Bilan

Les start-ups iraniennes en plein essor

Malgré les sanctions américaines et les incertitudes liées à la situation géopolitique, un véritable écosystème de start-ups se développe en Iran depuis quelques années. Le tout mené par une génération de jeunes entrepreneurs qui voit l’avenir avec optimisme.

L'écosystème des startups se développe en Iran, grâce ou malgré les sanctions internationales.

Crédits: Aref Ghasemi

Un open-space coloré rempli d’écrans, des programmeurs qui font une sieste sur un coussin géant, des câbles qui débordent de partout dans des locaux tout juste inaugurés... Le décor pourrait être celui de n’importe quelle start-up occidentale, mais nous sommes en plein cœur de Téhéran et la climatisation qui tourne à fond pour rendre les 35°C à l’extérieur supportables est là pour nous le rappeler.

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Celui qui nous accueille c’est Shahram Shahkar, sorte de Mark Zuckerberg iranien au sourire confiant et à la chemise impeccablement repassée. L’homme de 32 ans est à la tête de Snapp, une application créée début 2016 sur le même principe qu’Uber et qui est devenue en quelques mois le moyen de transport incontournable de la mégapole aux 15 millions d’habitants: « nous avons une croissance de 80% par mois et recrutons en permanence. Nous avons déménagé ici il y a quatre mois pour pouvoir accueillir notre centaine d’employés, mais on commence déjà à se sentir à l’étroit... », confie-t-il tout sourire. C’est qu’avec 200 millions d’euros de valorisation et 800' 000 trajets effectués quotidiennement à travers le pays, Snapp est un modèle de réussite.

Plus de 5000 start-ups en Iran

Et elle fait des émules puisqu’il y a désormais plus de 5000 start-ups en Iran alors que celles-ci se comptaient sur les doigts de la main au début de la décennie. Le chiffre reste encore modeste (il y en a par exemple 45'000 en Suisse) mais sa croissance rapide témoigne du fort dynamisme d’un écosystème qui s’étend dans tous les secteurs d’activités : livraison de plateaux-repas avec Zoodfood ou Maman Paz qui propose des plats faits maison par des femmes au foyer, petites annonces avec Sheypoor ou encore Mizbano, équivalent d’AirBnb qui a récemment fait parler de lui en se mobilisant pour aider les victimes du tremblement de terre à l’ouest de l’Iran.

Le paradoxe est que les sanctions internationales imposées en raison du programme nucléaire ont eu un effet double: elles ont certes asphyxié l’économie du pays, mais dans le même temps ont offert une protection face aux géants du Net américains. Les entrepreneurs iraniens ont donc pu concevoir leurs propres alternatives adaptées au marché local.

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«Tout a commencé avec Digikala», explique Mohammadreza Azali, cofondateur de Techrasa, seul média anglophone dédié à l’actualité technologique en Iran. Créé en 2007 par deux frères frustrés de ne pas pouvoir acheter leur appareil photo en ligne, Digikala est devenue le leader du e-commerce au Moyen-Orient avec une valeur estimée à plus de 500 millions d’euros. «Ils ont ouvert la voie et aujourd’hui tous les étudiants en université veulent créer leur propre start-up, c’est un nouvel horizon pour cette génération. Mais aussi un moyen de résoudre les problèmes de notre société», analyse Mohammadreza Azali.

Outre l’absence de concurrence étrangère, les entrepreneurs bénéficient d’un marché intérieur de 80 millions de personnes composé à plus de 70% de jeunes de moins de 35 ans résolument technophiles. Et en quelques années le taux de pénétration d’internet est passé à 70% quand le nombre d’usagers mobiles s’élève à 47 millions d’après un rapport du Ministère iranien des Communications de septembre 2017. La question du volume de financement levé par les start-ups reste cependant difficile à quantifier: la plupart des entrepreneurs et investisseurs refuse de publier leurs chiffres.

Faire appel à des investisseurs étrangers reste délicat

Les acteurs de l’écosystème se méfient de l’inconsistance du gouvernement iranien et craignent que la législation actuelle (qui exempte d’impôt les sociétés basées sur les technologies de l’information) puisse être modifiée du jour au lendemain. Seul Sarava, principale société iranienne d'investissements en capital-risque avec une trentaine de start-ups dans son portefeuille, a révélé avoir levé 183 millions d’euros en 2016.

Mais le potentiel est réel et les opportunités sont nombreuses. Il y a trois ans, Amir Esfandiari constate les difficultés pour connecter fabricants de meubles et fournitures de bureau avec les distributeurs et clients: «c’est un marché traditionnel et les fournisseurs n’avaient même pas de photo ou de caractéristiques pour leurs produits». Il décide donc de créer sa propre plateforme Khooger.com composée d’un marketplace et d’un réseau social: «c’est facile de lancer sa start-up ici, car il y a peu de réglementation», fait remarquer le CEO de Khooger. Avant de tempérer: «mais le plus compliqué c’est de trouver le financement ensuite et beaucoup de bonnes idées échouent à ce stade».

Faire appel à des investisseurs étrangers reste en effet délicat puisque toute entreprise commerçant en dollar avec l’Iran ou possédant des intérêts aux États-Unis se risque à de lourdes sanctions américaines. La République islamique en a bien conscience et a récemment engagé de gros efforts pour moderniser son secteur bancaire (souvent pointé du doigt pour son fonctionnement archaïque) et proposer une alternative aux financements en dollars.

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Jonathan Vayr

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