Bilan

Miniclip, le discret géant du jeu vidéo de Neuchâtel

CEO et fondateur de ce leader mondial basé en Suisse, le britannique Rob Small rêve de réalité augmentée. Une success story européenne.

La vente de la société de jeux vidéo Miniclip au géant chinois Tencent a rendu son fondateur britannique Rob Small (40 ans) millionaire.

Crédits: dr

Rencontrer Rob Small est un privilège. Rare en interview, le cofondateur du géant de jeux vidéo Miniclip est constamment sur la route, entre les différents centres de développement de la firme. Intarissable sur l’histoire de la société, le Britannique affiche le sourire comblé de l’entrepreneur à qui tout réussit.

Les yeux brillants, ce gameur de la première heure vous présente le dernier succès de l’entreprise : « C’est Flip Diving. Le plongeur doit faire des cascades dans les airs. Le jeu est sorti pendant les Jeux Olympiques de Rio et a déjà enregistré 6 millions de téléchargements sur l’App Store. »

Miniclip se place dans le peloton des plus importants producteurs de jeux avec la société britannique King (Candy Crush) et le finlandais Supercell (Clash of Clans). Son hit mondialement célèbre de Miniclip « 8Ball Pool » réunit quelque 20 millions de joueurs par jour. Distribués gratuitement, les produits tous publics sont disponibles sur l’ensemble des supports internet. La majeure partie des revenus provient de la publicité et, en moindre mesure, de la vente d’accessoires virtuels.

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Flash-back : le jeune diplômé en économie Rob Small et le néo-zélandais Tihan Presbie - un ancien trader - planchent sur la production de jeux vidéo, alors installés dans un simple appartement de Londres. En 2001, le duo réussit un coup de maître avec « Dancing Bush », une animation où le candidat à la présidence se dandine sur du disco.

« Nous avons distribué le jeu par mail, en pièce attachée, à tout notre entourage. Puis l’hébergeur de notre site nous a rapidement appelés, soupçonnant une attaque pirate car la fréquentation du site avait explosé. La figurine est devenue virale en quelques heures et a rassemblé des millions d’utilisateurs », se souvient Rob Small.

L’essor de Miniclip se révèle foudroyant. En dix ans, la fréquentation de la plateforme passe de zéro à 75 millions de visiteurs uniques par mois, pour atteindre aujourd'hui le chiffre de 180 millions. La firme emploie près de 200 personnes avec quatre antennes en Europe. « Lorsqu’en 2007, Steve Jobs a présenté le premier iPhone, nous avons tout de suite commencé à adapter nos jeux à ce nouvel appareil. Aujourd’hui, 95% des revenus proviennent des applications mobiles. »

En quelques années, la valeur de la société flambe pour atteindre en 2008 la somme de 1,3 milliard de dollars. L’année suivante, les cofondateurs établissent le siège Neuchâtel. « Nous avons sorti une carte et pointé le lieu central entre nos différentes antennes européennes. » De leur côté, les autorités neuchâteloises ont su trouver d’efficaces arguments fiscaux.

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Autofinancée par les fondateurs, Miniclip a toujours été bénéficiaire. «Nous avons débuté en signant des contrats avec des développeurs qui travaillaient dans leur chambre à coucher.»

Alors qu’en 2015, Miniclip appartient aux dix start-up européennes les plus chères, le chinois Tencent (WeChat, QQ) rachète 60% de la firme, pour un montant non divulgué. Tencent a en juin dernier aussi acquis 84,3% de Supercell, pour 8,6 milliards de dollars. Champion des jeux multijoueurs, du e-commerce et de l’internet social, le deuxième groupe chinois derrière Alibaba est valorisé à 200 milliards de dollars.

Suite à la transaction, le cofondateur Tihan Presbie qui détenait 85% de Miniclip quitte l’entreprise, tandis que Rob Small reste CEO. « Les contacts avec les gens de Tencent se sont noués lors de conférences dans l’industrie du jeu vidéo. Nous nous comprenions bien et avions des choses à nous apprendre mutuellement. Tencent nous fait confiance et interfère peu. »

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D’un bond, Rob Small se lève pour aller prendre son avion pour Lisbonne, où Miniclip recrute actuellement une quinzaine de personnes. Le quadragénaire a fait toute sa carrière dans le monde du jeu vidéo, surfant avec agilité sur l’explosion de ce secteur. « On ne s’ennuie jamais. Tous les deux mois, il y a une nouvelle révolution technologique », s’amuse-t-il.

A l’affût des prochains bouleversements, ce geek millionnaire observe sa fille de deux ans, se demandant comment elle utilisera le casque de réalité virtuel. « Le succès de Pokemon Go marque un tournant. Réalité augmentée et réalité virtuelle vont gagner tout notre environnement et générer une infinité de nouvelles possibilités de jeux. »

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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