Bilan

New York inaugure le campus le plus cher du monde

L’université technologique conçue par Cornell et le Technion d’Israël ouvre ses portes aujourd’hui sur Roosevelt Island. Multinationales et philanthropes se bousculent au portillon.
  • Conçus par une ribambelle d'architectes stars, les bâtiments du nouveau campus newyorkais sont estimés à plus de deux milliards de dollars. 

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  • Fruit d'une collaboration entre le Technion et Cornell, le campus newyorkais s'élève sur l'île Roosevelt entre Manhattan et le Queens. 

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Avec une facture de deux milliards de dollars rien que pour ses bâtiments à zéro énergie, l’Université Technion-Cornell (ou Cornell Tech) ouvre aujourd’hui les portes de son campus futuriste sur l’ile de Roosevelt Island reliée par téléphérique à Manhattan et au Queens. Sponsorisé par Irwin Jacobs, le fondateur de Qualcomm, c’est d’abord le Jacobs Institute, couvrant un tiers des terrains laissés pour un dollar symbolique par la ville de New York, qui est inauguré.

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Cette inauguration marque la concrétisation d’un projet lancé en décembre 2010 par celui qui était alors maire de New York: Michael Bloomberg. Il invite alors 30 universités prestigieuses à concevoir l’université technologique ultra sélective (uniquement des masters et des doctorats) qui manque à la métropole. Un an plus tard, le concours est remporté par le consortium créé par le Technion, l’université technologique d’Haïfa en Israël, en collaboration avec celle du nord de l’état de New York, Cornell, devant Stanford et le MIT.

La fondation de Charles Feeney, un ancien de Cornell, débloque alors 350 millions de dollars, un record en matière de philanthropie scientifique, pour lancer les travaux. Ce don sera rejoint un an et demi plus tard par celui de 133 millions du président et fondateur de Qualcomm, Irwin Jacobs, pour créer le Jacobs Center inauguré aujourd’hui.

Une fabrique de start-up

Dans l’intervalle, Cornell Tech démarre ses premiers programmes dans les locaux de Google à Chelsea sur l’île de Manhattan. Le recrutement de professeurs stars mais surtout le lancement des premiers programmes de création de start-up sur la base de recherches appliquées permettent de prendre la mesure de son originalité: déjà 19 brevets déposés et 13 start-up créées qui ont levé 19 millions de dollars.

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Avec ses programmes sur les technologies de la santé, les médias connectés et les technologies urbaines destinés à enrichir l’écosystème newyorkais, le centre Jacobs va encore accélérer les transferts de technologies. Son programme postdoctoral Runway Startup est conçu pour aider les étudiants à transformer leurs recherches en entreprises. Triés sur le volet,  ces étudiants reçoivent un package de 175'000 dollars incluant un salaire pour développer leur projet jusqu’à 24 mois et avec des supports dont la valeur est estimé à 400'000 dollars. La propriété intellectuelle de leurs recherches leur est intégralement transmise en échange d’une modeste part dans le capital action de leur start-up.

Concours d’architectes stars

Cette logique a le don d’aimanter les grandes entreprises. Microsoft vient de rejoindre le labo IC3 consacré aux technologies blockchain du campus. Le chocolatier Ferrero, Two Sigma et Citigroup ont réservé des espaces de bureaux dans l’immeuble The Bridge, conçu par les architectes newyorkais Marion Weiss et Michael Manfredi, alors qu’il ne sera inauguré qu’en 2019. La même année, il sera rejoint par le centre des technologies de l’éducation financé à hauteur de 50 millions de dollars par l’opérateur Verizon et dessiné, lui, par le prix Pritzker Thom Mayne de Morphosis.

Avec encore un hôtel, des résidences et le centre Bloomberg, fruit d’un don de 100 millions du milliardaire éponyme, le campus conçu par Skidmore Owings & Merrill (Burj Khalifa, One World Trade Center), couvrira un total de 200'000 mètres carrés d’immeubles. Et on le visitera comme le produit d’un concours d’architectes stars en se disant qu’en Suisse nos philanthropes et nos entreprises sont encore bien pingres quand il s’agit de financer la science et les technologies de demain.

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Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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