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Les stars américaines misent sur les startups... et les Suisses?

Par passion ou par flair, les stars américaines du show-business investissent dans les startups. De Leonardo DiCaprio à Ashton Kutcher, tour d'horizon des célébrités US qui jouent les business angels. Et regard sur un phénomène embryonnaire en Suisse.
  • A l'instar d'Ashton Kutcher, de nombreux acteurs et chanteurs américains investissent dans les startups.

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  • Bono a créé dès 2004 Elevation Partners (du nom de la chanson éponyme sortie en 2000), un fonds d'investissement qui a pris des participations dans Facebook, Yelp, Palm et Move.

    Crédits: Image: CC-BY-SA/Wikimedia/Remy Steinegger
  • Justin Bieber fait régulièrement écho des nouvelles des startups dans lesquelles il a investi et leur offre ainsi une caisse de résonnance sans pareille, avec ses 62 millions de followers sur Twitter et ses 25 millions sur Instagram.

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  • Jay-Z (de son vrai nom Shawn Carter) a placé quatre millions de dollars dans deux startups.

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  • Kim Kardashian a placé trois millions de dollars dans deux startups.

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  • Lady Gaga a suivi le rappeur Kanye West quand celui-ci a pris part à une levée de fonds de 7,5 millions de dollars pour turntable.fm et a aussi placé des sommes importantes dans Backplane, site de forums et de sites de fans où elle héberge sa propre plateforme, LittleMonsters.

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  • Philippe Senderos s'est associé à d'autres footballeurs de Premiere League au sein du groupe SWOL's Board of Ballers, qui pousse les joueurs à investir dans des business naissants.

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  • Philipp et David Degen ont investi dans une app de messagerie pour mobile baptisée Konquest et développée en Silicon Valley.

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Aux Etats-Unis, les entrepreneurs à succès peuvent facilement devenir des stars. Les exemples de Steve Jobs, Mark Zuckerberg, Marissa Mayer et désormais Travis Kalanick (Uber), David Karp (Tumblr) ou Elon Musk (Tesla) témoignent que les sorties publiques des grands patrons s'apparentent aux apparitions des acteurs, chanteurs ou artistes. Cependant, le phénomène fonctionne aussi dans l'autre sens: un nombre croissant de stars du showbiz investissent des sommes importantes dans des startups.

L'un des plus engagés dans ce mouvement est Ashton Kutcher: l'acteur ne se contente pas d'être le comédien de série télé le mieux payé aux USA (26 millions de dollars en 2014), mais il investit massivement dans de nombreuses jeunes entreprises. Actuellement, 43 startups américaines auraient bénéficié de son soutien financier qui se chiffre à 50 millions de dollars. Et l'ex de Demi Moore a du flair: il avait investi dans Skype en 2009 et avait pu tripler sa mise deux ans plus tard lors du rachat de la messagerie vidéo par Microsoft. Plus fort encore: Ashton Kutcher a lui-même fondé une société en 2010: A-Grade Investments réunit le comédien, Guy Oseary (producteur de Madonna) et le milliardaire Ronald Burkle et détient des parts dans des nouveaux géants de l'économie digitale (Uber, Airbnb, YPlan, Tinychat, Gyft,...).

Un tel volume d'investissement est inédit. Le seul à avoir également investi plusieurs dizaines de millions de dollars est Bono. Le chanteur irlandais du groupe U2 avait devancé Ashton Kutcher en créant dès 2004 Elevation Partners (du nom de la chanson éponyme sortie en 2000), un fonds d'investissement qui a pris des participations dans Facebook, Yelp, Palm et Move. Au total, ce sont douze sociétés qui bénéficient de 25 millions de dollars placés par Paul David Hewson, alias Bono.

Justin Bieber, Jay-Z, Kim Kardashian et Lady Gaga

Mais de nombreuses stars outre-Atlantique placent entre 5 et 10 millions de dollars dans une ou plusieurs startups. C'est ainsi que Justin Bieber a misé sur cinq sociétés. En réalité, c'est son manager, Scooter Braun, qui l'a aiguillé vers cinq startups dans lesquelles il a investi cinq millions de dollars. Et Scooter Braun a compris tout l'intérêt que lui et les sociétés ainsi soutenues financièrement pouvaient retirer du rayonnement du jeune chanteur sur les réseaux sociaux: Justin Bieber fait régulièrement écho des nouvelles des startups et leur offre ainsi une caisse de résonnance sans pareille, avec ses 62 millions de followers sur Twitter et ses 25 millions sur Instagram. Quoi de plus normal pour lui dès lors d'être devenu actionnaire d'un site de streaming (Spotify) et d'un réseau social (Shots Mobile).

Autre musicien et chanteur américain: Jay-Z (de son vrai nom Shawn Carter) a placé quatre millions de dollars dans deux startups. Et pour lui, le business est plus éloigné de son activité de rappeur et de producteur: julep est une plateforme d'e-commerce spécialisée dans les cosmétiques, et Duracell Powermat est une joint-venture issue de Duracell et d'une société israélienne baptisée Powermat et qui produit des batteries pour mobiles. Récemment, Jay-Z a aussi racheté deux sociétés spécialisées dans le streaming, pour la bagatelle de 56 millions de dollars...

Du côté du cinéma, Leonardo DiCaprio a investi quatre millions de dollars dans la plateforme de livestream Mobli en 2011. Il en a profité pour devenir conseiller de la jeune entreprise et relaie régulièrement les informations au sujet de cette société.

Mais ce business est loin d'être exclusivement masculin. Nombre de stars féminines ont aussi embarqué dans cette aventure. Ainsi, Kim Kardashian a placé trois millions de dollars dans deux startups. La première, Shoedazzle.com, plateforme d'e-commerce spécialisée dans les chaussures et la maroquinerie en 2009; la seconde, Glu Mobile, studio de jeux vidéos, en 2013. Et le second placement est plus qu'un simple versement de fonds: les gamers peuvent s'amuser avec Kim Kardashian Hollywood, un jeu qui rapporte d'importants bénéfices à la star de la téléréalité américaine.

Autre star branchée tech: Lady Gaga. De son vrai nom Stefani Joanne Angelina Germanotta, la newyorkaise a suivi le rappeur Kanye West quand celui-ci a pris part à une levée de fonds de 7,5 millions de dollars pour turntable.fm. Mais la chanteuse a aussi placé des sommes importantes dans Backplane, un site de forums et de sites de fans où elle héberge sa propre plateforme, LittleMonsters.

Des stars suisses en retrait

Cependant, si le phénomène prend de l'ampleur outre-Atlantique, il reste extrêmement embryonnaire en Suisse. Certes, la Confédération, malgré ses écoles et universités, ne dispose pas du même écosystème de startups. Certes aussi, les artistes helvétiques sont loin de toucher les mêmes cachets que les stars américaines. Mais rares sont les célébrités de notre pays à placer une partie de leur fortune dans des startups. «On ne peut pas comparer Justin Bieber à Bastian Baker en termes de moyens financiers, ce dernier est à des années-lumière d'avoir amassé la même fortune que le chanteur américain. Ce qui ne l'empêche pas de se passionner pour l'innovation et les réseaux sociaux, mais de là à pouvoir investir massivement», explique Sébastien Flury, fondateur de la startup Coteries et du blog spécialisé dans les startups startupolic.com.

Car les stars américaines disposent de deux leviers majeurs qui font souvent défaut aux vedettes suisses: des fortunes extrêmement élevées qui se chiffrent en dizaines voire centaines de millions de dollars, et un public qui les suit sur les réseaux sociaux se comptant aussi en millions. A titre de comparaison, Bastian Baker a 190'000 likes sur Facebook contre 77 millions pour Justin Bieber, DJ Antoine et Stress, deux autres artistes suisses connus internationalement émargent respectivement à 2 millions et 115'000... Le chemin reste long pour proposer aux jeunes sociétés une caisse de résonnance aussi attractive que les Justin Bieber ou Lady Gaga. «Ce qui ne veut pas dire que nos stars n'investissent pas, y compris dans des startups peut-être, mais pas avec le même effet levier que celui observé aux USA», nuance Sébastien Flury.

Dans notre pays, les seules stars qui peuvent se permettre d'investir dans l'économie et les startups sont les sportifs ayant une carrière internationale de haut niveau. Et en particulier les tennismen et les footballeurs. Si Stanislas Wavrinka et Roger Federer n'ont pas fait état à ce jour de gros investissements dans des startups, trois joueurs de foot ont communiqué à ce sujet.

Les footballeurs font exception

L'un d'eux est le défenseur Philippe Senderos. Le joueur genevois qui évolue depuis quelques mois à Aston Villa a suivi son homologue anglais Rio Ferdinand dans l'aventure du financement de startups: ils étaient tous deux annoncés sur la scène du Web Summit de Dublin en novembre 2014 (seul le joueur britannique a finalement pu venir s'exprimer). Le défenseur formé au Servette FC s'est associé à d'autres footballeurs de Premiere League au sein du groupe SWOL's Board of Ballers, qui pousse les joueurs à investir dans des business naissants.

Les deux autres sont les frères Philipp et David Degen. Les deux ont investi dans une app de messagerie pour mobile baptisée Konquest et développée en Silicon Valley. «La Valley est au top mondial pour la technologie. De là viennent les meilleurs entrepreneurs et c'est là que vont ceux qui veulent lancer un business: Konquest relève de cet univers», explique David Degen. Et ils n'en sont pas à leur coup d'essai: ils avaient déjà soutenu financièrement le lancement d'un programme en ligne de fidélisation dans le domaine de la gastronomie baptisé Cresqo.... qui avait fait un flop. «Cresqo était simplement trop compliqué», concède Philipp Degen. Mais les deux frères ne se sont pas découragés pour autant: «Learning by doing» est leur devise dans le domaine des investissements.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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