Bilan

Paiements mobiles: la guerre est déclarée

De Migros à La Poste, les acteurs économiques se pressent pour lancer leurs propres porte-monnaie numériques avant que les géants Apple et Google n’envahissent le terrain.

SIX, UBS et la Banque Cantonale de Zurich ont lancé Paymit ce printemps.

Crédits: Ennio Leanza/Keystone

Le secteur des paiements mobiles est en pleine ébullition. Tandis que les géants Apple, Google et Facebook testent déjà aux Etats-Unis des porte-monnaie électroniques sur smartphone, les poids lourds de l’économie helvétique fourbissent leurs armes pour s’imposer sur le marché domestique. A l’heure actuelle, une seule chose est certaine: il n’y aura pas assez de place pour tout le monde.

Partie en tête, l’application Paymit permet de transférer de l’argent de particulier à particulier en trois secondes. Lancée ce printemps par SIX – le groupe qui exploite la Bourse suisse – UBS et la Banque Cantonale de Zurich, Paymit demande à l’utilisateur un numéro de téléphone en Suisse, ainsi qu’un compte auprès de n’importe quelle banque ou une carte de crédit.

Rejointe par Raiffeisen ainsi que les banques cantonales genevoise et vaudoise, la solution étend rapidement son réseau. En se ralliant lui aussi à Paymit, Swisscom entérine l’échec de son application Tapit, conçue avec les opérateurs concurrents Sunrise et Orange (devenue depuis Salt). «Paymit a déjà enregistré quelque 110  000 téléchargements. Des chiffres qui dépassent nos attentes. La solution doit être étendue aux commerces dès 2016. Elle permettra de diffuser des points de fidélité et d’informer sur les offres spéciales», affirme Jürg Schneider, porte-parole du groupe SIX.

Une solution indépendante des banques

En face, l’application Twint, lancée par le bras financier de La Poste, PostFinance, a pour particularité de fonctionner sans être liée à un compte bancaire ou à une carte de crédit. Les utilisateurs peuvent recharger leur compte Twint par virement postal ou solliciter le recouvrement direct. Pour les commerçants, Twint se veut moins cher que les cartes de crédit traditionnelles qui prélèvent 2 à 3% de commission et proposent un terminal à 3000 francs alors que celui de Twint coûte dans les 100 francs.

«Une cinquantaine de magasins dans huit villes ont répondu à notre offre pour être équipés gratuitement», indique Johannes Moeri, porte-parole de PostFinance. Avec pour partenaires les CFF et Coop, ainsi que la Banque Valiant et la Banque Cantonale de Berne, Twint va étendre son offre aux transferts d’argent de privé à privé, la prestation de base de Paymit. 

Enfin, Migros a créé sa solution propre. Attachée à une carte de crédit ou à un compte à la Banque Migros, l’application du grand distributeur permet de régler dans les commerces du groupe en bénéficiant des outils de fidélisation tels que les rabais Cumulus. Côté chiffres, le géant orange se borne à indiquer que l’app a été chargée par un smartphone suisse sur cinq.

«La philosophie Migros est de privilégier ses propres solutions de paiement indépendantes. Nous sommes dans une phase test. D’éventuelles extensions ne seront mises à l’étude que par la suite», rapporte Estelle Dorsaz, à la communication du groupe.

Professeur d’économie à la Haute Ecole de Lucerne, Andreas Dietrich pronostique: «Dans ce domaine s’applique la maxime «The winner takes it all» (Le gagnant emporte tout le marché), car la dispersion entre plusieurs acteurs est économiquement défavorable autant aux commerçants qu’à la clientèle. Seules une ou deux solutions doivent survivre en Suisse, parallèlement à une ou deux au niveau international, type Apple Pay.» Que le meilleur gagne.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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