Bilan

L’hydrogène gagne les bâtiments

Une société immobilière romande prévoit d’utiliser l’hydrogène pour conserver sur place l’énergie excédentaire délivrée par les panneaux solaires. Un défi technologique en quête de rentabilité.

L’un des grands défis: trouver suffisamment d’espace de stockage.

Crédits: Shutterstock

Des cuves à hydrogène dans nos immeubles, bientôt une réalité? C’est le pari que fait Esteban Garcia, fondateur de Realstone, à la tête de trois fonds immobiliers dont la fortune cumulée avoisine les 3,3 milliards de francs. Le groupe lausannois planche sur un projet pilote de développement. L’idée est à terme de pouvoir conserver sur place l’énergie excédentaire délivrée par les panneaux solaires (en journée ou en été) et de pouvoir la «libérer» quand le photovoltaïque est moins ou pas productif (nuit et hiver).

Si Esteban Garcia parie sur l’hydrogène, c’est en premier lieu pour répondre aux objectifs fixés tant par la Confédération que par les accords internationaux en matière de réduction des gaz à effets de serre: «On parle toujours du transport, mais l’immobilier est le premier pollueur de la planète. Hôtellerie, bureaux, commerces et résidentiels sont responsables de 45% des émissions. En Suisse, on est à 36 kg annuels de CO2 au mètre carré, Realstone vise les 20 kg d’ici à 2031.» Premier défi, l’espace de stockage requis. Sans compression, ce ne sont pas moins de 150 m3 qui sont nécessaires pour un immeuble de 12 habitations. «Même dans le cas de rénovations d’ampleur, on ne peut pas libérer autant de volume, relève Esteban Garcia. Le cas de figure doit être pensé dès la conception. Le seul stockage envisageable est en sous-sol, ou alors dans un puits si un jardin existe.» Pour permettre de réguler l’électricité produite par les panneaux solaires à l’échelle du bâtiment même, ce dernier devrait être équipé d’un électrolyseur, encore trop coûteux à l’heure actuelle: «Vraisemblablement, on s’orientera dans un premier temps vers de l’hydrogène compressé, livré par camion. Ce n’est pas optimal en termes d’écologie, il faudra avancer vers un hydrogène local.»

Autre enjeu, convaincre l’utilisateur potentiellement préoccupé par la présence d’un gaz fortement inflammable à proximité des habitations. Aucune régulation spécifique à l’hydrogène dans les bâtiments n’existe à l’heure actuelle.

Vers une baisse des coûts

Pour concrétiser ses ambitions, Realstone finalise un consortium avec des fournisseurs d’énergie et des ingénieurs et mise sur un abaissement drastique des coûts à moyen terme, grâce aux économies d’échelle: «A l’heure actuelle, l’hydrogène reste trois fois plus coûteux que le fossile pour un même résultat, rappelle Esteban Garcia. La rentabilité du photovoltaïque s’est améliorée d’un facteur 10 en une décennie. Sur l’hydrogène, on peut s’attendre à ce résultat d’ici à cinq ans.»


Des technologies prometteuses

Esteban Garcia n’est pas le seul à parier sur l’hydrogène dans les bâtiments. L’architecte zurichois René Schmid s’est fait remarquer dès 2016 avec une première construction du genre à Brütten (ZH). Ces pionniers pourront compter sur la technologie prometteuse de SoHHytec, à l’EPFL, qui propose un «arbre artificiel» produisant de l’hydrogène directement avec la lumière du soleil grâce à des cellules photoélectrochimiques de nouvelle génération. Saurabh Tembhurne, cofondateur, décrit un gain en efficience significatif: «Par rapport à des panneaux solaires classiques combinés à de l’électrolyse, notre technologie affiche un rendement de 18% contre 8 à 9%. L’hydrogène sort à 30 bars, une pression qui permet une conservation sur plusieurs mois.» Outre le stockage de l’électricité excédentaire, le système délivre une chaleur directement utilisable dans le bâtiment.

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste économique et d’investigation pour Bilan, observateur critique de la scène tech suisse et internationale, Joan Plancade s’intéresse aux tendances de fonds qui redessinent l’économie et la société. Parmi les premiers journalistes romands à écrire sur la blockchain -Ethereum en particulier- ses sujets de prédilection portent en outre sur l'impact de la digitalisation, les enjeux de la transition énergétique et le marché du travail.

Du même auteur:

Les sociétés de conseil rivalisent avec l’IMD
Comment la sécurité se déploie aux frontières entre la France et la Suisse

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."