Bilan

Les start-up suisses au top mondial

Si les jeunes pousses helvétiques se montrent parmi les plus dynamiques de la planète, elles souffrent néanmoins de la rareté du capital-risque suisse. Une situation qui tend à s’améliorer.
  • Zhenyu Xu, Jurgi Camblong, Didier Pitton et Adam Molyneaux, de Sophia Genetics, société de pointe dans les diagnostics génétiques.

    Crédits: Olivier Evard
  • Cofondateurs de Doodle, Paul Sevinç et Michael Näf se sont rencontrés à l’EPF de Zurich.

    Crédits: Dr
  • Nicolas Abelé et Marco Boella, de Lemoptix, basée au PSE d’Ecublens. Ce dernier affiche à son palmarès quelque 350 nouvelles sociétés.

    Crédits: Olivier Evard

«En termes de qualité des start-up, la Suisse se révèle supérieure à la France ou à l’Allemagne. Et cela dans l’ensemble des technologies, des solutions pour l’environnement à l’informatique en passant par la biotech.» Directeur de CTI Invest, l’association des investisseurs liée à l’agence fédérale CTI (Commission pour la technologie et l’innovation), Jean-Pierre Vuilleumier est en position de témoigner de l’excellence de la scène helvétique.

Une appréciation que confirme le rapport du Conseil fédéral (juin 2012) qui donnait suite à des postulats (Fässler et Noser). «Le Global Competitiveness Report 2010-2011 du World Economic Forum place la Suisse au 1er  rang sur 139 de l’indicateur global de la compétitivité. Ce résultat tient à l’excellente capacité d’innovation et à la forte culture des affaires qui prévalent en Suisse. (…) Selon le tableau de bord européen de l’innovation 2010, les forces résident dans le système de recherche ouvert et attrayant, le capital intellectuel et la qualité des produits.»

Une évolution réjouissante, car encore récemment la Suisse passait pour un pays où la peur de l’échec paralysait les énergies. Mais depuis six ou sept ans, la génération Y (née à la fin des années 1980) se révèle d’une tout autre trempe. «Je suis sidéré par la maturité des Digital Natives. A 25 ans, ils maîtrisent déjà les rouages de l’innovation et sont à l’aise en affaires. Nous étions encore balbutiants à leur âge», avoue Paul Sevinç, 38 ans, cofondateur de Doodle.

Entrepreneur et blogueur chez bilan.ch, Geoffrey Raposo (22 ans) incarne cette population. En 2012, il a fondé TeachCycle, un site pour échanger des savoirs entre citoyens.

Puis en décembre dernier, ce natif de Sainte-Croix met au point une application pour trouver une femme de ménage en une minute: «Je suis en négociation avec une entreprise pour conclure un partenariat.» Parallèlement, il gagne sa vie comme consultant en stratégie web et suit sa troisième année d’étude en cours du soir à la HEIG-VD (Haute Ecole d’ingénierie et de gestion).

Cet hyperactif conseille: «Les modules venturelab apportent une très bonne formation et débouchent sur plein de rencontres intéressantes. Et les Startup Weekend vous motivent à fond.» En revanche, le Vaudois met en garde contre les sociétés qui veulent vous vendre – cher – des solutions clés en main. «Et puis, prenez les jambes à votre cou lorsque des structures de conseil, même réputées, vous tiennent un langage absurde faute de comprendre votre business.»

Selon startupmonitor.ch (un site financé notamment par la CTI), les jeunes pousses helvétiques se concentrent avant tout à Zurich (439) et Lausanne (227), autour des deux écoles polytechniques fédérales (EPF). «Ces institutions se placent dans le top mondial et attirent les meilleurs éléments. Près de la moitié des étudiants proviennent de l’étranger. Cette proportion se retrouve chez les jeunes entrepreneurs qui lancent des projets en Suisse», détaille Jean-Pierre Vuilleumier.

Zurich s’affirme comme une métropole technologique reconnue hébergeant des antennes de recherche Google, IMB, Microsoft, ainsi que la seule filiale hors Etats-Unis du laboratoire de simulation Disney.

En Suisse romande, le parc scientifique de l’EPFL (PSE, depuis peu EPFL Innovation Park) s’impose comme pivot et moteur de l’innovation. Les locaux d’Ecublens réunissent quelque 130 start-up, des sociétés d’investissement, des agences nationales et des organismes de formation. «Tout ce monde se croise à la cafétéria», relate Jean-Philippe Lallement, directeur du PSE. Créé en 1991, le PSE affiche à son palmarès quelque 350 nouvelles sociétés, dont 90% survivent après cinq ans, assurant en moyenne entre 7 et 10 emplois.

Point faible, le capital d’amorçage

Passons aux points faibles de la Suisse. A l’instar de l’ensemble de nos interlocuteurs, le même rapport du Conseil fédéral pointe le manque de financement: «Le Global Competitiveness Report révèle que la Suisse ne se trouve qu’en 20e position pour ce qui est de l’indicateur partiel sur la mise à disposition de capital-risque.»

Entre 2000 (dernière année de la bulle technologique) et aujourd’hui, le volume du capital-risque suisse a fondu de 800 à 400 millions de francs, selon la Seca (Swiss Private Equity & Corporate Finance Association).

«La crise financière de 2008 a rendu la situation critique, dénonce Jean-Pierre Vuilleumier. Il est dramatique, face à la concurrence mondiale, qu’en Suisse les meilleurs projets mettent un an à se financer. En Allemagne, un fonds d’Etat investit efficacement dans les sociétés innovantes. Conséquence, Berlin s’est imposé comme le hub d’Europe continentale des start-up. Ce rôle aurait pu revenir à la Suisse mais nous avons laissé passer cette chance.»

Or, ce n’est pas l’argent qui manque en Suisse. Selon l’Office fédéral de la statistique, 2265 caisses de pension géraient en 2010 la somme énorme de quelque 620 milliards de francs. Jean-Pierre Vuilleumier déplore que ces institutions préfèrent des obligations étrangères au rendement souvent dérisoire à l’économie nationale.

«Le capital de nos meilleures compagnies provient de fonds étrangers et la création de valeur ne rapporte rien à la Suisse. Nous devons maintenant réaliser la richesse que représentent nos start-up.»

Manager Partner et fondateur de la société d’investissement Aravis, Jean-Philippe Tripet se profile comme la cheville ouvrière d’un projet citoyen en faveur du financement des jeunes pousses. Son entreprise: mettre sur pied un véhicule d’investissement mieux adapté aux impératifs propres aux caisses de pension.

«Les caisses contribuent pour à peine quelques pour mille au capital investi dans les start-up. Cependant, elles investissent dans des fonds de capital-risque en Asie ou aux Etats-Unis. La raison principale: en plus d’une diversification des risques, ces marchés présentent une taille qui permet de prendre des positions à plusieurs millions. Nous voulons lancer en Suisse un outil à coûts raisonnables, réunissant une masse critique suffisante et offrant un rendement conforme aux attentes des caisses pour assurer les rentes», ambitionne Jean-Philippe Tripet.

Business angels: le retour

La bonne nouvelle, c’est qu’avec l’actuelle embellie économique les business angels ont retrouvé l’envie d’agir. Au niveau international, on considère que ces «investisseurs providentiels» assurent un investissement équivalent à celui du capital-risque lui-même (études EBAN et EVCA).

S’y ajoutent depuis deux ans quelque 5% de l’investissement total apporté par des acteurs du crowdfunding. En Suisse, on estime à 500 le nombre de business angels et d’investisseurs fortunés qui misent via une dizaine de réseaux (BAS, GoBeyond, Start Angels, CGI, BioBac, Mountain Club, investiere…).

Fondateur d’A3Angels, Claude Florin préside un club d’investisseurs prisé des alumni de l’EPFL. Les membres se regroupent autour de projets avec des mises individuelles qui peuvent démarrer à 10 000 francs. «Nous proposons du capital d’amorçage et focalisons nos efforts sur la deuxième année des projets, période critique car les sociétés n’ont pas encore de clients mais déjà des frais», relate Claude Florin.

De tels placements sont à l’antipode d’actions Nestlé ou Cisco, même si Claude Florin revendique un rendement enviable de 13% sur ses investissements personnels. «En regard du temps investi, les bénéfices sont ramenés à zéro, sourit ce pilier de la scène romande. En contrepartie, les relations fortes qui se créent sont très gratifiantes et débouchent sur la formation d’un réseau de première qualité.»

Dans le portefeuille d’A3Angels, Sophia Genetics, société de pointe dans les diagnostics génétiques, ou Lemoptix et son système de projection qui rappelle les écrans virtuels de Minority Report (Steven Spielberg, 2002). Des firmes basées au PSE, comme A3Angels.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan et community manager pour le site bilan.ch, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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