeants du secteur public de cerner les facteurs de réussite d’un projet de «ville intelligente», qu’il s’agisse de réaliser un aménagement urbain plus efficace, d’atteindre des objectifs environnementaux ou de renforcer l’attractivité économique de la région (voir schéma et encadré ci-contre). 

La stratégie avant la technologie

«Notre objectif était de nous baser sur une recherche concrète pour comprendre comment les autorités publiques pouvaient obtenir de vrais résultats dans le cadre de leurs projets smart city, explique Michael Wade, à la tête du Digital Business Transformation de l’IMD. Tous les acteurs de la ville, privés et publics, doivent être fédérés et travailler ensemble. Il faut tout d’abord comprendre les défis de la région et poser les directives. Une ville intelligente ne repose pas tant sur les technologies elles-mêmes, mais bien plus sur ses besoins stratégiques. Il arrive souvent que les villes mettent en place de grands projets technologiques sans en voir finalement l’impact tant escompté.»

Pour Raphaël Rollier, à la tête du programme Smart City chez Swisscom, «la numérisation doit aider les villes à devenir plus intelligentes. Or, la plupart d’entre elles ne savent pas par où commencer. Proposer une méthodologie structurée et adaptée va permettre d’augmenter les chances de succès.» 

Il subsiste souvent une incompréhension entre les équipes qui travaillent sur la technologie et le reste des acteurs publics, relève Mike Wade. «Il est peu judicieux de travailler selon une gestion en silo. Les responsables du développement d’un parking doivent pouvoir étroitement collaborer avec ceux chargés des luminaires et de la circulation routière, par exemple.»

Il s’agit aussi de réfléchir à l’évolution des infrastructures déjà en place, en capitalisant sur des projets existants. «Réinventer la roue se révèle souvent inutile», constate Raphaël Rollier. 

Evaluer les facteurs de réussite 

Les réflexions sur l’évolution «smart» d’Aigle Région ont débuté au printemps dernier par un workshop, organisé par Swisscom, qui a rassemblé les acteurs concernés – responsables politiques, touristiques, économiques. «La région bénéficie d’un appel marketing important, avec des attractions phares comme le restaurant tournant Le Kuklos à Leysin ou encore Glacier 3000, souligne Christian Minacci. Nous avons pu alors cerner les problèmes à résoudre et les expériences dont il faut améliorer la qualité.» 

L’outil Smart City Piano a donné naissance à quatre projets potentiels sur la base des problématiques identifiées. Le premier: valoriser au mieux l’offre touristique, et l’uniformiser. «Les moyens pour uniformiser toutes les activités de la région, de les rendre plus cohérentes et efficaces, existent, avec l’appui de la technologie, commente Raphaël Rollier. Faire évoluer des produits existants, comme Vaud Guide, et faire appel à des sociétés innovantes pour déployer des affichages interactifs constituent des pistes envisageables.» 

Dans le cadre de la deuxième proposition, les données générées par les remontées mécaniques, les transports publics, celles collectées par l’office du tourisme ainsi que les informations de mobilité provenant des téléphones mobiles permettraient de cerner les profils des habitants et touristes. D’où viennent les visiteurs? Et quand ils arrivent, vont-ils boire un verre en terrasse ou skier directement? «Si l’on comprend mieux pourquoi ils viennent en hiver, il sera possible d’élaborer une stratégie pour les faire revenir en été», indique Christian Minacci. 

En matière de régulation, un des socles clés de la méthodologie, la protection des données personnelles est observée de près, assure Raphaël Rollier: «Nous travaillons sur des données anonymisées. Grâce à cette méthodologie, nous collaborons tous ensemble. Il est certainement plus facile de monter un projet ambitieux qui capitalise sur toutes les données existantes détenues par chacun des acteurs de l’écosystème.» 

Des voitures autonomes? 

Un troisième projet vise à optimiser la circulation. Comment déployer une meilleure fluidité en connectant mieux les transports publics au sein des réseaux ferroviaires et routiers, par exemple? 

Toujours dans la mobilité, le dernier kilomètre inspire des solutions novatrices. L’ambition de la quatrième initiative potentielle? Explorer les possibilités de la voiture autonome, un service qui serait mis à disposition dans les stations. «Le domaine bouge très rapidement, à la fois chez les constructeurs traditionnels et les challengers, rappelle Raphaël Rollier. L’attente se fait surtout en matière de régulation.» 

Sous l’œil de l’expert, la capitale valaisanne. En effet, Sion a débuté cette année des tests d’exploitation de navettes autonomes. Une initiative qui doit encore convaincre les instances fédérales. «C’est uniquement quand Sion aura obtenu le feu vert des autorités qu’un tel projet sera lancé.»

Enjeux sur le long terme

Une fois ces quatre projets définis, la matrice de décision Smart City Piano en mesure l’impact et l’effort: quel projet est le plus facile à mettre en œuvre? 

«Le premier projet qui vise à valoriser l’offre touristique s’avère le plus simple à réaliser, pour un impact important, analyse Raphaël Rollier. La deuxième initiative comporte de fortes répercussions bénéfiques également; en revanche, elle requiert beaucoup plus d’efforts car il faut rassembler de nombreuses données pour aboutir à une gestion efficace. Il s’agit également de coordonner de nombreux acteurs.» Le projet pour une mobilité fluide demande beaucoup de moyens, tandis que la mise en place d’un service de véhicules autonomes – quatrième projet – dépend entièrement des décisions de régulation futures. «Dès le départ, nous pouvons analyser et intégrer les synergies possibles entre les différents projets, poursuit Raphaël Rollier. La mise en place d’un mobilier urbain intelligent tel que le luminaire pourrait par exemple aussi être utilisée pour remonter d’autres informations comme le taux de remplissage des poubelles, ou pour intégrer un capteur qui mesure le taux de pollution.»

Pour Christian Minacci, il est inutile de lancer un projet smart city sur la base de ce que les avancées numériques et industrielles peuvent apporter. «La technologie évolue très vite. Ce sont bien les enjeux sur le long terme qu’il faut d’abord déterminer. Partir d’une réflexion et rassembler les différents acteurs locaux liés à la problématique.» Prochaine étape? Concrétiser petit à petit les projets les plus pertinents.

Dino Auciello

ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

Lui écrire

Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

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