Bilan

Les oxydes d’ABCD verdissent les industries

Pour Giacomo Benvenuti, il n’y a aucun doute : « Le futur des technologies propres passe par les nouveaux matériaux. » Fondateur d’ABCD Technology, à Genève, après des études de physique à Milan et un doctorat l’Institut d’Optique Appliquée de l’EPFL, l’entrepreneur a développé une nouvelle technique de déposition  de couches minces pour différents oxydes avec la possibilité de les structurer avec un laser pour obtenir des architectures aujpord’hui impossibles. Alors que la plupart des techniques connues limitaient la mise en forme de ces matériaux, la technologie d’ABCD (qui signifie Assisted Beam Chemical Deposition) permet  soit   l’autoassemblage chimique des couches minces soit leur structuration avec le laser qui contrôle sélectivement la distribution des éléments.

Fondamentalement,  ABCD dépose sous vide des précurseurs chimiques qui, après réaction à basse température, ne laissent sur le substrat que les éléments (les oxydes) recherchés. L’avantage est qu’en jouant sur les différentes épaisseurs, les géométries et les compositions chimiques des couches déposées, on obtient des propriétés inédites qui vont soit permettre de remplacer des ressources rares ou toxiques soit générer des applications entièrement nouvelles.

Un bon exemple dans le domaine des ressources est le programme européen Nuto auquel a participé ABCD. Dans ce cas, il s’agissait de remplacer du plomb qui, en dépit de son interdiction généralisé dans l’industrie, continue d’être utilisé, faute de mieux, pour les mémoires des ordinateurs, compliquant le recyclage.  ABCD développe aussi de nouveaux matériaux pour remplacer le tellurure de cadmium, toxique, par du dioxyde de titane dans certains panneaux solaires et le platine dans les piles à hydrogène afin de les rendre meilleur marché.

Trous noirs électromagnétiques

C’est cependant dans l’optoélectronique et la photonique que Giacomo Benvenuti voit le plus gros potentiel pour les technologies d’ABCD.  «Alors que la consommation électrique des ordinateurs augmente de 6% par an, il devient de plus en plus logique de substituer la lumière à l’électricité dans les circuits », explique-t-il.  «Plus la vitesse augmente plus la dissipation énergétique sous forme de chaleur croît dans les circuits électroniques classiques  alors que ce n’est presque  pas le cas avec la lumière.»

ABCD développe essentiellement les outils nécessaires à la production de ces nouveaux matériaux. Elle vient cependant de créer une première spin-off, 3D-Oxides, au parc technologique de Saint-Genis qui va fabriquer commercialiser les nouveaux matériaux des cleantechs rendus possibles par les technologies d’ABCD. 3DOxides va ainsi produire du  dioxyde de titane, qui sert de catalyseur pour produire de l’hydrogène à partir d’eau ou  dépolluer l’eau et de l’oxyde de zinc qui sert d’antireflet sur les panneaux photovoltaïques et pourraient remplacer les semi-conducteurs dans les ampoules basse consommation LED.

ABCD s’emploie aussi à diminuer les coûts de production des méta-matériaux. Ces nouveaux composites artificiels présentent des propriétés optiques surprenantes que l’on ne trouve pas dans les matériaux naturels.  L’exemple des «m anteaux d’invisibilité » est le plus souvent cité.  Mais selon Giacomo Benvenuti, «à plus long terme,  des capteurs solaires susceptibles d’absorber entièrement la lumière dans des mini trous noirs électromagnétiques  afin de la transformer intégralement en énergie sont aussi envisageables. »

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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