Bilan

Les start-up suisses lèvent un milliard en 2016

En cinq ans, les levées de fonds des start-up helvétiques ont triplé, selon le Swiss Venture Capital Report publié par Startupticker. Vaud et Genève prennent la tête.

Le spin-off de l'EPFL, Nexthink a levé 38 millions de francs l'an dernier mobilisant des family offices comme celui de la famille Bertarelli.

Crédits: DR

Avec une augmentation de 35% l’an dernier, les investissements dans les start-up helvétiques continuent de gagner en popularité. Ils sont passés d’un total de 676 millions de francs en 2015 à 909 millions en 2016 selon le décompte du Swiss Venture Capital Report 2017 que vient de réaliser l’Association Suisse des Investisseurs en Capital et de Financement (SECA) et startupticker.ch.

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Et encore, ces chiffres reposent sur 151 levées de fonds rendues publiques. Or, un nombre conséquent de start-up et d’investisseurs entendent demeurer sous le radar pour ne pas éveiller la concurrence. En incluant celles que l’on connaît dans ce cas, la barre du milliard de francs levés en 2016 est franchie.

Le réveil du numérique

Fait remarquable, longtemps portés par les biotechnologies et les technologies médicales (577 millions levés l’an dernier), les investissements dans les start-up suisses sont relayés désormais par le numérique avec une augmentation de 110% à 271 millions et 81 opérations. En Suisse, ce sont toutefois les entreprises du numérique B2B (comme Nexthink, 38 millions ou SonarSource avec 45.6 millions) qui attirent le plus les investisseurs.

En hausse de 132%, les investissements dans les fintechs demeurent bas avec seulement 14 deals. Il faudra aussi voir si le recul de 78% des investissements dans les start-up de technologies médicales, force traditionnelle de l’économie suisse, est durable ou non.

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Avec 23 « seed rounds » et 66 « early stage », les investissements dans les start-up suisses restent concentrés sur les phases de démarrage alors que ceux dans les phases de croissance nécessitant plus de capitaux demeurent exceptionnels. C’est ainsi qu’en dépit de deux opérations à plus de 100 millions (ADC Therapeutics et Mindmaze, toutes deux à Lausanne), la taille des levées de fonds demeurent en moyenne à 2,5 millions de francs par opération.

La part du lion aux romandes

Après une augmentation de 123%, la Suisse romande attire désormais la moitié des levées de fonds effectuées par les start-up en Suisse. Comme il y a deux ans, le canton de Vaud est ainsi la première destination de ces investissements (462 millions après une augmentation de 160% par rapport à 2015 !) devant Zurich (108 millions), Bâle (86 millions), Zoug (85 Millions) Neuchâtel (23 millions) et Fribourg (5 millions).

Genève enlève aussi pour la première fois la seconde place après que le nombre d’investissements ait doublé l’an dernier pour atteindre 124 millions. A l’inverse, à Zurich, les investissements ont diminué de 40% et le nombre d’opérations de 20%. Il faut aussi relever le poids particulier de l’EPFL. Les start-up du campus ont levé en 2016 un record de 397 millions (inclus les 60 millions de l’IPO d’AC Immune) soit en un an plus du tiers de tous les fonds levés par des entreprises du campus depuis la création du parc scientifique en 1993.

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Même si la Suisse a le potentiel de faire beaucoup mieux – un milliard de fonds levés c’est le rythme trimestriel en France et au Royaume-Uni – cette multiplication par trois en cinq ans du niveau des levées de fonds par les start-up helvétiques indiquent qu’un cap a été franchi. Ces résultats ont, en effet, été atteints alors que globalement les activités de capital-risque ont diminué de 10% l’an dernier après il est vrai une période d’exagération aux Etats-Unis.

70% de fonds étrangers

La question est de savoir si cette situation nouvelle en Suisse sera durable ? On peut le penser avec des initiatives comme le Fonds suisse d’Avenir destiné à orienter une fraction de la fortune des caisses de pension helvétiques vers les jeunes pousses qui construisent notre futur économique. Mais aussi à cause de la simple logique financière.

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Si l’on songe aux taux d’intérêt négatifs ou au fait que la capitalisation boursière combinée de Roche et de Novartis a diminué de 65 milliards l’an dernier, la sécurité des placements n’est plus forcément là où on l’imagine généralement. Longtemps risqués mais surtout plus encore décevants en termes de rendement, les investissements dans les start-up suisses deviennent bien plus attractifs. La valeur d’Actelion a, par exemple, été multiplié par plus de 100 depuis la création de l’entreprise.

Selon Maurice Perdagnana, le secrétaire général de la SECA, «les opérations de sortie (autrement dit la vente des actions détenues dans les start-up par les investisseurs) ont représentés entre 1,8 et 2,5 milliards l’an dernier». Avec cinq IPO et de nombreux rachats de jeunes pousses par des industriels comme HP, 3M ou Celgene, les investisseurs retrouvent un horizon de retour sur leur mise beaucoup plus clair.

Les investisseurs étrangers qui représentent 70% de la croissance des investissements dans les start-up suisses en 2016 s’en sont rendus compte. Reste à savoir si les investisseurs suisses seront à leur tour prêt à faire confiance à leur nouvelle génération d’entrepreneurs ?

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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