Bilan

Leur mission? Faire jaillir les idées!

De petites sociétés se sont spécialisées dans la production d’innovations. Elles agissent comme aiguillon auprès de grands groupes, davantage portés par nature vers le conservatisme.
  • Gerhard Andrey,  cofondateur de Liip, et Jonas Vonlanthen, partenaire.

     

    Crédits: Charly Rappo
  • Alenka Bonnard, responsable chez BrainStore: «Innover, c’est s’exposer.»

    Crédits: Dr

«Dans les grandes entreprises, les collaborateurs ont la tête dans le guidon. La pression quotidienne les empêche de penser de manière innovante. En tant que société extérieure, notre rôle est de comprendre les attentes du client, d’amener des idées et de développer, avec sa collaboration, une solution qui le satisfait.»

Gerhard Andrey est cofondateur de Liip, une société spécialisée dans la création de solutions web. Créée en 2007 à partir de la fusion entre deux bureaux fribourgeois, Liip a connu une croissance spectaculaire de 30% en moyenne sur huit ans, pour atteindre aujourd’hui quelque 15 millions de chiffre d’affaires. Le nombre d’employés est passé de 20 à 130 environ, répartis dans 5 bureaux (Saint-Gall, Zurich, Berne, Fribourg et Lausanne).

Côté mandats, Liip affiche à son palmarès le lancement de la vente en ligne de Jaeger-LeCoultre aux Etats-Unis, l’intranet du groupe Migros ou encore le portail du programme de fidélisation de Raiffeisen. Quant aux distinctions, l’agence a accumulé 52 récompenses des Best of Swiss Web Awards.

Liip se distingue par un type de management collaboratif. «Cela participe à l’ADN de la société, car la hiérarchie tue la créativité», soutient Jonas Vonlanthen, partenaire chez Liip. La firme fonctionne sans chef et s’emploie à conférer le pouvoir aux employés, sur un modèle d’entreprise «réinventée». Un concept élaboré notamment par l’auteur belge Frédéric Laloux. Autonomes, les équipes bénéficient d’une totale confiance.  

La motivation est quant à elle dopée par des mesures comme un congé paternité de quatre semaines et l’encouragement du temps partiel pour tous. En fonction des résultats, les bénéfices sont répartis entre tous ou personne, les partenaires ayant renoncé à percevoir des dividendes.

«Depuis deux ans, je suis constamment sollicité pour donner des conférences sur notre modèle de management. Les entreprises traditionnelles semblent réaliser le gaspillage de ressources que représente le middle management et s’intéressent à de nouvelles expériences», témoigne Gerhard Andrey.

Installée dans un créneau un peu différent, BrainStore fournit avant tout des idées et des processus d’innovation aux clients. Alenka Bonnard, responsable de l’antenne romande, souligne: «Le brainstorming qui consiste à réunir l’effectif devant un tableau blanc pour y coller des post-it ressemble à un repas de Noël. Tout le monde sait ce que chacun va dire. Or innover, c’est s’exposer.»

Fondé en 2008 à Bienne par Markus Mettler, le réseau BrainStore réunit une dizaine d’agences en Suisse et dans le monde, de New York à Séoul. «L’innovation peine à éclore dans les groupes traditionnels, car on lui applique les mêmes standards qu’à la production. On lui définit des objectifs précis et mesurables, alors que tout projet d’innovation demande de la flexibilité.» 

BrainStore est à l’origine d’idées intégrées par Suisse Tourisme à son parcours Grand Tour de Suisse, lancé en 2015. Un workshop organisé à Zurich a débouché sur 200 suggestions immédiatement utilisables. Parmi les autres clients, PostFinance qui voulait développer une réflexion sur le futur de la banque à l’heure des fintechs. Dans un registre plus classique, Coca Cola Europe s’est adressé au réseau afin de réunir des idées pour son sponsoring de l’Euro 2016 de football.

 Alenka Bonnard reprend: «Pour faire naître des idées, BrainStore va d’abord constituer une communauté sur la base des collaborateurs les plus motivés à l’interne. Puis nous amenons des intervenants extérieurs: artistes, clients, experts. Les teenagers sont précieux, car ils vont dire sans détour ce qu’ils pensent au patron.»

L’agriculture aussi a été disruptive

Vétéran de l’innovation helvétique et co-inventeur de la Swatch, Elmar Mock est par l’intermédiaire de sa société Creaholic à la base de 750 projets et de quelque 180 familles de brevets en trente ans de travail. «On a l’air de découvrir aujourd’hui l’innovation de rupture ou «disruptive», alors qu’elle existe depuis les débuts de l’humanité. C’est ce processus qui a conduit les hommes de la préhistoire à développer l’agriculture alors qu’ils avaient toujours chassé. Ils proposaient alors quelque chose que personne ne demandait, tout comme Nestlé l’a fait avec Nespresso et le café portionné.» 

Avec pour clients des géants comme BMW, Roche Diagnostics ou les CFF, mais aussi des PME, l’agence a produit des inventions qui touchent tous les domaines. On lui doit le collier intelligent pour animaux domestiques, le kit qui transforme la Fiat 500 en voiture hybride, ou encore une solution de fixateur externe ultraléger pour soigner les fractures. 

«L’aspect sensationnel de l’innovation de rupture ne doit pas nous faire oublier que 95% des activités humaines relèvent de l’innovation incrémentale. C’est-à-dire d’une amélioration constante des produits. Les départements Recherche et Développement font un travail remarquable pour maintenir une offre compétitive qui n’est pas toujours assez valorisée.»

Le rôle de Creaholic, comme de Liip et BrainStore, est de soutenir les clients sur le chemin de la rupture. "Face à une nouveauté radicale qui lui fait peur, l’entreprise traditionnelle cherche à s’en débarrasser en coupant par exemple les budgets. C’est pourquoi la rupture est le plus souvent véhiculée par des agents extérieurs. Elmar Mock pointe: L'innovation est toujours impossible, puis dangereuse, avant de devenir évidente." 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan et community manager pour le site bilan.ch, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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