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Médias sous influence: un algorithme de l'EPFL les passe au crible

Est-ce que l’appartenance d’un média à un groupe de presse peut influencer sa façon de traiter l’information? C’est ce que les chercheurs du laboratoire des systèmes d’information répartis de l’EPFL ont cherché à découvrir avec leur initiative baptisée Media Observatory. Rencontre avec Jérémie Rappaz, chercheur à l’EPFL, impliqué dans cette recherche.

«Il apparaît nécessaire que les influences extérieures sur les médias soient connues du public», explique Jérémie Rappaz, chercheur à l’EPFL.

Crédits: DR

Dévoiler les influences cachées des médias d’information grâce à un algorithme, c’est le pari de chercheurs de l’EPFL. Le but de cet outil est de cartographier le paysage médiatique et de voir les éventuels partis pris des chaînes de télévision, journaux, magazines, stations de radio appartenant à des grands groupes.

Pourquoi avoir fait cette recherche ?

Jérémie Rappaz: Le but premier du projet est de reconquérir la confiance des lecteurs. Les gens lisent de moins en moins les informations, notamment à cause de cette méfiance envers les médias. Selon nous, cette confiance ne peut être retrouvée qu’avec une transparence totale de la part des sources d’actualités, ce que tend à faire notre algorithme. À une époque où nous sommes tous exposés au problème de la désinformation, il apparaît nécessaire que les influences extérieures sur les médias soient connues du public.

Vous vous êtes inspirés du modèle de recommandation qu'utilisent des sites comme Netflix, lorsqu’ils vous suggèrent quelle vidéo regarder d’après votre historique. Comment avez-vous procédé plus exactement?

Nous avons conçu notre algorithme pour qu’il analyse la sélection des sujets des médias, souvent effectuée lors de la séance de rédaction du matin. C’est lors de ce moment clef qu’entre en jeu le libre arbitre du journaliste. Nous avons récolté 500 millions d’articles durant les trois dernières années et provenant de 8000 sources différentes. Notre algorithme a ensuite analysé la sélection des sujets d’actualité par les différentes sources afin de les regrouper en fonction de leurs similitudes et de leurs différences. 

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Quels sont les premiers résultats ?

Nous avons été très surpris par la clarté des résultats. On voit, par exemple, qu’à la date précise du rachat d’un média, la ligne éditoriale et les sujets traités subissent un changement mesurable. A l’heure actuelle, nous avons surtout des résultats pour les médias américains qui ont subi de nombreux rachats ces dernières années. C’est là un symptôme d’une pression économique croissante sur les médias. Ce phénomène a souvent un effet néfaste sur la diversité de l’information diffusée, notamment lorsque les grands groupes imposent des sujets aux chaines affiliées. Un exemple frappant de ce problème a été exposé par John Oliver dans l’émission Last Week Tonight aux États-Unis, montrant des dizaines de journalistes de chaînes locales appartenant au groupe Sinclair lisant tous un script absolument identique.

Vous avez établi un partenariat avec le quotidien Le Temps, qu’est-ce que cela implique ?

Dès l’année prochaine, une plateforme en ligne sera mise à la disposition du public. Elle permettra de visualiser la manière dont est traitée l’actualité en Suisse et dans le monde. Sur celle-ci, nous allons investiguer de multiples phénomènes liés à la désinformation, données à l’appui. C’est dans cette démarche que notre partenariat prend son sens: nous allons ensemble sensibiliser le public à ces nouvelles problématiques.

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