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Les Valaisans qui font piloter le vélo à la manière d'un jet

Et si le vélo pouvait offrir des sensations fortes comparables au pilotage d'un jet mais au ras du bitume? C'est le concept du joystickbike imaginé par Yvan Forclaz et désormais développé par une équipe au sein de la HES-SO à Sion. Avec de belles perspectives d'avenir.
  • Autour d'Yvan Forclaz le concepteur (2e en partant de la gauche), l'équipe qui développe le joystickbike au sein de la HES-SO à Sion.

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  • Le Joystickbike a été basé sur différents modèles de vélo et autres pièces assemblées par le concepteur de l'engin.

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  • Yvan Forclaz est un adepte des 2-roues et un passionné d'aviation.

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  • La deuxième génération du Joystickbike présente déjà une série d'évolutions par rapport au premier prototype.

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Depuis les premiers croquis de Léonard de Vinci dans le Codex Atlanticus voici précisément cinq siècles (l'ouvrage date de 1518) et jusqu'au modèle de Chris Froome sur l'actuel Tour de France, tous les vélos ont toujours été pilotés via un guidon: ce T sur lequel le cycliste pose ses deux mains et qui lui permet de donner la direction à suivre à la roue avant. Idem pour les 2-roues motorisés, motos et scooters. Pourtant, les avions, les hélicoptères, les grues de l'industrie, les machines agricoles et d'autres appareils se pilotent avec un manche à balai. Sans oublier l'univers des jeux vidéos.

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C'est justement en plongeant dans ses deux passions, l'aviation et les 2-roues, qu'Yvan Forclaz a imaginé le joystickbike. Pour ce serrurier de formation qui dirige le Centre de loisirs et culture de Sion, adepte de l'aile delta rigide et de longues sorties en moto sur les routes alpines, le vélo traditionnel reste frustrant: «Je m'y suis mis, mais au bout d'un an et demi avec les fesses sur une selle rigide et inconfortable, j'en ai eu marre». L'ingénieux valaisan va alors attraper un siège de cuisine, coupler un vélo d'enfant avec un autre pour adulte et imaginer un système de pilotage qui ne nécessite pas de se pencher en avant vers un guidon.

Un premier modèle avec des pièces de récupération

Avisant un joystick, il imagine un dispositif permettant de circuler assis, avec un pédalier mais aussi une batterie pour assister l'action des mollets de l'utilisateur. «Je voulais me bricoler un engin pour me faire plaisir, pas particulièrement inventer un nouveau type de moyen de locomotion», avoue Yvan Forclaz. Les premiers essais sont menés sur les routes de montagne du canton: «J'ai d'abord mis un mois et demi avant d'arriver à piloter l'engin, puis je suis allé l'essayer sur les routes, avec ma femme qui me suivait en voiture afin d'éviter que des véhicules tiers viennent me heurter. A la fin de la première descente, elle était terrifiée mais moi j'avais adoré et je ne rêvais que de recommencer».

Ce premier modèle, intégralement bricolé avec des pièces de récupération, est capable d'atteindre la vitesse de 60km/h, avec une autonomie de 30km. «C'est avant tout un engin destiné à se faire plaisir avec des sensations fortes, car, contrairement au vélo, on est là intégré à la machine», souligne Yvan Forclaz. Rapidement, l'engin suscite la curiosité. Yvan Forclaz poste le fait tester à quelques amis et tous sont conquis. Quelques recherches ont vite fait de les convaincre que le concept n'a jamais été développé ailleurs. L'ingénieux serrurier de formation se lance alors dans la procédure pour développer et déposer un brevet qu'il finalise en octobre 2015... mais un an plus tard, il décide de le passer en open source: «J'avais davantage envie de voir l'idée se répandre partout et être améliorée par d'autres personnes que de passer du temps en procédures afin de vendre le concept».

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Une démarche ouverte (deux projets ont repris l'idée, dont une équipe d'étudiants au Pérou) qui n'empêche pas de poursuivre une démarche industrielle et commerciale. Après le prototype mis au point par Yvan Forclaz dans son atelier personnel, un deuxième modèle a été mis au point, en collaboration avec la HES-SO Valais à Sion, dont les ateliers, les étudiants et les compétences techniques ont été mises à contribution pour améliorer le premier modèle. Une expertise bienvenue au regard des défis qui s'annoncent. «Nos premières vidéos mises en ligne ont généré beaucoup de buzz, notamment avec la reprise de certaines images par des grands networks américains. Rapidement, 5600 personnes à travers le monde ont manifesté leur intérêt et nous avons reçu des commandes. Nous sommes en train de mettre au point les dix premiers exemplaires qui seront livrés aux clients», détaille Eric Balet, porte-parole de JoystickBikeLab, société née de l'idée d'Yvan Forclaz et accompagnée par la HES-SO Valais. Si les premières demandes concernaient des engins en kit à monter soi-même, certains clients demandent désormais des appareils déjà montés pour pratiquer de suite.

Une moto avec un joystick?

Autre piste prometteuse: la déclinaison pour 2-roues motorisés. Suite aux diffusions de vidéos, un grand fabricant japonais de motos présent sur les cinq continents a contacté Yvan Forclaz: «L'idée serait de décliner le concept du joystick pour des motos et des scooters». Si les contacts sont établis, ils sont encore embryonnaires. Cependant, l'équipe valaisanne se veut prudente: avant de s'embarquer dans des aventures à l'échelle mondiale avec des multinationales, ils veulent encore perfectionner leur système. «Sur la deuxième génération, nous avons ajouté un système de suspension, car chaque obstacle donnait lieu à des secousses violentes quand je les passais avec mon prototype», glisse Yvan Forclaz.

D'autres améliorations sont envisagées à moyen et long terme. «Mon rêve serait de connecter les systèmes de vitesse ou turbo et même les freins aux boutons du joystick, qui pour le moment sont totalement décoratifs», avoue l'inventeur. Autre amélioration: un système pour changer aisément et rapidement les batteries, afin de pouvoir maximiser le temps d'utilisation du joystickbike sans devoir l'immobiliser le temps de la recharge mais en remplaçant simplement la batterie.

En attendant, les équipes de la HES-SO sont ravies de travailler sur le projet. «Nous avons adopté une démarche en reverse ingeneering avec nos étudiants: on développe l'idée tout en encourageant nos étudiants à exprimer et explorer des idées latérales, souvent intéressantes car ceux qui les ont ne sont pas passés par le même mode de pensée que les concepteurs du projet d'origine», se réjouit-on du côté de la HES-SO Valais.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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