Bilan

Péril sur les banquiers de l'innovation

Qu’on l’aime ou pas, on ne peut pas nier à Tony Blair un sens aigu de l’opportunité. L’ancien premier ministre britannique vient de rejoindre Khosla Ventures, l’une des plus importantes firmes de capital-risque américaines et l’un des principaux bailleurs de fonds de l’économie verte, ou cleantech en bon franglais. La motivation de Tony Blair tient dans un chiffre: les 45 milliards de dollars dont disposent les investisseurs du capital- risque pour les technologies environnementales. Une somme qui est à la fois beaucoup et peu si l’on songe à l’ampleur des plans de relance verte des Etats avant qu’ils ne les enterrent sous la rigueur ou aux milliards de pertes des banques dans un capitalisme qui avait créé l’illusion de l’absence de risque. Toutefois, l’exemple suisse montre que le capital-risque sait faire beaucoup avec peu.

Une étude récente de l’Université de Bâle pour la Swiss Private Equity and Corporate Finance Association (SECA) calcule que, depuis 1999, les capital-risqueurs actifs en Suisse ont investi un total de 6 milliards de francs. Cela a permis la création de près de 1200 nouvelles entreprises innovantes. A elles seules, cinq de ces sociétés ont créé, en valeur, plus d’un milliard de francs pour l’économie suisse, selon McKinsey.

Avec une estimation de 10 emplois dans chacune de ces nouvelles entreprises, le capital-risque est aussi directement responsable de la création d’environ 10 000 nouveaux jobs en Suisse. Et le chiffre monte si l’on tient compte du fait que ces jeunes sociétés externalisent nombre de leurs fonctions souvent auprès de PME locales. A cela s’ajoute que ces start-up, dont 60% des employés ont un niveau universitaire, doivent les rémunérer en fonction. Avec là encore un impact sur l’économie locale. A l’Université de Bâle, le professeur Pascal Gantenbeinévoque un multiplicateur probable d’emplois locaux de 2 à 2,5 pour chaque emploi créé dans une start-up.

Ce cercle vertueux donne l’impression d’être durable. En 2009, les investissements des capital-risqueurs suisses ont augmenté à 406 millions de francs contre 365 l’année précédente. L’édition récente du grand concours de business plan pour les start-up organisé par McKinsey, Venture 2010, a enregistré une hausse de 41% du nombre d’entreprises participantes par rapport à 2008.

Rien n’est acquis cependant. D’abord, il semble qu’au premier trimestre, les investissements des capital-risqueurs suisses ont diminué de 92% par rapport à la même période en 2009, selon Dow Jones VentureSource. Surtout, l’adoption d’une directive européenne (AIFM) qui empêcherait les résidents de l’Union d’investir dans les firmes suisses de capital-risque diminuerait de 50% les ressources de ces dernières.

Rien ne paraît aussi contre-productif que cette menace idéologique. Sous prétexte de «punir» les spéculateurs de type hedge funds, l’Europe met dans le même sac les seuls banquiers qui prennent tous les risques pour financer, sans la moindre dette, l’innovation et donc la croissance. Il est urgent d’empêcher cet invraisemblable autogoal.

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