Bilan

Perle du Net, Airbnb fait un carton dans le monde entier

La start-up vous permet de vous installer dans un appartement de Soho à New York pour trois fois moins qu’à l’hôtel.
Fondée en 2008 à San Francisco, Airbnb revendique une culture d'entreprise très start-up et participative. Crédits: KEYSTONE/Ole Spata

CEO d’Airbnb, Brian Chesky (31 ans) se profile comme une star du web. L’essor fulgurant de sa start-up lui permet aujourd’hui d’appeler les vétérans Mark Zuckerberg (Facebook), Jeff Bezos (Amazon) ou même l’investisseur Warren Buffett lorsqu’il a besoin d’un conseil. 

Airbnb, c’est ce site qui permet de louer un appartement ou une chambre dans un logement de particulier à particulier. C’est bien sûr beaucoup moins cher que l’hôtel et va avec un supplément de convivialité. Car à l’ère des réseaux sociaux, le site réunit davantage une communauté qu’une clientèle. Les utilisateurs s’appellent par leur prénom et apprécient de nouer ainsi de nouveaux contacts.

Le succès est phénoménal. Quatre ans après sa création, Airbnb propose 300 000 logements dans 40 000 villes et près de 200 pays. Le site prélève 3% de commission sur le loyer perçu par les propriétaires, et de 6 à 12% auprès des locataires. A la clé, quelque 150 millions de dollars de revenus en 2012, rapporte le magazine Capital.

Airbnb fait la différence par des photos de professionnels présentant les intérieurs. Loueurs et locataires postent leurs propres photos et un profil personnalisé. Du coup, l’esprit du site se rapproche davantage de Facebook que de ebookers. Les protagonistes livrent ensuite leurs appréciations réciproques, une démarche qui bannit les indélicats.

La première offre : un matelas gonflable

Flash back. En 2007, Brian Chesky, diplômé en beaux-arts, travaille dans le design industriel à Los Angeles. Avec son colocataire Joe Gebbia, il reçoit une lettre du propriétaire leur annonçant une augmentation de loyer. C’est là que leur vient l’idée : pourquoi ne pas sous-louer un peu d’espace dans leur logement afin d’assumer la hausse des coûts?

Or, une importante conférence a justement lieu à San Francisco et les hôtels sont pleins. Les deux jeunes bricolent un site en 48 heures pour proposer un matelas gonflable dans leur salon et un petit déjeuner aux participants restés sans logement. Trois hôtes souscrivent durant une semaine. Une transaction qui rapporte un bon millier de dollars.

Encouragé par une des voyageuses qui trouve le concept génial, Brian Chesky contacte un ancien colocataire : Nathan Blecharczyk, diplômé d’Harvard et spécialisé dans l’ergonomie des sites. Les fondateurs sont désormais trois : Brian à la stratégie, Joe au design et Nathan à la technologie.

Des céréales à l’effigie d’Obama

Pour réunir des fonds à investir dans la publicité, Brian saisit l’occasion de la convention démocrate qui se déroule à Denver en 2008. La bande part vendre des boîtes de céréales à l’effigie d’Obama et de McCain et empoche 30 000 dollars.

L’action attire l’attention de Paul Graham, le patron d’Y Combinator, un des incubateurs de start-up les plus cotés de Silicon Valley. « Il est plus difficile d’entrer chez Y Combinator qu’à Harvard », souligne Brian au magazine Capital. Les fondateurs lèvent 20 000 dollars de capital d’amorçage, et accède au soutien des plus grands fonds : Sequoia (Apple, Google), Andreessen Horowitz (Twitter, Facebook). Sur quatre ans, l’équipe obtient quelque 120 millions de dollars.

En moins d’un an, Airbnb couvre tout le territoire américain. Mais en 2011, un Américain qui retrouve son appartement dévasté fait une très mauvaise publicité au site, qui à l’époque ne prévoyait pas d’assurance en cas de problème. Aujourd’hui, une couverture est prévue jusqu’à hauteur d’un million de francs. L’expansion se poursuit après cette mésaventure.

La culture d’entreprise se veut très start-up et participative. Brian vit une bonne partie de l’année chez des hôtes Airbnb, tandis que les employés reçoivent un crédit de 2000 dollars pour tester les logements et les loueurs. Les collaborateurs sont régulièrement invités au siège où le boss leur dispense son message en faveur d’une évolution permanente des structures.

Un millier d'hébergements en Suisse

En Suisse aussi, l'entreprise fait un carton. Ce printemps, Schweiz am Sonntag rapportait que le nombre de clients "Airbnb" a bondi de 314% par rapport à l’année précédente. A Zurich, le site s’impose comme l’un des leaders au niveau de la réservation des nuits. Aujourd’hui, il y a quelque mille possibilités d’hébergement sur tout le pays, avec des offres qui oscillent entre 20 et 500 francs la nuit.

En mai dernier, une ombre vient noircir le tableau. Un Américain est condamné à 2400 dollars d’amende pour avoir sous-loué trois nuits son appartement de Manhattan à une touriste russe pour 300 dollars par le biais du site. Or selon la loi aux Etats-Unis, il est interdit de tirer un revenu d’une location courte, soit durant moins de 29 jours.

Airbnb soutient qu’il s’agit d’une mauvaise interprétation de la loi et a mandaté un avocat pour défendre le particulier. Affaire en cours.

En Suisse, le concept Airbnb évolue dans une zone grise entre la sous-location, la location de vacances et l’hôtellerie, dit un spécialiste à Schweiz am Sonntag. Il n’y a pas encore eu de litige juridique à ce sujet. Quant aux aspects fiscaux, les loueurs sont tenus par principe de déclarer tout revenu aux impôts et donc aussi ceux qui proviennent la sous-location de leur logement.

 

 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan et community manager pour le site bilan.ch, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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