Bilan

Les start-up romandes au cœur des neurosciences

Les projets de recherche en neurosciences lancés en Suisse romande ces dernières années débouchent sur la création de nouvelles start-up biotechnologiques. Le début d’une vague ?

François Conquet, PDG et fondateur de Prexton Therapeutics: «Notre approche a reçu une validation cruciale.»

Crédits: Labiotech.eu

Lorsqu’en 2012, Merck Serono a décidé de fermer son siège sur le site de Sécheron à  Genève, l’entreprise n’a pas seulement laissé 40 000 mètres carrés de laboratoires, de bureaux et de salles de conférence qui abritent désormais les quelques 800 chercheurs du Campus Biotech. Sur la base de son leadership dans le traitement de la sclérose en plaques avec son médicament blockbuster, l'interféron Rebif, Merck Serono avait développé une vaste expertise dans le traitement d’autres maladies du système nerveux central.

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Si pour des raisons stratégiques, l'entreprise décide alors de concentrer sa recherche & développement sur l'immunothérapie et, dans le domaine des maladies neurodégénérative, sur la sclérose en plaques, elle n’a pas pour autant perdu de vue la valeur de ses autres programmes précliniques en cours.

Au lieu de les fermer, Merck Serono a créé un véhicule d'investissement pour soutenir des entrepreneurs scientifiques prêts à transformer ces recherches en produits. Alimenté par la branche investissement de l'entreprise, le fonds de 100 millions d'euros MS Ventures, son Programme de Partenariat pour les Entrepreneurs (EPP) a abouti à la création de quatre start-up biotechnologiques. Deux d'entre elles développent des thérapies innovantes pour les pathologies neurologiques.

Une alternative pour la maladie de Parkinson

Basé à l'incubateur genevois Eclosion, Prexton Therapeutics développe ainsi une approche unique pour traiter la maladie de Parkinson. Ce trouble neurodégénératif progressif est causé par la perte des neurones dopaminergiques dans le centre du cerveau. Or ce sont ces neurones qui initient et  coordonnent les mouvements. Les traitements existants tentent de remplacer la dopamine ou d'imiter ses effets, par exemple via l'administration chronique d’un précurseur de la dopamine (L-dopa). Ces soins entraînent un soulagement des symptômes dans les stades précoces et intermédiaires de la maladie. Mais ils perdent en efficacité à mesure que celle-ci progresse. Surtout aucun d'entre eux n'a démontré une effet de neuroprotection susceptible de retarder la progression de la maladie.

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Sur la base des recherches entreprises chez Merck Serono, Prexton a développé une approche originale qui consiste à stimuler un système neuronal compensatoire qui n'a pas été touché par la maladie. Selon François Conquet, PDG et fondateur de Prexton: « Notre approche a reçu une validation cruciale lorsqu’en 2014, la Fondation Michael J. Fox a classé notre technologie première dans sa catégorie et nous a sélectionné avec un soutien de 2 millions de dollars. »

En février 2015, cette reconnaissance a facilité une levée de 10 millions de dollars dans le cadre d’un round de série A co-dirigé par Sunstone Capital et Ysios Capital et suivi par l'investisseur initial : MS Ventures. Grâce à ces fonds, Prexton a pu débuter un essai clinique de phase I au Royaume-Uni au printemps 2016. François Conquet est confiant et a commencé à lever un second tour, cette fois de 30 millions de dollars, pour financer un étude clinique de phase II. "La demande de traitements pour la maladie de Parkinson est énorme. On compte entre  8 et 10 millions de patients dans le monde avec une augmentation annuelle de 2,5% en raison du vieillissement de la population", explique-t-il. "Or la maladie de Parkinson exerce une énorme pression sur la société en raison du manque d'autonomie qu'elle implique pour les patients."

Une route pour soigner Alzheimer

Si le poids de la maladie de Parkinson sur la société est lourd, que dire de celui de la maladie d'Alzheimer et de son «épidémie» amticipée? Au cours des 10 dernières années, le nombre d'adultes atteints par cette maladie neurodégénérative a bondi de 26 millions à plus de 36 millions dans le monde. Or, les experts prévoient que ce nombre va atteindre 100 millions d'ici 2050.

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Asceneuron, un autre spin-off de Merck Serono soutenu par le Programme de Partenariat pour les Entrepreneurs et un investissement initial de 5 millions de francs, travaille à traiter la maladie d'Alzheimer avec trois thérapies complémentaires. En particulier, la société développe une molécule pour prévenir la formation des enchevêtrements de fibres nerveuses entrainés par le dysfonctionnement d'une protéine (tau) associée à la maladie alors que la plupart des recherches se concentrent sur une autre protéine (la bêta-amyloïde).

CEO D’Asceneuron, Dirk Beher explique: «Nous avons choisi de nous concentrer sur le dysfonctionnement de la molécule tau car elle nous permet d'établir une preuve de concept en traitant d’abord une autre maladie associée à cette molécule: la paralysie supranucléaire progressive (PSP). En septembre 2015, Asceneuron a annoncé la clôture d'un tour de financement 30 millions de francs, dirigé par Sofinnova et rejoint par SR One, Kurma Partners et Johnson & Johnson Innovation. MS Ventures a de nouveau participé à ce tour. Ces fonds financent maintenant un essai clinique de phase I pour traiter la PSP.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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