Bilan

Pierre Chappaz revend sa start-up Teads pour 305 millions à Patrick Drahi

Leader de la pub vidéo en ligne, Teads est rachetée par la holding Altice du milliardaire français. Pierre Chappaz entre au conseil de direction du groupe.
  • Fondateurs de Teads, Pierre Chappaz (à g.) et Bertrand Quesada conservent leurs parts minoritaires et le premier mènera les activités publicitaires d'Altice. 

  • En rachetant Teads, Patrick Drahi se positionne comme un leader dans la publicité vidéo en ligne.

    Crédits: Image: DR

L’affaire aurait pu se conclure à Genève et ce sera bien du bout du lac que seront écrits les prochains chapitres. Toutefois, la rencontre entre les deux entrepreneurs français basés à Genève que sont Pierre Chappaz et Patrick Drahi a eu lieu à Paris. Le premier n’hésite pas à évoquer un coup de foudre avec deux visions qui se rejoignent et un mariage – une acquisition techniquement mais c’est plus que cela – qui valorise la start-up Teads pour 305 millions de francs.

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«Notre vision est celle d’être une alternative mondiale pour la publicité en ligne vis-à-vis de Facebook et de YouTube», explique Pierre Chappaz. Il reconnait que c’est une très grande ambition pour une start-up. C’est ce qui l’a conduit à se rapprocher d’un grand groupe. En l’occurrence celui passé de 3 à 25 milliards d’euros de chiffre d’affaires au cours des trois dernières années à coups d’acquisitions comme SFR, Telecom Portugal ou Cablevision financées par un endettement de 50 milliards, qu’est la holding Altice du milliardaire français Patrick Drahi.

Cession de Kelkoo à Yahoo! en 2004

Si la dimension personnelle – Drahi et Chappaz partagent le même genre de caractère trempé d’entrepreneurs - a joué un rôle dans cette opération, elle a avant tout une dimension stratégique. Teads est le produit d’une succession d’acquisitions et de pivots – de changement de stratégie dans le langage start-up – que Pierre Chappaz a effectué depuis la cession pour 475 millions de dollars du comparateur Kelkoo qu’il avait cédé à Yahoo! en 2004.

Wikio qu’il a lancé en 2006 est ainsi d’abord fusionné en 2011 avec eBuzzing, créé deux ans plus tôt par Bertrand Quesada. L’entreprise devient une vaste régie pan-européenne pour la publicité en ligne qui commence à s’étendre aux Etats-Unis. Quand, début 2014,  elle fusionne avec Teads dont elle conserve la raison sociale.

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Fondée trois plus tôt à Montpellier, Teads dispose d’une technologie simple mais révolutionnaire: InRead. Elle permet d’insérer des vidéos en ligne dans des articles et de ne les déclencher que quand l’internaute s’arrête dessus. En dix-huit mois, ce format non invasif va séduire tous les grands médias de la planète.  Et les annonceurs, en particulier haut de gamme, qui préfèrent que leurs marques soient associées à des contenus premium plutôt que de risquer de se retrouver en introduction de vidéos antisémites ou terroristes comme l’a constaté Havas qui vient de retirer ses contrats à YouTube.

Teads atteint ainsi une audience mensuelle de 1,2 milliards d’internautes. C’est comparable à celle de Facebook et YouTube mais pas avec la même puissance financière. Même s’ils croissent de 40% à 50% par an, les revenus de Teads ont atteint 200 millions d’euros en 2016. L’entreprise emploie 500 personnes dans 21 pays.

La numérisation de la télévision

Or, dans cet univers où tout bouge très vite il est important d’agir sans délai. Deux évolutions qu’identifient Pierre Chappaz vont, en particulier, le convaincre qu’Altice est le bon acquéreur. La première c’est le rôle des données – le fameux big data.  Teads en récolte, bien sûr, mais il lui faut aussi faire appel à des partenaires comme Digital Element pour avoir des données de géolocalisation ou comme Grapeshot pour le ciblage contextuel (associant publicité et sujets éditoriaux). Alors que la grande force de Google-YouTube et de Facebook est de récolter une quantité phénoménale de données pour cibler et personnaliser les messages publicitaires.

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Opérateur de réseaux fixes et mobiles avec 50 millions de clients dans le monde, Altice dispose aussi d’une grande quantité de données que Teads va permettre de valoriser. S’ajoute à cela que le holding basé à Genève opère des câblo-opérateurs dans la télévision. «Or la prochaine évolution, prévoit Pierre Chappaz, c’est le multiscreen et la publicité adressable via la télévision». En d’autres termes, il devient possible de personnaliser les messages publicitaires sur les télévisions comme c’est déjà le cas sur les supports mobiles et internet. Là aussi les synergies entre Altice et Teads sont évidentes.

Un marché de 590 milliards de dollars

Techniquement, l’opération passe par le rachat par Altice de toutes les parts des investisseurs financiers (les fonds de capital-risque Partech, Lightspeed, Gimv, Elaia, Covent, Gemini et Solorun) majoritaires de Teads. Minoritaires, Pierre Chappaz et ses associés comme Bertrand Quesada conservent eux leurs parts. 

Surtout, Pierre Chappaz lui-même, va rejoindre la direction d’Altice. Il y pilotera toutes les activités publicitaires du groupe: 750 millions d’euros de chiffre d’affaires aujourd’hui auxquels vont s’ajouter les 200 millions de Teads. Mais sur un marché mondial de la publicité estimé à 590 milliards de dollars cette année, ce pourrait être  bien plus si la vision partagée par Patrick Drahi et Pierre Chappaz est juste.

Ce dernier n’aura, en tout cas, plus beaucoup de chemin à faire pour le vérifier. Son bureau est désormais dans le quartier de Rive, à Genève, où Patrick Drahi vient de renforcer son quartier général.

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Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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