Bilan

Montres et couches pour bébés: l’économie circulaire impacte de nouveaux domaines

L’alimentaire et l’habillement ne sont pas le seul cheval de bataille de l’économie circulaire, dont les valeurs se diffusent également dans des branches comme l’horlogerie ou les crèches. En témoignent les start-up sélectionnées pour le programme suisse d’incubation en économie circulaire.

Les jeunes entrepreneurs de l'économie circulaire explorent de nouveaux domaines.

Crédits: Agefis/Unsplash

«L’horlogerie, secteur pourtant très important et reconnu en Suisse, manque d’exigences écologiques strictes dans sa chaîne de valeur», estime Nicolas Freudiger, un jeune entrepreneur genevois. Un rapport de WWF Suisse montre que, dans le secteur de l’horlogerie et de la joaillerie, l’approvisionnement en matières premières coûteuses comme l’or est au contraire à l’origine de graves nuisances environnementales, parmi lesquelles la pollution de l’air et de l’eau, la dégradation des sols et la déforestation.

Nicolas Freudiger. (DR)
Nicolas Freudiger. (DR)

«En plus, on a constaté que le segment des montres de luxe abordables est devenu très consumériste. Au lieu de faire réparer sa montre, on s’en achète une nouvelle. C’est pour ça qu’on veut redonner de la circularité à ce segment et créer un nouveau produit qui fera évoluer cette industrie», poursuit Nicolas Freudiger.

Avec trois amis, le Genevois de 31 ans a fondé la start-up ID Watch. Le but: produire une montre avec un impact environnemental minimal, grâce à un mouvement mécanique reconditionné, des matériaux biodégradables ou 100% recyclables, et avec un design modulaire facile à réparer, robuste et beau. «On rêve d’avoir un vrai impact sur toute la chaîne de valeur», dit Nicolas Freudiger.

Soutenir la transition de l’économie

Leur start-up est l’une des 27 sélectionnées pour le programme d'incubateur Circular Economy Transition. Cette initiative, organisée par l'association Impact Hub Suisse, vise à accélérer la transition de l’économie linéaire – production, consommation, élimination – vers une économie circulaire – réutilisation, réparation, revente.

«Le but de l’économie circulaire n’est pas de mieux recycler, mais de cycler. C’est-à-dire d’éviter le gaspillage de matières premières et d’énergie, et de réduire la pollution et les déchets», dit Laurent Maeder, responsable de l'initiative Circular Economy Transition à l’Impact Hub Genève et Lausanne. Pour l'édition 2020 de leur incubateur, les organisateurs du programme ont choisi des projets en phase de démarrage mais déjà bien ficelés avec un business model établi, plutôt que juste de simples idées.

«Il est important de prendre en compte toute la chaîne de valeur, et donc de penser le produit de façon globale dès sa conception, au-delà de sa fin de vie», dit Laurent Maeder. «Des études montrent que l’extraction de ressources primaires doublera d’ici 2050. Il faut qu’on sorte de ce schéma, particulièrement en Suisse où l’on est très dépendants de l’importation.» Souvent mal comprise, l’économie circulaire ne se base donc pas seulement sur une réflexion écologique, mais également économique.

Béton et couches

Une autre start-up cherche justement à sortir de cette dépendance vis-à-vis des ressources finies. La Vaudoise Innovative Circular Engineering d’Yves Morin veut proposer une alternative au béton: un matériau biosourcé, renouvelable et bas carbone à base de celluloses recyclées.

Pourquoi est-ce indispensable selon lui? «Les constructions actuelles en béton dites <vertes> sont réalisées avec des ressources épuisables: l’eau potable, le sable, le pétrole. Mon matériau est sept fois plus résistant que le parpaing béton, 40 fois plus isolant et 17 fois plus léger.»

Ingénieur en innovation à l’origine, le breton de 49 ans a créé une colle dépolluante puis une résine non toxique qu’il a mélangée à des fibres végétales. Les lois du biomimétisme intégrées, il a transformé son matériau en alternative durable au béton. Avec ce projet, ce consultant en innovation basé à Montreux souhaite développer des solutions de hautes technologies, performantes et circulaires.

Nouveaux domaines pour la circularité

Claudia Mangiatordi. (DR)
Claudia Mangiatordi. (DR)

La start-up de Claudia Mangiatordi est-elle née d’une situation du quotidien. Dans son cercle d’amis, Claudia avait constaté la quantité de déchets que produisent les bébés: «Un nourrisson, avant d’être propre, aurait déjà produit une tonne de déchets rien qu’avec les couches jetables», dit-elle. Maman d’une fillette de 15 mois, la jeune femme s’est donc renseignée sur les couches lavables, et s’est rendu compte qu’il manquait, notamment dans les crèches, l’infrastructure pour laver ces couches.

Avec sa start-up Les couches Rebelles, la Belge de 34 ans, résidente lausannoise, cherche donc à mettre en place un système de livraison et de collecte de couches lavables pour les crèches. Actuellement, elle est en train de chercher une blanchisserie qui remplisse les critères de durabilité au niveau du lavage, et qui serait d’accord de participer à son projet pilote avec une crèche à Lausanne.

Si beaucoup de start-up écologiques ont vu le jour ces dernières années, la plupart sont actives dans les domaines de l’alimentaire et du textile. Avec les projets comme Les couches Rebelles, Innovative Circular Engineering ou ID Watch, on constate que le concept d’économie circulaire sort de sa niche écolo-hippie, pour toucher une frange plus large de la société. Pour Nicolar Freudiger d’ID Watch, un produit de luxe peut aussi être circulaire: «Si un CEO porte notre montre plutôt qu’une grande marque de luxe, il envoie aussi un message: je suis responsable et écologique.»



Circular Economy Incubator

Le programme «Circular Economy Incubator» de l’association Impact Hub Suisse vise à accélérer la transition de la Suisse vers une économie circulaire. Les 27 start-up suisse sélectionnées seront incubées dans les Impact Hubs de leurs villes respectives, à Berne, Genève, Lausanne ou Zurich. Pendant trois mois, elles bénéficieront d'un coaching individuel, d'ateliers, de sessions de réseautage, de places de co-working aux Impact Hubs ainsi que d'un accès à l'écosystème des startups circulaires suisses et à un réseau d'experts.

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