Bilan

Parents: comment devenir un gendarme du web

Smartphones et téléviseurs permettent aux jeunes d’avoir accès en permanence à tout type de contenus. Des cours aident les parents à imposer un contrôle.

L’accès à des contenus non appropriés peut réactiver des traumatismes.

Crédits: Justin Paget / GETTY

«Tout le monde sait que ça existe, mais personne ne sait comment l’utiliser»: pour Sébastien Sciboz, les outils de contrôle parental restent sous-utilisés. Ce jeune technicien, chargé de clientèle pour l’entreprise lausannoise de services informatiques MySwisstech, propose depuis le printemps 2017 des cours dédiés aux parents.

D’une durée d’une heure, ils ont pour but de donner aux parents un contrôle sur ce que leur progéniture visionne: configuration d’une box TV pour éviter que des enfants aient accès à des contenus inappropriés (définition d’un âge limite et entrée d’un code), installations de restrictions sur les appareils mobiles (tablettes et smartphones) et leurs applications, création d’un compte YouTube et définition d’un contenu limité.

«A mon sens, le contrôle parental s’active carrément avant la naissance… car ensuite, on oublie, on est pris dans le quotidien. Bien entendu, un enfant de 6 mois ne va pas allumer la télévision tout seul. Mais prendre l’habitude d’installer des protections et les gérer est essentiel pour la suite.» MySwisstech envoie chaque année des rappels pour s’assurer que les protections sont toujours actives.

Eviter les surcoûts 

Protéger oui, mais de quels dangers? Aujourd’hui, télévision et internet concentrent une série de risques pour les plus jeunes: l’accès à des contenus non appropriés – sexe ou violence – qui peuvent réactiver certains traumatismes, mais également l’addiction, dans le cas d’une utilisation non limitée. La Fédération romande des consommateurs (FRC) pointe aussi le danger des coûts: «Nous avons de nombreuses plaintes de parents qui reçoivent des factures élevées dues à l’utilisation de leurs enfants (…). Le problème est que bien souvent, lorsque le plafond est atteint, la personne détentrice du téléphone, l’enfant, reçoit un SMS sur son natel lui proposant de payer pour continuer à utiliser son appareil», explique Robin Eymann, pour la FRC.

Face à ces risques, toute une gamme de solutions techniques peut être déployée, comme le filtrage des contenus TV ou du trafic internet, y compris sur smartphone ou tablette «Il existe une série de restrictions intéressante, à mettre en place à moindre coût. Parfois cela passe juste par une application à télécharger», remarque Sébastien Sciboz. 

Discuter et se former

Dans tous les cas, les professionnels insistent sur le dialogue à mettre en place, notamment avec les adolescents. «Il ne faut jamais interdire mais limiter, par exemple prendre le smartphone dès 9 h le soir et le rendre le lendemain matin. Et toujours dans la discussion», remarque ainsi Olivier Halfon, chef du Service universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent (SUPEA) du CHUV de Lausanne. 

Une discussion qui pourrait même s’élargir. Swisscom travaille en effet sur le sujet depuis 2007, avec des associations spécialisées dans la protection de la jeunesse. L’opérateur a accueilli près de 30 000 personnes – enfants et parents – en 2016 lors de cours ou d’événements informatifs gratuits, ciblés sur les risques du web: contenus inadéquats, dépendance, sécurité, cybermobbing, respect de la vie privée.

Pour Michael In Albon, responsable de la protection des jeunes face aux médias pour Swisscom, ce sujet devrait être débattu plus globalement. «Toute notre société devrait discuter des moyens d’établir un environnement d’information plus sain: Régulation? Moyens techniques? Amélioration de la compétence à l’utilisation de ces nouveaux médias?» Sans doute un mélange des trois. Les cours et la formation ont de beaux jours devant eux. 

Camille Andres

JOURNALISTE

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