Bilan

Les villes veulent devenir intelligentes

De l’Angleterre au Portugal, Living PlanIT, une PME basée à Nyon, crée les villes du futur en emmenant dans son sillage les Cisco, Philips et autres Microsoft. Des sortes de «SimCity» en vrai.

Mesdames et messieurs, veuillez suivre les lampes vertes indiquant la sortie, nous avons une alerte incendie!» C’est à peu près en ces termes que Living PlanIT, une entreprise basée à Nyon et fondée par Steve Lewis, l’ancien responsable de la stratégie multimédia de Microsoft, a accueilli les participants de la dernière convention géante CiscoLive organisée par le leader des équipements internet à Las Vegas en juillet dernier. L’objectif n’était pas de les effrayer mais de leur faire la démonstration d’un ensemble de technologies destinées à rendre nos villes intelligentes. En partenariat avec Philips, Living PlanIt s’est servi de la capacité à changer de couleur des lampes LED pour transformer l’éclairage du centre de convention en balisage vers les sorties. Avantage: un tel système peut être reconfiguré dynamiquement en fonction du déroulement des événements. Couplé aux technologies de capteurs développés par un autre partenaire, McLaren Electronics, le système définit le meilleur chemin vers la sortie tout en donnant aux secours une vue détaillée de l’état des lieux et même des personnes. Grâce à la plate-forme-logiciel Urban Operating System développée par Living PlanIT, les autorités municipales voient en direct l’événement et son impact sur les autres réseaux urbains: énergie, transports, logistique, affichage, etc., qui s’adaptent en ligne.

Un marché de 400 milliards

S’il ne s’agissait ici que d’une simulation, Living PlanIT construit ex nihilo une vraie «smart city» à Paredes, à proximité de Porto au Portugal. Baptisée PlanIT Valley, cette nouvelle ville compte aussi parmi ses constructeurs Cisco, Microsoft, Philips et une nuée de partenaires qui y déploient 100 millions de capteurs pour tout savoir, en temps réel, sur toutes les infrastructures. Ces informations provenant des réseaux d’électricité, d’eau, de transport, de voirie, etc., arriveront sur la plate-forme-logiciel de Living PlanIT qui s’en servira pour optimiser les infrastructures. Directeur financier de Living PlanIT, Micheal Keane donne un exemple du genre de résultat qu’offre cette technologie. «Aujourd’hui, votre GPS peut déjà vous conseiller une sortie sur l’autoroute Genève-Lausanne parce qu’il y a un bouchon plus loin. Mais il ne vous dit rien du risque d’embouteillage qu’une multiplication de sorties risque de provoquer sur les routes secondaires. Maintenant, imaginez que ce GPS soit relié aux systèmes des transports urbains, de la voirie, des feux rouges, etc. de la ville que vous traversez. Tous ces systèmes vont pouvoir s’adapter dynamiquement le temps d’absorber l’excès de trafic afin d’éviter un second embouteillage.» Un tel «upgrade» de nos villes aura naturellement un coût. Cisco qui fait des «smart cities» le cœur de sa stratégie et multiplie les projets de nouvelles villes d’Arabie saoudite à Songdo, en Corée du Sud, en passant par Londres et la rénovation de la péninsule de Greenwich en collaboration avec Living PlanIT et le promoteur Quintain, estime le marché mondial à 400 milliards de dollars dans les dix ans à venir. Cependant, la vaste SimCity en vrai que proposent les entreprises informatiques est aussi justifiée par les importantes économies, en particulier d’énergie, qu’elle suppose. Depuis l’an dernier, les villes rassemblent plus de 50% de la population mondiale et l’ONU anticipe 70% d’urbains à l’horizon 2050. En même temps, les villes sont énergivores. Elles consomment déjà entre 60% et 80% de la production énergétique. Pour s’imposer, les technologies de «smart cities» visent donc l’efficience énergétique avec l’objectif de réduire la consommation d’un tiers dans les cas de Songdo ou de PlanIT Valley. Les concurrents de Cisco comme HP, Oracle, ou bien encore IBM qui veut construire une «smarter planet», avancent le même argument pour vendre leurs propres projets de «smart cities».

Construction 100 millions de capteurs seront dispersés à PlanIT Valley, vraie «smart city» au Portugal.

 

De la smart grid aux smart cities

C’est cependant une chose de rendre intelligente une ville entièrement nouvelle mais c’en est une autre de le faire dans des centres urbains anciens. C’est la raison pour laquelle, en Suisse, les technologies de «smart cities» touchent pour le moment essentiellement les réseaux électriques avec le déploiement de compteurs intelligents. Le projet MEU, pour Management énergétique urbain, piloté par l’EPFL, la Haute Ecole du Valais et le Centre de recherches énergétiques et municipales (CREM) et impliquant quatre villes romandes (Lausanne, Neuchâtel, La Chaux de-Fonds et Martigny) fait toutefois un pas de plus vers les «smart cities» avec le développement d’une plate-forme de gestion des énergies pour les municipalités. Reste que comme le relève le directeur du CREM, Gaetan Cherix, «l’idée de smart cities intégrant tous les réseaux d’une ville pose une question d’acceptabilité sociale». Living PlanIT pense y avoir répondu en mettant à disposition des habitants des PlaceApp, des applications extraites des logiciels de «smart cities» pour améliorer leur quotidien. Microsoft a développé le logiciel Find My Child associant technologies de reconnaissance des visages et réseaux de caméras de télésurveillance pour retrouver un enfant égaré. Reste à savoir si le public acceptera ce qui, sans garde-fous, pourrait conduire à la fin de toute vie privée.

Une cité fantôme destinée à la science

Les Etats-Unis vont abriter le plus grand centre de tests du monde, d’une capacité de 35 000 habitants. But: concevoir la ville idéale.

Une ville fantôme entièrement dédiée à l’expérimentation de nouvelles technologies. C’est ce que prévoit de construire la société technologique américaine Pegasus-Global Holdings. Le projet, désigné comme le «Centre», consiste à créer une localité d’une capacité de 35 000 habitants, avec les infrastructures relatives – des routes aux quartiers résidentiels – mais complètement dénuée de résidents. Le but de cette opération, dont le coût est estimé à 200 millions de dollars: concevoir la ville idéale, en termes de consommation énergétique et de gestion du trafic notamment. Des technologies comme la dernière génération d’Internet sans fil, des méthodes de production d’énergies propres ou encore des techniques et matériaux innovants de constructions seront testés sur ce site. Cette «localité d’expérimentation», qui sera bâtie dans le désert du Nouveau-Mexique aux Etats-Unis, devrait être opérationnelle dès 2014. Katja Schaer, San Francisco

Crédits photos: Dr

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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