Bilan

Les suisses rois des applications

En 2009, les développeurs de logiciels pour iPhone n'ont pas vu passer la crise. La ferveur autour des fameuses «applis», dont le nombre a dépassé les 140 000 en seulement un an et demi, n'a pas laissé de répit aux spécialistes du domaine. «Je suis sans arrêt sollicité par des agences de communication», témoigne Stéphane Burlot, fondateur de Coriolis, qui a plus d'une dizaine d'applications à son actif. Fiorenzo de Palma, de la société Mediancer, annonce «sept applications réalisées, avec quatre autres mandats en cours d'exécution». L'entreprise lausannoise Easybox, quant à elle, assure générer 80% de ses revenus avec l'iPhone. Et la sortie prochaine de la tablette multimédia d'Apple renforce évidemment cet engouement. Le lendemain de la présentation publique du très attendu iPad, la Radio Télévision suisse avait déjà demandé une offre auprès d'Easybox. «Il faut être dans les starting-blocks au moment du lancement du nouveau produit, fin mars», explique Thierry Zweifel, directeur des ressources et du développement de la RTS.«Le marché s'est incroyablement dynamisé, observe Sandrine Szabo, l'organisatrice d'une conférence autour de l'iPhone qui s'était tenue en octobre 2008 à Genève. De nombreux développeurs se sont lancés dans cette voie, le plus souvent en fondant des microstructures d'un ou deux employés.» Sa propre société,Netinfluence,a déjà développé quatre applications pour iPhone. Et la sortie prochaine de l'iPad donne des bonnes raisons de croire à la «nouvelle ruée vers l'or pour les développeurs», annoncée dans la vidéo promotionnelle d'Apple.Sur l'App Store suisse (le magasin d'applications en ligne d'Apple), le dernier succès en date s'appelle Point de vue. Ce logiciel, développé par la société lausannoise Sen: te, permet d'identifier les montagnes environnantes. Vendue 4,40 francs, l'application a rapidement atteint le palmarès des meilleures ventes suisses. Elle a été téléchargée plus de 15 000 fois depuis son lancement il y a deux mois, ce qui a généré pour Sen: te un chiffre d'affaires d'environ 40 000 francs, après déduction des 30% de commission perçus par Apple. «Nous n'avons pas compté nos heures», préciseMarco Scheurer, l'un des associés de Sen: te. Reste que l'objectif a été atteint. Donner une visibilité à cette société d'informatique bien établie mais peu connue du grand public. Les ingénieurs de Sen: te disposaient d'ailleurs d'une longueur d'avance sur leurs concurrents puisqu'ils développent des logiciels sur Macintosh depuis quinze ans. Une partie du code utilisé aujourd'hui par Apple pour ses applications mobiles a même été écrite par Marco Scheurer et ses collègues en 1998. A ce jour, Sen: te a développé trois autres applications iPhone pour le compte de ses clients.Des modèles d'affaires uniquesAutre belle réussite «made in Switzerland»: le jeu de cartes Jass en version électronique et mobile. Egalement vendue 4,40 francs, l'application totalise près de 30 000 téléchargements. «Nous l'avons conçue comme une sorte d'étude du marché pour l'iPhone», détaillent Flavien Volkenet Johann Huguenin, deux ingénieurs d'Olivetti Engineering à Yverdon, qui ont profité d'un temps de battement entre deux projets l'année dernière pour créer ce jeu. A leur grande surprise, quelques jours après son lancement, Jass avait atteint le premier rang des applications payantes suisses sur le magasin en ligne d'Apple. Un phénomène dont tous les développeurs rêvent, puisqu'une place au palmarès engendre plus de téléchargements, soit un cercle vertueux qui peut durer plusieurs mois.La start-upJilion, soutenue par l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, a récemment fait une expérience similaire avec l'application gratuite Helvetiq. Cette adaptation d'un jeu de société, mise en ligne en décembre dernier, a rapidement rejoint la quatrième place du palmarès suisse, avec un pic journalier à 3400 téléchargements. «Nous avons largement communiqué la sortie de cette application, notamment par le biais des réseaux sociaux et à travers un article dans un journal gratuit, explique l'un des fondateurs de Jilion, Mehdi Aminian. Il a suffi de cela pour créer un buzz.» Depuis, même si l'application ne rapporte pas d'argent à ses concepteurs, Jilion met en avant cette réussite pour faire connaître ses compétences dans le domaine de l'iPhone et - peut-être bientôt - de l'iPad.Un constat s'impose: chaque entreprise a mis au point son propre modèle d'affaires. Santiago Lema, un développeur lausannois qui a créé une dizaine de logiciels comme Astro Love, Free Battery ou Any Sound Piano, finance ses applications gratuites par la publicité. Ainsi, chaque utilisateur voit s'afficher en bas de son écran des annonces ciblées, placées via la régie spécialisée AdMob. Santiago Lema garde jalousement ses statistiques pour lui, mais Free Battery faisait partie, en octobre dernier, des dix meilleurs téléchargements dans une dizaine de pays, dont la Suisse et le Japon. Sur son compte Twitter, le développeur annonçait en octobre dernier avoir dépassé un total cumulé d'un million de téléchargements pour l'ensemble de ses applications.La plupart des développeurs préfèrent toutefois le confort des mandats, en travaillant pour le compte de clients privés ou institutionnels. Jonas Schnelli, le Zurichois qui a créé un horaire mobile pour les trains avant de se faire racheter l'application par les CFF, continue à oeuvrer pour l'ancienne régie fédérale. Il a aussi décroché un mandat auprès de Suisse Tourisme, avec l'application Swiss Snow Report.Stéphane Burlot, fondateur de la société Coriolis, collabore depuis plusieurs années avec Edipresse (l'éditeur de Bilan, ndlr ). Ensemble, ils ont notamment créé l'application du journal Le Matin et des versions mobiles des guides gastronomiques Le coup de fourchette et A table. Parmi les autres clients de Coriolis, on trouve une agence immobilière à Monaco, le fabricant de montres Piagetou encore l'EPFL. Les coûts de développement de toutes ces applications sont très variables. «C'est comme pour les sites Internet, explique Stéphane Burlot. Tout dépend de la complexité du produit.» Ainsi, une application élémentaire peut coûter de 5000 à 10 000 francs; quelque chose de plus évolué peut dépasser les 50 000 francs. A titre d'exemple, Edipresse annonce un prix de développement de «25 000 à 40 000 francs» pour chacune de ses applications. «Mais cela peut aller jusqu'à 100 000 francs si vous comptez toute l'évolution et les mises à jour», précise Marc Lamarche, responsable Mobile Media chez Edipresse.Pour l'équipe d'Olivettiqui a développé le jeu Jass, on compte «six mois/homme pour une première version pleinement fonctionnelle, à laquelle il faut ajouter une durée équivalente pour la version réseau».Autant dire que même avec des revenus de quelque 90 000 francs générés par Jass à ce jour, il faudrait encore plusieurs mois au rythme actuel (100 téléchargements quotidiens) pour rentabiliser l'investissement.Une autre manière de générer du revenu, c'est de trouver des sponsors. Stéphane Burlot a créé une application payante, BancoMap, qui permet de localiser les distributeurs de billets les plus proches. Cette initiative lui a ouvert la porte de plusieurs banques et il est actuellement en discussion avec Raiffeisen pour une version gratuite. De manière similaire, le jeu Jass existe aussi dans une version appelée Bier Jass, sponsorisée par les brasseriesFeldschlösschen.Tout le monde rêve du jackpotReste le rêve absolu de chaque développeur: lancer une application au succès planétaire. Le dernier exemple en date s'appelle Sleep Cycle Alarm Clock, un logiciel qui fait sonner le réveil au meilleur moment du cycle de sommeil, mesuré grâce aux détecteurs de mouvement de l'iPhone placé sous l'oreiller. Créée par une équipe de développeurs suédois, l'application truste les palmarès des meilleurs téléchargements depuis plus d'un mois.«Tous les développeurs espèrent atteindre ce genre de succès», selon Sébastien Hugues, l'un des fondateurs d'Easybox. Sa société tentera à son tour de toucher un public international, avec la sortie prochaine de l'application Radiostar, qui permet d'écouter 8000 webradios différentes. A Yverdon, les ingénieurs d'Olivetti ont lancé fin novembre la Belote, une version française du Jass, qui est entrée dans le top 50 de l'App Store français. Et Point de vue, l'application de Sen: te qui permet d'identifier les montagnes, devrait sortir en version internationale dans quelques semaines. «Avec un marché potentiel cent fois plus grand, cette version a toutes les chances de percer, estime Marco Scheurer. Si nous vendons ne serait-ce que cinq fois plus d'applications qu'en Suisse, ce sera considéré comme un beau succès.

Comment vendre sur l'App StoreLancé en juillet 2008, le magasin en ligne d'Apple compte désormais 140 000 applications. Voici comment se distinguer.Choisir le bon prix Selon le site d'information 148apps.biz, 40% des applications sur l'App Store coûtent 1,10 franc. Les gratuites représentent un quart du total. Parmi ces applications gratuites, certaines génèrent des revenus en intégrant de la publicité. D'autres incitent au téléchargement d'une application payante plus évoluée.

Lancer au bon moment Mieux vaut prévoir son lancement avant le week-end, quand les utilisateurs passent plus de temps à télécharger. Noël est aussi un moment d'effervescence extrême, car les gens comparent leurs applications et en parlent. Viser le top 10 C'est une évidence, mais atteindre le palmarès des meilleures ventes constitue la principale stratégie de visibilité. Les chiffres varient d'un jour à l'autre, mais il faut 500 à 1000 téléchargements par jour pour apparaître dans la liste des cinq applications payantes les plus populaires de Suisse. Il en faut 5 à 10 fois plus pour accéder au palmarès des applications gratuites. Téléchargement 10 «applis» suisses qui cartonnentJeux, gadgets ou logiciels de services, voici une sélection d'applications développées avec succès par des Suisses.Point de vue Permet d'identifier les montagnes environnantes en pointant l'appareil dans leur direction. Prix: 4,40Téléchargements: 15 000 depuis décembre 2009Développeur: Sen:te, Lausanne Le MatinNews d'agence, articles du journal et divers services pratiques.Prix: gratuitTéléchargements: 80 000 depuis mars 2009Développeur: Coriolis Technologies, ChevillyJassJeu de cartes permettant de jouer en réseau avec d'autres personnes connectées.Prix: 4,40Téléchargements: 30 000 depuis avril 2009Développeur: Olivetti Engineering, Yverdon-les-BainsMammut SafetyCompas, altimètre et clinomètre permettant d'évaluer la déclivité d'une pente.Prix: gratuitTéléchargements: 100 000 depuis novembre 2009Développeur: Mammut/Scholz & Volkmer, AllemagneMobileCFFTous les horaires des CFF dans la poche.Prix: gratuitTéléchargements: 400 000 depuis novembre 2008Développeur: include7, ZurichHelvetiqVersion iPhone d'un jeu de société.Prix: gratuitTéléchargements: 33 000 depuis décembre 2009Développeur: Jilion.com, Lausanne

 

Le ShopMagasin en ligne avec possibilité de faires ses courses offline et de passer commande plus tard.Prix: gratuitTéléchargements: 30 000 depuis janvier 2010Développeur: Le Shop/iEffect, ZurichRSRActualités et émissions de radio en live streaming ou en podcast.Prix: gratuitTéléchargements: 42 000 depuis octobre 2008Développeur: Easybox, Lausanne20 MinutesTout le contenu du site web et une fonction spéciale pour inciter le public à fournir des infos.Prix: gratuitTéléchargements: 350 000 depuis août 2008Développeur: Streamboat, ZurichLe coup de fourchetteGuide gastronomique avec géolocalisation.Prix: 9,90Téléchargements: 1700 depuis avril 2009Développeur: Coriolis Technologies, Chevilly

 

 

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