Bilan

«Notre chiffre d’affaires a doublé en deux ans»

La startup genevoise Water-Hope fait pousser des plantes dans le désert grâce à un substrat qui diminue la consommation d’eau. Rencontre avec son CEO, Serge Perritaz.

Le substrat est composé de microbilles (verre de gauche) qui gonflent au contact de l’eau et absorbent 300 fois leur volume (verre de droite).

Crédits: Niels Ackermann/Lundi13

D’ici à 2050, 40% de la population mondiale sera confrontée à des pénuries d’eau, selon l’Unesco. Sans surprise, l’agriculture est le plus grand consommateur d’eau douce (70%), loin devant l’industrie (19%) et
les ménages (10%). A Genève, la startup familiale Water-Hope a mis au point un substrat qui régénère les sols et réduit de manière significative leurs besoins en eau et en irrigation. Rencontre avec son CEO Serge Perritaz.

Comment fonctionnevotre substrat?

Water-Hope est un hydrorétenteur composé de microbilles qui absorbent l’eau pour la retenir. En termes simples, il s’agit d’une poudre composée de microbilles qui gonflent au contact de l’eau.Une réserve d’eau permanente est ainsi créée au pied des plantes. Parce qu’elles peuvent «boire» à volonté, celles-ci ne souffrent plus de stress hydrique, étant précisé qu’au cours d’un arrosage normal, 80% de l’eau se perd par évaporation ou par déperdition dans la terre. Notre substrat est particulièrement utile dans les zones arides et semi-arides où la disponibilité de l’eau constitue l’un des facteurs limitatifs les plus importants pour la croissance des plantes et la production des denrées alimentaires.

La particularité de votre substrat, c’est qu’il contient un fertilisant spécial encapsulé dans ses grains…

En agriculture, la qualité des fruits et légumes est aussi liée aux conditions pédologiques (science qui étudie la formation et l’évolution des sols, ndlr). Autrement dit, la disponibilité en eau ne garantit pas toujours une bonne productivité. C’est la raison pour laquelle notre substrat contient un fertilisant qui améliore la qualité du sol. Grâce à cette charge fertilisante, la plante peut équilibrer sa nutrition et sa croissance. Concrètement, l’agriculteur utilise deux à quatre fois moins d’engrais dans ses cultures. Il obtient également des rendements plus importants et raccourcit le temps nécessaire à la production. Aux Philippines, nous avons constaté une augmentation de la production de 50% par plantation. Ces essais, suivis par l’Institut asiatique du riz et l’Université de Manille, participent à l’effort effectué par l’agriculture philippine vers un objectif d’autosuffisance.

Votre société, créée en 2018, se développe rapidement…

Notre produit est aujourd’hui distribué dans une trentaine de pays (Suisse, Maroc, Sénégal, Cameroun, Panama, pour ne citer qu’eux). Il s’agit d’une entreprise familiale. Pour le développement, nous avons investi plus de 2,5 millions de fonds propres. Notre chiffre d’affaires a doublé en deux ans et est appelé à augmenter de manière conséquente durant les prochaines années.

Avez-vous rencontré des difficultés lors de la commercialisation de Water-Hope?

L’obstacle principal est la lenteur et la lourdeur des procédures administratives pour obtenir les autorisations de vendre et utiliser Water-Hope dans chaque pays du monde. Chaque Etat a ses règles auxquelles nous devons nous adapter. La durée de procédure varie entre neuf mois et trois ans suivant la législation du pays. Le deuxième obstacle consiste à convaincre l’agriculteur d’utiliser un produit innovant. Chacun veut faire ses tests de son côté, malgré le fait que le voisin l’utilise déjà.

Water-Hope n’est pas destiné qu’aux professionnels de l’agriculture…

Effectivement, il est aussi destiné aux particuliers qui cultivent des potagers ou qui possèdent des pelouses et des haies qu’il faut sans cesse entretenir. C’est aussi un produit pour les terrains de foot ou de golf. Par rapport à un arrosage classique, on arrive, chez nous, à économiser 66% d’eau. Water-Hope participe aussi à la reforestation, notamment au projet de ceinture verte en Afrique.

Serge Perritaz distribue son produit dans une trentaine de pays. (Crédits: Niels Ackermann/Lundi13)

Combien de grammes de substrat faut-il pour un plant de tomates?

Les microbilles sont capables d’absorber 300 fois leur volume en quelques minutes, raison pour laquelle deux grammes suffisent. Un kilo de substrat coûte moins de 20 francs pour un agriculteur, soit 4 centimes pour un plant de tomates. Water-Hope est actif jusqu’à cinq ans dans le sol. Après cette période d’efficacité, le produit est entièrement dégradé par les micro-organismes présents dans la terre. Sans acrylamide, il ne pollue ni le sol ni les eaux superficielles ou souterraines. Et, bien entendu, on ne retrouve aucun résidu chimique dans les plantes cultivées avec cette technologie.


Du pot au potager

Cultures D’autres initiatives similaires existent sur le marché. Energy PyroSwiss et Swiss Biochar proposent par exemple un biochar (charbon végétal) hydrorétenteur, 100% biosourcé. En France, dans le village de potiers de Saint-Jean-de-Fos, Oyas environnement fabrique des pots en céramique microporeuse que l’on enterre près des plantes et que l’on remplit d’eau. Ces «oyas» laissent par la suite échapper progressivement l’humidité nécessaire. Fabriquées dans un matériau 100% naturel et biodégradable, elles permettent d’économiser 50 à 70% d’eau. L’entreprise Natufia, enfin, propose des potagers hydroponiques qui permettent de cultiver 32 légumes et herbes différents simultanément dans sa cuisine, le tout avec une consommation réduite d’eau (200 litres par mois), soit bien moins qu’en agriculture traditionnelle.

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Amanda Castillo

Journaliste

Lui écrire

Amanda Castillo est une journaliste indépendante qui écrit pour la presse spécialisée. Diplômée de l'université de Genève en droit et en sciences de la communication et des médias, ses sujets de prédilection sont le management et le leadership. Elle est l'auteure d'un livre, 57 méditations pour réenchanter le monde du travail (éd. Slatkine), qui questionne la position centrale du travail dans nos vies, le mythe du plein emploi, le salariat, et le top-down management.

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