Bilan

Plus stressés que jamais, les salariés s’en remettraient aux robots

La crise du Covid a entrainé un niveau de stress jamais mesuré jusqu’alors chez les salariés, sondés dans une étude menée par Oracle. Ils seraient plus de deux tiers à se confier plus facilement sur leur détresse à une intelligence artificielle qu’à leur répondant humain.

Face aux difficultés engendrées par le télétravail, les travailleurs-ses seraient plus enclins à se confier à un système robotisé qu'à leur supérieur hiérarchique.

Crédits: DR

«2020, l’année la plus stressante jamais constatée»: C’est en ces termes qu’une étude menée par Oracle auprès de plus de 12'000 salariés dans onze pays résume l’impact de la crise du Covid et du télétravail instauré dans l’urgence. Ils seraient de fait 78% à estimer que la situation a entrainé une dégradation de leur santé mentale.

Evoquée par plus d’un tiers d’entre eux, une véritable difficulté à trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie privée, avec pour conséquence une situation de burn-out pour 25% des sondés. «Les résultats nous ont surpris», relève Patrice Barbedette, senior VP-HCM solutions chez Oracle, qui a mené l’étude. «On n’attendait pas de telles proportions. Quand on voit que plus d’un tiers des déclarants affirment avoir travaillé au moins 10h par semaine en plus, soit une semaine de plus de travail par mois, on comprend pourquoi l’impact est aussi fort.»

Crise de confiance dans le management?

Patrice Barbedette. (DR)
Patrice Barbedette. (DR)

Point frappant de l’étude: ils seraient 68% à préférer parler à un robot de leur stress et anxiété au travail. Un résultat qui interroge sur la confiance que placent les salariés en leurs managers et en leurs département de ressources humaines. Patrice Barbedette analyse: «Le concept d’anonymat met plus à l’aise, on l’avait déjà constaté pour annoncer une situation de harcèlement par exemple. On craint moins le regard de l’autre, on a moins le sentiment d’une partialité en face. De plus, le robot présente l’avantage de l’instantanéité dans la réponse, ce qui compte pour un salarié sous pression»

Robots and mental health support: Why it works

They offer a judgement free zone (34%)

They are unbiased (30%)

They provide quick answers to health questions (29%)

De fait, ils seraient 34% à déclarer que le robot offre une «zone sans jugement» et 30% une approche «non biaisée.»

La potentialité de l’IA n’efface cependant le questionnement sur le rapport au manager, ce qu’admet Patrice Barbedette: «Effectivement, ce résultat révèle en partie une forme de faillite du middle management. On peut le comprendre quand on sait que les employés sont le plus souvent promus managers suite à un succès dans leurs fonctions opérationnelles, indépendamment de leurs aptitudes manageriales. On constate notamment qu’un bon commercial ne fait pas nécessairement un bon manager.»

L’intelligence artificielle rentre dans les usages

Malgré ce constat, le niveau de l’acceptation de l’intelligence artificielle -réputée susciter l’inquiétude des employés- est étonnamment élevé. Les auteurs de l’étude mettent en avant un basculement du rapport au digital avec la crise du Covid: «On a appris à travailler différemment, avec moins d’interactions physiques avec les équipes, les managers, mais davantage de vidéoconférences. Ce qui a entraîné un basculement dans la perception, depuis le digital vécu comme une frontière vers un digital qui sert à maintenir le contact.»

Le concept de «conciergerie médicale» par intelligence artificielle progresse dans les entreprises. L’employé communique au robot des symptômes tels que fébrilité, anxiété, difficulté à se concentrer. Le robot qualifie la situation de stress et propose des pistes, parmi les dispositifs et conseils établis par l’entreprise et renseignés dans le système. Rappel des temps de pause, indication d’une salle de sport proche du domicile ou encore à qui s’adresser dans l’entreprise. L’intelligence artificielle apprend par expérience auprès des salariés et affine ses réponses au fur et à mesure.

Particulièrement utilisée dans le domaines des RH pour automatiser des tâches basiques (dupliquer une fiche de salaire, émettre un certificat de travail, saisir une demande de congé), elle s’étend désormais au-delà sans remplacer pour autant l’humain selon Patrice Barbedette: «L’intelligence artificielle n’analyse pas, ne guérit pas. L’humain doit suivre, et il en a désormais les moyens puisque l’IA peut prendre en charge les tâches les plus répétitives, parfois 80% de l’activité. Cela permet aux RH de se recentrer sur leur véritable valeur ajoutée humaine.»

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste économique et d’investigation pour Bilan, observateur critique de la scène tech suisse et internationale, Joan Plancade s’intéresse aux tendances de fonds qui redessinent l’économie et la société. Parmi les premiers journalistes romands à écrire sur la blockchain -Ethereum en particulier- ses sujets de prédilection portent en outre sur l'impact de la digitalisation, les enjeux de la transition énergétique et le marché du travail.

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