Bilan

Pour soigner les paraplégiques, Onward vise la bourse

La société de 70 personnes développe des implants qui stimulent électriquement la moelle épinière. Elle envisage une croissance à Lausanne afin de collaborer étroitement avec le CHUV et l’EPFL. Interview de Dave Marver, CEO d’Onward Medical.

  • Neuf patients ont été implantés avec une série d’électrodes, placées au-dessus de la moelle épinière.

    Crédits: DR
  • Dave Marver, CEO d’Onward Medical.

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Les images ont fait le tour du monde en 2018. Des patients atteints de paraplégie ont pu remarcher grâce à des stimulations électriques de leur moelle épinière par un implant sans fil.

Ces travaux de recherche ont donné naissance à la start-up GTX Medical. Renommée Onward Medical, elle prévoit de regrouper ses activités à Lausanne et vise aussi une prochaine entrée en bourse.

Bilan a rencontré Dave Marver, le nouveau CEO d’Onward Medical qui a passé près de 15 ans à divers postes de direction chez Medtronic. Depuis son bureau de l’EPFL, avec son petit chien installé sur les genoux, il évoque les nouveaux développements de l’entreprise. 

Bilan: Le siège d’Onward Medical est actuellement basé à Eindhoven aux Pays-Bas. Vous prévoyez d’accroître vos activités en Suisse. Qu'en est-il?

Dave Marver: La société prévoit effectivement de croître en Suisse. C’est à Lausanne qu’est née la société, grâce aux recherches de Jocelyne Bloch et Grégoire Courtine. Ces deux scientifiques ont fondé Onward Medical. L’ex-CEO était néerlandais et avait trouvé des aides étatiques aux Pays-Bas, raison pour laquelle l’entreprise s’est installée sur le High Tech Campus à Eindhoven. Elle a toujours gardé un bureau à l’Innovation Park de l’EPFL. Mon intention est de faire grandir la société à Lausanne pour faciliter la collaboration avec les chercheurs de l’EPFL ou du CHUV. C’est en Suisse romande que les nouveaux emplois seront créés. Nous enregistrons une croissance rapide et cherchons de nouveaux locaux. Actuellement, soixante-dix personnes travaillent dans l’entreprise aussi bien en Suisse qu’aux Pays-Bas.

Quelles sont les modalités de cette entrée en bourse?

Nous prévoyons une cotation sur Euronext, à la fois à Bruxelles et Amsterdam. Ce sont des places boursières particulièrement porteuses pour des start-up actives dans les sciences de la vie.

Pourquoi avoir choisi d’entrer en bourse alors que vos implants ne sont pas encore autorisés à la commercialisation?

Vis-à-vis de patients tétraplégiques, nous voulons déployer notre thérapie aussi vite que possible. Entrer en bourse est la meilleure manière d’obtenir les capitaux nécessaires à la réalisation de nos essais cliniques, tout en restant indépendant.

Quelle somme avez-vous obtenue, jusqu’à présent, auprès des fonds de capital-risque?

Nous avons récolté 70 millions de dollars depuis 2014 auprès de fonds de capital-risque. En avril dernier, pour accélérer le développement et la commercialisation de nos plateformes, Onward Medical a levé 32 millions de dollars lors d’un tour de table mené par Invest-NL, un investisseur néerlandais, et Olympic Investments, la branche d’investissements privés de la Fondation Onassis. Plusieurs nouveaux investisseurs, dont la société suisse Verve Ventures, et tous les investisseurs existants d’Onward, ont également participé au financement. Je peux notamment citer LSP, INKEF Capital, Gimv et Wellington Partners.

A quoi seront destinés les fonds récoltés lors de votre mise en bourse?

Nous allons continuer à investir dans la recherche et mener à bien nos essais cliniques afin d’obtenir des autorisations de commercialisation en Europe et aux Etats-Unis. Nous travaillons sur deux plateformes technologiques capables de stimuler la moelle épinière afin de restaurer la mobilité et d’autres fonctions chez les personnes atteintes de lésions de la moelle épinière. Il s’agit de systèmes implantables et externes.

La FDA a accordé au système implantable la désignation de dispositif révolutionnaire dans le contrôle de la pression artérielle et du tronc. Ce système se compose d’un générateur d’impulsions et d’un fil implantables, placés près de la moelle épinière. Cette thérapie permet de normaliser la pression sanguine chez ces patients qui ont une tendance à faire des syncopes. Pour cette indication, nous espérons avoir les autorisations de commercialisation en 2024.

Nous prévoyons également de recruter 65 patients dans quinze centres dans le monde pour développer un implant externe destiné à redonner de la force aux extrémités supérieures. Nous espérons obtenir les autorisations en 2023.

Onward Medical s’est surtout fait connaître pour ses électrodes capables de faire remarcher des personnes atteintes de lésions de la moelle épinière. Cette indication ne figure-t-elle plus parmi vos priorités?

Elle reste dans le cœur de métier d’Onward Medical. Neuf patients ont été implantés avec une série d’électrodes, placées au-dessus de la moelle épinière. Leurs configurations ont permis d’activer des zones spécifiques de la moelle épinière, reproduisant les signaux que le cerveau lancerait pour produire la marche. Nous allons valider nos plateformes sur la pression artérielle et la réhabilitation du haut du corps avant de nous lancer dans la mobilité. Les essais cliniques sur la mobilité pourraient démarrer en 2025.

D’un point de vue commercial, quelle taille de marché visez-vous?

Pour les trois premières indications, nous visons un marché de 17 milliards d’euros. Nous espérons pouvoir implanter nos électrodes pour d’autres indications. A cet effet, nous collaborons avec NeuroRestore, un centre développant des approches technologiques innovantes pour traiter les patients souffrant d’atteintes neurologiques et motrices. Celui-ci réunit des ingénieurs, des médecins et des chercheurs de l’EPFL, du CHUV et de l’Unil. Son ambition est de permettre le développement de nouveaux traitements pour les patients atteints de la maladie de Parkinson ou souffrant de troubles neurologiques suite à un accident vasculaire cérébrale ou un traumatisme crânien.

Qu’en est-il de la concurrence?

Pour le système externe, deux petites sociétés concurrentes ont des technologies similaires mais ne possèdent pas la même expérience. Nous avons beaucoup d’avance. 290 brevets ont été déposés ou sont en instance. Concernant le système implantable, des entreprises telles Abbott ou Medtronic offrent aussi des technologies implantables. Toutefois leurs indications sont différentes. Nous avons développé notre propre technologie pour nos indications spécifiques.

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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