Bilan

Lorsqu’une start-up veut disrupter le monde sportif

Peerspoint est née de l’idée de faciliter l’administration des clubs et fédérations sportives. Son créateur, Laurent Manca, utilise pour cela la blockchain et vise une sorte de «LinkedIn 3.0».

Le modèle économique est assez simple: la plateforme permet aux utilisateurs de s’inscrire et de faire des transactions.

Crédits: DR

«Nous perdons beaucoup de temps avec l’aspect administratif» affirme Veronika Muehlhofer, directrice de la Fédération Suisse de Rugby. La digitalisation est encore éloignée des différentes fédérations sportives, et le système utilisé est le même depuis des décennies.

Pour obtenir une licence, le sportif doit soumettre la demande à un secrétariat, qui va ensuite vérifier les informations, pour renvoyer le sésame. Laurent Manca a fondé la plateforme Peerspoint pour simplifier le tout. A l’aide de la technologie de la blockchain, les informations et validations sont transmises plus rapidement et sont digitalisées.

«Une feuille de match sera faite automatiquement, et partira directement chez l’arbitre» explique le fondateur. Pour lui, chaque personne possède un smartphone ou un ordinateur, et peut simplement s’identifier pour valider tout ce qui le concerne en ligne. Il possédera un ID, et s’il demande à changer de club, il peut en faire la demande en un seul clic.

Les personnes en charge n’ont qu’à valider l’action sur la plateforme pour que le changement prenne effet. «C’est un peu un projet pilote» admet Veronika Muehlhofer. Elle espère se débarrasser des 10 heures de travail par semaine dévouées à ce travail administratif, qui est largement du ressort de volontaires.

Le sport, mais pas que

Cependant, cet aspect simplificateur auprès des fédérations et de leur licenciés n’est qu’un pan du projet. Les informations sensibles telles que le nom de la personne, son adresse ou encore sa date de naissance seront dans une couche ultra sécurisée du système.

Laurent Manca affirme que tout est conforme à la Loi sur la protection des données ainsi qu’aux régulations européennes. Une seconde couche, avec par exemple la taille des shorts ou des chaussures existe. Elle permet aux annonceurs de cibler des caractéristiques précises, pour une vente privée.

Le créateur de Peerspoint pense à un équipementier qui doit écouler un stock de chaussures de foot taille 43. «Cela ne comporte pas de frais marketing et de distribution, et ce n’est pas sur le marché traditionnel». Les autres clients évitent ainsi la frustration d’être exclus.

L’existence de clubs privés est l’une des forces de Peerspoint, et a séduit bien au-delà du monde sportif. Laurent Manca a rencontré à plusieurs reprises des patrons de luxe et d’horlogerie. Si un client enregistre sa montre, une édition spéciale Moto GP par exemple, il peut se voir octroyer des offres pour aller voir un Grand Prix.

Et ce cas de privilèges spéciaux et cachés intéresse d’autres domaines encore. Certaines hautes écoles qui veulent prendre soin de leur alumnis ont également contacté Peerspoint.

Intérêt énorme, financement compliqué

L’un des gros problèmes de Laurent Manca est dans la nouveauté proposée. Il tente de bousculer des habitudes déjà bien établies, notamment dans les fédérations sportives. Ajoutant à cela une technologie de la blockchain qui reste obscure pour de nombreuses personnes, Peerspoint peine à trouver les fonds de ses ambitions. «Je pense que les gens ne comprennent pas, donc ils n’ont pas trop envie de s’impliquer» observe David Deillon, CEO d’Alogo Analysis. Après avoir discuté avec Laurent Manca, il admet que le système pourrait faciliter la certification de cavalier. «Il faudrait que tous les acteurs soient présents sur une base de données» plaide David Deillon. Pour l’heure, la Fédération Suisse de Rugby s’est lancée dans les tests. Elle compte environ 5000 licenciés, et sa taille humaine est précisément ce qui fait d’elle un bon cobaye. «Cela a des coûts, mais c’est une bonne affaire» explique Veronika Muehlhofer, en évoquant le gain de temps et la solution sur-mesure créé pour elle. Les autres sports ne sont pas encore convaincus. «Il manque de la compréhension» ajoute Laurent Manca. 

Dans les six prochains mois, Peerspoint espère obtenir de quoi fonctionner durant les 12 prochains mois, soit 300’000 francs. Le modèle économique est assez simple: la plateforme permet aux utilisateurs de s’inscrire et de faire des transactions. Une fraction de ces transactions sont reversées à la start-up, qui peut également compter sur des revenus récurrents, quelques francs par licence par an. La prochaine phase est prévue pour début décembre, et ce sera la version 1.0 du premier module de Peerspoint.

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Rebecca Garcia

Lui écrire

Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de sociétés, au business du sport et aux jeux vidéo.

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