Bilan

Parrot adapte le haut de gamme suisse à ses drones

Le fabricant français s’est appuyé sur sa filiale lausannoise senseFly pour développer la première aile à pilotage immersif Disco.
  • La nouvelle aile volante Disco de Parrot a développé ses logiciels de vol sur la base de ceux de l'entreprise vaudoise senseFly.

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  • Disco est la première aile volante à pilotage immersif qui se pilote avec un casque de réalité virtuelle. 

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  • Le quadricoptère Swing décolle à la verticale avant que ses hélices basculent à l'horizontal pour le propulser à 30 km/h.

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En une semaine, le fabricant français de drones Parrot a multiplié les nouveautés avec une aile volante (Disco), un quadricoptère inspiré des chasseurs à ailes en X de "La guerre des étoiles" (Swing) et un minidrone ludique (Mambo). Si les deux derniers appareils étendent la gamme des drones grand public bon marché (139 et 119 euros respectivement), avec des innovations telles que le basculement horizontal des rotors du Swing pour accélérer à 30 kilomètre/heure, le Disco marque clairement une incursion dans le haut de gamme.

Le boom du vol immersif

Vendu 1300 euros avec sa télécommande, son support de smartphone pour le casque de pilotage immersif (First Person View ou FPV soit la vision en directe de ce que filme la caméra du drone via un casque de réalité virtuelle), Disco est la première aile volante, pour le grand public, qui surfe sur la vague des courses de drones avec vol en immersion. Les Champs-Elysées seront d’ailleurs le théâtre d’une grande compétition de drones de course le 4 septembre prochain à Paris.

Outre son mode de pilotage immersif qui installe virtuellement le pilote aux commandes et de ses 45 minutes d’autonomie, l’aile Disco est capable d’atteindre 80 kilomètres/heure ce qui a nécessité un gros travail sur les logiciels d’autopilote.

Or, derrière ce développement, on retrouve une start-up suisse. Parrot qui a multiplié les acquisitions pour constituer sa division de drones professionnels avec Airinov et MicaSense, est en effet entré au capital du spin-off de l’EPFL senseFly en 2012, avant d’en prendre le contrôle. SenseFly, qui emploie 60 personnes à Cheseaux, est un spécialiste des drones à aile fixe et à vol autonome pour la prise de vue aérienne professionnelle.

«Dès le départ, il y a eu des échanges sur la possibilité de développer un drone grand public sur la base de notre eBee», confirme le fondateur et CEO de senseFly, Jean-Christophe Zufferey. Avec son rotor arrière, sa structure en polypropylène et ses winglets, le Disco (Long de 58 cm pour une envergure de 1,15 mètre et pesant  750 grammes avec son GPS et sa caméra de 14 Mégapixels enregistrant 32 MB en en full HD) n’est pas sans rappeler le design du eBee de senseFly.

Le drone helvétique n’a toutefois pas le retour vidéo en direct que Parrot a développé pour prendre le contrôle du Disco qui, une fois lancé, se met en position d’attente de la prise de contrôle à cinquante mètres. «Parrot a développé tout ce système, de  l’acquisition de la vidéo à l’affichage sur le smartphone, en passant par l’encodage de la vidéo, la stabilisation, la transmission du flux en wi-fi, et la correction chromatique induite par les lentilles », précise Vanessa Loury, la porte-parole du groupe parisien.

Reste que la gestion de la complexité du vol à aile fixe avec une multitude de paramètres à gérer a, elle, été rendue possible par l’expérience des ingénieurs suisses. « Nous sommes partis du logiciel de senseFly. Leur logiciel en C sans system d’exploitation et tournant sur un microcontrôleur a été porté en C++ pour en faire une librairie pouvant fonctionner sous Linux et être intégré au logiciel des drones Parrot (gérant la capture vidéo, le wifi, les mises à jour, la connexion USB, etc.).   Il y a beaucoup de senseFly dans l’autopilote de Disco », confirme Vanessa Loury.

Surpilotage hélvétique

Des fonctionnalités tels que le stabilisateur de vols, la récupération lors des phases critiques, le système anti-décrochage ou d’atterrissage avec l’inversion automatique de la poussée de l’hélice, sont ainsi dérivés des logiciels de l’eBee. C’est ce qui a permis à Parrot d’être le premier fabricant à pouvoir introduire sur le marché non professionnel une aile volante en vol immersif.

«Une grosse partie du travail a consisté à rendre le vol manuel très facile pour des néophytes, avec du 'surpilotage' pour le décollage, l’atterrissage et la qualité du vol en manuel », explique Vanessa Loury.

Pour l’entreprise française et indirectement sa filiale suisse, le lancement de ces trois drones (ainsi que d’une version FPV de son quadricoptère Bebop 2 ) est critique. Après une levée de fonds de 300 millions d’euros fin 2015, le groupe a essuyé une perte de 68 millions au premier semestre de cette année en grande partie à cause de l’explosion de la concurrence pour les minidrones low cost.  

L’association de l’immersion en vol, du partage des films sur les réseaux sociaux à la facilité de pilotage apportée par les technologies suisses devraient cependant lui permettre de surfer sur la popularisation des courses de drones. Surtout en Suisse où la législation est moins sévère qu’en France.  

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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