Bilan

Pionniers des métiers du drone

Plusieurs écoles ont lancé leur formation de télépilote de drone en Suisse. L’initiative vise à répondre à la demande, alors que l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC) travaille encore de son côté sur les certifications.

  • Stanley Schmitt, directeur de l’école Vertical Master qui a lancé ses premiers cours en avril 2018.

    Crédits: Guillaume Mégevand
  • Le drone peut épauler de nombreux professionnels, par exemple pour traiter des toits.

    Crédits: Vertical Master

Les drones ont le potentiel de révolutionner le métier des géomètres, des architectes ou encore des agriculteurs. De quoi convaincre plusieurs industries de s’approprier cette technologie. Des écoles tentent donc de s’emparer de ce segment de marché en Suisse, même si aucune certification n’existe pour l’heure. Vertical Master, basée à Genève et Payerne, ainsi qu’Exo Drone, à Martigny, sont deux des acteurs de cette formation en drone à usage professionnel.

«Nous avons une approche métier», explique Stanley Schmitt, directeur de Vertical Master. Son école a lancé ses premiers cours en avril 2018. Des experts d’une industrie – sécurité, construction ou encore urbanistes – y décortiquent l’utilisation des drones. «Notre but est d’aller au-delà du pilotage uniquement», insiste le directeur. Pour une entreprise de sécurité, les employés apprendront à utiliser les drones pour effectuer des rondes. Sans s’attarder uniquement sur les commandes, les instructeurs développent la stratégie d’utilisation. Plus concrètement, ils cherchent à répondre à la question «Comment le drone peut-il m’aider dans mon travail?». C’est pourquoi l’école choisit avec soin son personnel. Dans le domaine de la sécurité, c’est un Français qui compte quinze années de service dans le domaine de la défense qui donne le cours. «C’est un coût», souffle Stanley Schmitt. Le directeur estime cependant que le jeu en vaut la chandelle.

Cette philosophie s’inspire des pionniers du genre, en France comme au Canada. L’Hexagone est en effet l’un des premiers pays à avoir mis en place une formation reconnue au niveau national, à travers la Direction générale de l’aviation civile (DGAC). Le télépilote de drone passe des examens théoriques et pratiques.
Il est testé sur sa connaissance de la législation, sur sa maîtrise du drone.
«La théorie est assez lourde», souffle Stanley Schmitt. 

Cette approche est similaire du côté d’Exo Drone. L’école de pilotage basée à Martigny (VS) appartient à la société Aventure Drone. L’école, qui collabore avec Vertical Master, fait face aux mêmes contraintes: à savoir que la Suisse n’a pas encore reconnu le métier de télépilote. 

Différents niveaux de risques

«Notre approche se base sur des exigences proportionnelles aux risques des opérations», affirme Antonello Laveglia, porte-parole de l’OFAC. Pour délivrer l’autorisation nécessaire pour les opérations complexes qui comportent des risques plus élevés, l’OFAC exige que les pilotes aient de l’expérience et des compétences plus poussées. Au contraire, pour piloter un drone de loisirs, la connaissance et le respect des règles suffisent car les risques sont moindres. 

A l’avenir, l’approche restera la même, mais un petit test de connaissance sera requis également pour les hobbyistes. «Le but est de s’assurer qu’ils connaissent les règles à respecter», précise le porte-parole. L’OFAC participe à la définition du nouveau cadre légal européen et s’alignera sur ce dernier. Un autre aspect décisif est celui de «U-Space», système qui vise à faire coexister de manière sûre le monde des drones avec l’aviation traditionnelle (avions ou encore hélicoptères).

La législation et l’administratif sont justement deux points primordiaux pour les écoles de drones. La distance avec un aéroport, le vent ou les infrastructures sur le terrain d’entraînement sont autant de données à prendre en compte. «A Genève en particulier, nous avons l’Organisation des Nations Unies, l’aéroport international, l’aérodrome d’Annemasse et de nombreux sites sensibles. En plus, les drones sont interdits à moins de 300 mètres d’un bâtiment public», récite Stanley Schmitt. Il faut constamment demander des autorisations. «Cela nous coûte 30 francs à chaque fois», précise le directeur.

Sans pour autant quitter la Cité de Calvin, Vertical Master a décidé de s’implanter à Payerne (VD), dans ce qui se veut être le nouveau hub des drones en Suisse. L’aéropôle rassemble divers acteurs de l’aviation civile, qui espèrent en faire un incontournable en la matière. L’un de ses avantages est sa situation: «C’est très bien centré, et nous pouvons attirer les Neuchâtelois, Fribourgeois et Jurassiens qui n’avaient pas forcément envie de se déplacer à Genève», affirme Stanley Schmitt. La logique est légèrement différente pour Exo Drone qui s’est installée à Martigny. «Il y a énormément de vent. Au début de la formation, les élèves ne volent que le matin. Après les 127 heures, ils parviennent à voler comme ils veulent», explique Immanuel Haefliger, directeur d’Exo Drone Suisse. En Valais comme dans la Broye, les procédures sont bien plus simples puisqu’il y a moins de bâtiments et zones privés qu’ailleurs. 

A qui les drones?

Les personnes susceptibles de s’inscrire aux formations se répartissent en trois catégories. Il y a les professionnels des entreprises, les hobbyistes, mais la plupart des clients sont des personnes en quête de reconversion. Ces dernières cherchent à ajouter une compétence à leur CV, au moment où les drones s’utilisent de plus en plus. «C’est un peu comme suivre un cours Excel dans les années 80», image Stanley Schmitt. 

Le prix des formations dépend du nombre d’heures et du degré de professionnalisation. Pour de nombreux métiers, il commence autour du millier de francs. Vertical Master et Exo Drone proposent tous deux un cours complet de plusieurs dizaines d’heures. Il faut compter 3800 et 5000 francs selon la formation choisie. 


Conseil en entreprise

Autant Exo Drone que Vertical Master ne s’en cachent pas: certaines pratiques professionnelles en sont encore à leurs balbutiements. La cartographie de chantiers ou le nettoyage de façades sont des pratiques clairement identifiées, mais d’autres pistes sont à explorer. C’est pourquoi Vertical Master dispense du conseil en entreprise. La société propose notamment des audits pour établir la faisabilité des actions selon le terrain.

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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