Bilan

Les start-up romandes de l’Internet partent à la conquête du monde

Elles s’appellent Paper.li, Sobees, nViso, SalsaDev, Fontself, Hyperweek ou encore Camptocamp. Elles, ce sont les nouvelles stars romandes de l’Internet, créées il y a moins de trois ans et déjà confrontées à des taux de croissance à trois chiffres. Exemple avec Paper.li. En six mois, cette application de SmallRivers au Parc scientifique de l’EPFL est passée de 0 à 110 000 journaux thématiques sur la base de son outil de classement automatique des informations sur Twitter.

Démonstration encore avec Fontself. Lancée par deux graphistes lausannois, Franz Hoffman et Ralph Escher, cette jeune pousse a créé une application qui permet de rédiger des messages avec son écriture manuscrite, ou toute autre de son invention, sur Facebook ou MySpace. Aujourd’hui, elle fait face à un afflux d’utilisateurs indiens depuis que le Yahoo! local a inclus l’application suisse dans ses outils de messagerie. Troisième exemple: Camptocamp. Fondée et dirigée par Claude Philipona, la société a développé l’application suissemobile.ch pour rendre accessible les cartes de l’Office suisse de topographie aux randonneurs et autres vététistes. Avec 30 000 visiteurs-touristes par jour, soit 8 terabytes de données transmises par mois, l’application est devenue si populaire l’été dernier qu’Amazon l’a hissée, en septembre, sur la première page des success stories mondiales de son offre de cloud computing.

 

 

 

Claude Philipona Son site a été hissé sur la première page des success stories mondiales du cloud computing d’Amazon.

 

 

 

L’informatique à la demande

Le cloud computing est l’arme secrète de ces micro-entreprises pour gérer la croissance aussi brusque que planétaire de leurs logiciels à la base de nouveaux services en ligne. Au lieu d’acheter ou de louer des serveurs complets, elles paient à la demande leurs ressources de traitement et de stockage à un prestataire extérieur. Ce dernier ne facture que l’usage effectivement fait des serveurs qu’il opère: de quelques centimes de l’heure à quelques centaines de francs par mois en fonction de besoins aussi élastiques qu’imprévisibles.

Dérivé du grid computing pratiqué par les centres de recherche comme le CERN pour effectuer de volumineux calculs, le cloud devient réalité grâce à des télécommunications quasi instantanées et à la rentabilisation des grosses fermes de serveurs appartenant à des géants du Net et à une meute croissante de concurrents. Parallèlement, le succès des Netbook et autres iPad renforce la réussite des clouds, qui servent à la fois de mémoire étendue et de capacités de calculs intensifs à ces terminaux légers.

Pour François Bochatay, le créateur de Sobees, une application qui agrège les nouvelles en provenance de sites d’informations et de ses réseaux sociaux pour générer des magazines personnalisés, l’intérêt du cloud computing repose davantage sur un nouveau modèle d’affaires qu’une nouvelle technologie. «Vous pouvez démarrer avec 100 francs pour louer les capacités de tests et de développements de votre application. Ensuite, tout ce que vous payerez en plus sera proportionnel au succès de votre application.» Une analyse que confirme Nicolas Gamard, CEO de SalsaDev, entreprise genevoise qui développe des moteurs de recherche basés sur le sens des mots: «Grâce au cloud, un gros investissement en capital se transforme en une petite dépense opérationnelle. Ainsi, une start-up Internet n’aura plus à consacrer des investissements dans des centres de données. Elle pourra se concentrer sur son corps de métier.»Nouveaux pays numériques

Les clouds ne s’avèrent pas seulement rapides, efficaces, solides et agiles, selon les spécialistes, mais ils ont encore l’avantage d’offrir des capacités de calculs à des coûts supportables pour les start-up. Démonstration avec nViso, qui a développé un service en ligne combinant la webcam de l’utilisateur aux algorithmes de l’entreprise afin de détecter puis interpréter les émotions du visage lors de questionnaires de marketing ou de la présentation d’un produit. Avec un minimum de 100 000 images à traiter par questionnaire, la jeune pousse lausannoise utilise une capacité phénoménale de calculs instantanés pour faire tourner ses algorithmes en temps réel. Cette capacité, qui lui aurait coûté des centaines de milliers de francs en ordinateurs graphiques, elle l’a trouvée dans l’offre cloud GPU de nVidia, le leader des cartes graphiques. «Une petite société comme la nôtre a tout à coup accès à des capacités de calculs que seules les très grandes entreprises pouvaient se payer, explique Tim Llewellynn, fondateur de nViso. Cela signifie que nous devenons compétitifs au niveau mondial avec très peu de capital.»

L’internationalisation immédiate de leurs affaires est, en effet, le second trait de cette nouvelle génération d’entreprises. Leurs premiers marchés cibles se trouvent sur Facebook, l’équivalent de la troisième nation du monde par le nombre de ses utilisateurs, ainsi que sur Twitter et plus largement encore sur quelque 1,6 milliard d’abonnés Internet dans le monde. Bien qu’elles n’emploient encore que quelques personnes dans un garage ou un incubateur de Suisse romande, ces start-up ont désormais les moyens de conquérir ces nouveaux pays grâce au cloud.

 

 

 

Tim Llewellynn «Grâce au cloud, nous devenons compétitifs au niveau mondial avec très peu de capital.»

 

 

WikiLeaks sur un cloud suisse?

Quand le fournisseur d’adresses EveryDNS a interrompu ses relations avec WikiLeaks, le site de révélations a trouvé refuge sur Switch qui administre les adresses.ch. Toutefois, cela ne suffit pas pour fonctionner. Un site a besoin de l’équivalent de gros disques durs pour stocker ses données. Ces serveurs, WikiLeaks les louaient jusqu’à présent aux services cloud computing d’Amazon. Mais ce dernier a aussi renoncé à fournir ses prestations, estimant queWikiLeaks ne contrôle pas les droits sur ses contenus.

Par cette rupture, Amazon a encore mis fin à la neutralité qu’affichent ordinairement les hébergeurs. Aussi, se pourrait-il que WikiLeaks migre sur un cloud suisse? L’offre locale s’est en tout cas multipliée récemment. Outre Wuala à Zurich, Swisscom a également un service de cloud computing pour les entreprises et elle teste une extension aux particuliers (myWorld) afin qu’ils stockent leurs photos et autres documents gourmands en mémoires ou utilisent des programmes chers sur une base de location. Wuala et Swisscom mettent en avant la sécurité et la protection des données par le droit suisse comme avantage de serveurs localisés sur le territoire suisse plutôt que dans des juridictions aux trop grandes oreilles. En l’absence de standards, passer d’un cloud à un autre demeure toujours un casse-tête. Reste à savoir si WikiLeaks ne serait pas une patate trop chaude pour tester la neutralité informatique de la Suisse.

 

Trois gros nuages

Estimé à 68 milliards de dollars en 2010, le marché du cloud computing devrait doubler à 150 milliards de dollars en 2014. Trois acteurs dominent.

Amazon L’offre cloud comprend deux services: puissance de calcul à la demande avec EC2 et stockage à la demande avec S3. Les revenus de ces services devraient dépasser 500 millions de dollars cette année contre 220 en 2009.Microsoft Lancée en début d’année, l’offre cloud computing Azure de Microsoft a rapidement conquis des dizaines de milliers de clients. En test actuellement, la version cloud (sans logiciel à installer) d’Office devrait être lancée en 2011.Google Il offre à la fois des capacités de calculs et de stockage aux développeurs (App Engine) et de la visibilité aux applications de services (Apps) sur un modèle comparable à Androïd ou à l’AppStore.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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