Bilan

Les start-up suisses retrouvent enfin le chemin de la bourse

L’action de la zougoise Auris Medical est cotée, depuis aujourd’hui, sur le segment global du Nasdaq. La réussite de son IPO rouvre une fenêtre fermée depuis l'introduction en bourse d'Addex en 2007.

L'AM 101, le premier médicament d'Auris Medical, s'est révélé efficace pour lutter contre les acouphènes, des sifflements dans l'oreille interne, qui handicapent 2,4% de la population. La start-up a été créée en 2003 par Thomas Meyer, ex CEO de Disetronic.

Crédits: Keystone/DR

Comme le laissait entendre Bilan il y a un an, la start-up zougoise Auris Medical est bien la première jeune pousse suisse à retrouver le chemin de la bourse depuis l’IPO (Initial Public Offering) d’Addex en 2007.  Ce n’est cependant pas celui de la bourse suisse mais celui du marché américain des valeurs technologiques : le Nasdaq.

Auris Medical a émis hier, mardi 5 août, 9 400 000 de ses actions au prix de six dollars. L’opération lui apporte 51 millions de dollars avec une capitalisation de l’ordre de 170 millions.

L’action est cotée, à partir d’aujourd’hui, sur le segment global du Nasdaq.  Approuvée par la SEC, cette IPO a été menée par les banques américaines Jefferies et Needham & Company.

CEO et fondateur d’Auris, Thomas Meyer ne met cependant pas sur la nationalité de ses banquiers le choix du marché US. «Nous avons choisi le Nasdaq parce que c’est là  que l’on trouve le marché le plus large dans le domaine des biotechs », explique-t-il.

«Le niveau d’activités est simplement beaucoup plus bas dans les marchés européens, y compris la Suisse. Une fois de plus, j’ai été très impressionné « en road show » aux Etats-Unis par le nombre énorme d’investisseurs spécialisés en pharma et en biotech. En plus, les innovations réelles sont mieux reçues et récompensées là qu’en Europe. Comme Suisse et Européen,  je trouve cela  déplorable – mais c’est simplement la réalité. » 

Il faut dire qu’Auris Medical a de quoi séduire les investisseurs.  La start-up a été fondée en 2003 par Thomas Meyer qui, de 1998 à 2002, avait été l’artisan du succès – en tant que CEO - du fabricant de pompes à insuline Disetronic. Devenu millionnaire après le rachat de cette dernière par Roche, il a repris un projet de chercheurs de l’INSERM, à Montpellier, pour traiter les acouphènes, des sifflements fantômes dans les oreilles, qui touchent 10% de la population.

Un traitement, baptisé AM 101, mis au point à partir de ces recherches, a fait l'objet d'une étude de toxicité et d’efficacité conduite sur 248 patients. Celle-ci a démontré qu’il réduit de 50% en moyenne l’intensité des acouphènes.

L’entreprise mène maintenant un essai clinique de phase III sur un groupe beaucoup plus important de patients en Europe et en Amérique du nord. Les résultats pourraient aboutir à l’enregistrement de son premier médicament en 2015.

Une IPO cruciale pour l’ecosystème

Malgré ces atouts, Auris a dû, à la dernière minute, consentir à une révision à la baisse de son prix d’émission. Selon Thomas Meyer, cela tient à « l’encombrement d’IPO sur le marché américain actuellement (14 cette semaine rien qu’en biotechnologies) et à un marché globalement baissier. » De fait, les indices américains effectuent leur plus grosse correction depuis deux ans. 

En dépit que l’IPO soit ainsi un demi-succès, l’entreprise a obtenu l’essentiel : des fonds pour poursuivre ses projets. Ils viennent, en effet, s’ajouter aux 47,1 millions de francs levés l’an dernier auprès du capital-risqueur Sofinnova. Une firme bien connue en Suisse puisqu’elle était derrière le succès d’Actelion.

Comme celle du spin-off de Roche en 2000, le succès de l’IPO d’Auris Medical est ainsi crucial pour l’ensemble de l’ecosystème high-tech helvétique. D’autres entreprises de technologies médicales ou de biotechnologies comme les lausannoises Symetis et AC Immune ou bien la genevoise NovImmune font en effet l’objet de rumeurs récurrentes d’IPO. Et derrière, les autres candidats ne manquent pas.

 

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

Du même auteur:

«Le prochain président relèvera les impôts»
Dubaï défie la crise financière. Jusqu'à quand'

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."