Bilan

Les start-up suisses entrent dans le territoire des licornes

En augmentation de près de 50% sur un an, le financement des start-up suisses en 2015 concrétise une stratégie de 15 ans. Juste quand la Suisse politique menace de retirer l’échelle !
  • Avec ses infuseurs d’insuline, CeQur a effectué la plus grosse levée de fonds en Suisse en 2015 avec plus de 100 millions de francs.

    Crédits: Image: CeQurCorporation
  • Signe de l’intérêt croissant pour les fintechs, les fondateurs de Knip, Christina Kehl et Dennis Just, ont réussi à lever 15,3 millions de francs l’an dernier auprès de fonds de capital-risque.

    Crédits: Image: AnniKatrin Elmer
  • Dirk Beher et Christoph Wiessner, les fondateurs du spin-off de Merck Serono, Asceneuron, ont sécurisé un investissement de 30 millions de francs d’investisseurs comme Sofinnova et Johnson& Johnson. 

    Crédits: DR

C’est le rapport le plus attendu de l’année par l’écosystème des start-up et de l’innovation. Les lecteurs du Swiss Venture Capital report 2016 ne vont pas être déçus. Les fonds levés par les start-up basées en Suisse sont en augmentation de 47,9% par rapport à 2014 pour atteindre 670 millions de francs. Mieux: 120 start-up ont réussi à lever des fonds externes et à convaincre des investisseurs contre 92 un an auparavant. Avec des rounds à 96,2 millions dans le cas de CeQur, de 77 millions dans celui d’ADC Therapeutics ou bien encore de 60 millions dans celui d’Obseva, la Suisse commence à ressembler à un pays de licornes, ces start-up valorisées sur l’entier de leur capital à plus d’un milliard.

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Pour Bilan qui plaide pour cette évolution, entres autres avec son opération 50 start-up suisses dans lesquelles investir (dont la sélection 2016 sera en kiosque le 3 février prochain), c’est évidemment une nouvelle réjouissante. D’autant plus que certaines start-up sélectionnées par le passé par notre jury trouvent aujourd’hui des investissements significatifs comme InSphero (20 millions), Sophia Genetics (14,8 millions), Flatev (2,8 millions) ou Flyability (2 millions). D’autres comme BugBusters, Faceshift, iConcerts, Lemoptix ou Mila ont été acquises par des groupes industriels en générant d’importants retours pour leurs premiers bailleurs de fonds.

Les fonds étrangers plus actifs que les suisses

Il faut dire que les start-up suisses sont de plus en plus remarquées par les investisseurs étrangers et en particulier américains. Le choix de Genève par le gigantesque programme américain d’accélération de start-up MassChallenge pour ses opérations européennes et son souhait que les 50 start-up de Bilan soient présentes, en collaboration avec la conférence Lift, à son événement de lancement le 10 février au Campus Biotech à Genève est de ce point de vue emblématique. Tout comme l’installation de capital-risqueurs américains en Suisse à l’image de Bay City Capital. La majorité des investissements dans les start-up suisses viennent ainsi de l’étranger, les firmes américaines constituant désormais à elles seules le quart des financements.

Lire aussi: Le réveil du capital-risque suisse

D’un point de vue sectoriel, les start-up suisses des sciences de la vie se taillent la part du lion avec une augmentation de 63% des sommes levées par rapport à 2014 pour atteindre 484 millions de francs. Boosté par les fintechs (+153%), le secteur des technologies de l’information est celui qui concentre le plus d’opérations de financement (61) avec une croissance globale de 50% des sommes levées à 129,3 millions de francs.

Vaud toujours premier

Les auteurs du rapport observent aussi une augmentation des rounds de financement entre 2 et 20 millions de francs, traditionnel point faible de l’écosystème entrepreneurial helvétique. 27 rounds ont été effectués dans cette tranche l’an dernier contre 19 en 2014. Du point de vue régional, Vaud, qui avait pris la tête des financements de start-up en 2014, enregistre un léger recul (-14%, 173,3 millions) tandis que Zürich (+34%, 172,2 millions) talonne le leader. A eux deux, ces cantons captent 51% des investissements en capital-risque en Suisse. Mais la hausse globale est due à la forte poussée (+50%) de tous les autres cantons. Les montants investis dans les start-up genevoises atteignent ainsi la barre symbolique des 100 millions de francs.  

Au-delà des fonds levés, la  maturité acquise par des programmes tels que Venturelab/Venturekick, le succès d’un site comme startuptickers ou bien encore le lancement de nouvelles initiatives comme Digital Zürich 2025 ou Kickstart Accelerator sont autant de signes que la vision d’un Patrick Aebischer ou d’un Henri B. Meier relayé par la croissance constante depuis 15 ans des budgets pour la recherche académique, source de ces start-up, s’est concrétisée.

C’est malheureusement le moment que la Confédération choisit pour diminuer les fonds alloués à la formation et à la recherche. Comme si l’exclusion partielle des programmes de recherche européens et les limitations possibles de la libre circulation des chercheurs et des entrepreneurs post 9 février ne suffisaient pas. 

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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