Bilan

Les marchés émergents offrent un potentiel gigantesque

Toujours plus d’entrepreneurs suisses lancent des solutions destinées à des millions de micro-entreprises et de citoyens dépourvus de compte en banque.
  • Conçu par une équipe basée à Lausanne, le sytème KiWi permet d’effectuer des transactions en ligne au Mexique.

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  • Fondateur d’InvestGlass, Alexandre Gaillard est vice-président de l’association FinteCH.

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  • Raffael Maio a cofondé NetGuardians, dont le logiciel peut détecter des fraudes.

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«En termes financiers, la principale caractéristique des marchés émergents est qu’une immense part de la population vit dans une économie basée sur l’argent liquide. Les micro-entreprises autant que les citoyens n’ont pas accès aux services bancaires que nous connaissons sous nos latitudes. Avec l’essor de la téléphonie mobile et la formidable pénétration des smartphones sur ces marchés, la donne change considérablement. Car ces appareils donnent accès à la possibilité d’effectuer toutes sortes de transactions financières», analyse Alexandre Gaillard, vice-président de l’association FinteCH. Egalement fondateur de la société de conseil InvestGlass, le Genevois d’origine française poursuit: «Pour la Suisse, cette évolution représente une multitude d’opportunités.

Les développeurs doivent concevoir pour cela des modèles qui intègrent le «leapfrog». Ce «saut de grenouille» désigne le bond technologique des pays émergents qui accèdent sans transition de l’argent cash au numéraire digital.»

Alexandre Gaillard sourit: «Lorsqu’il s’agit de fintechs, l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine se montrent bien plus opportunistes que Genève.» Deux raisons à cela. Dans les marchés émergents, les nouveautés technologiques représentent une amélioration immédiate du quotidien, et l’adaptation des utilisateurs se fait de manière beaucoup plus rapide. Ensuite, la pression réglementaire du monde de la finance y est moins forte qu’en Occident, et les entrepreneurs jouissent d’une plus grande liberté dans l’innovation.  

L’essor du porte-monnaie digital

Ancien de l’institution de promotion du microcrédit Positive Planet, Christian Sinobas a créé KiWi en 2014 avec comme premier marché le Mexique. KiWi fonctionne comme une plateforme digitale destinée aux microcommerces. Proposant un système compatible avec les cartes Visa et Mastercard, l’application permet de gérer les transactions ainsi que de vendre des produits en utilisant le téléphone portable comme porte-monnaie électronique.

«Nous sommes quatre collaborateurs à Lausanne et une dizaine à Mexico. KiWi bénéficie déjà d’un réseau de 2000 marchands. Nous souhaitons par la suite déployer notre solution dans d’autres pays», rapporte Christian Sinobas. Soutenue par Positive Planet, la start-up compte l’intellectuel français Jacques Attali dans son conseil d’administration. KiWi revendique un modèle d’affaires «plus proche de celui de Swatch que de Rolex». «Le défi à relever est de conquérir un marché de masse avec des millions d’utilisateurs qui versent quelques francs de commission par an.»

La société genevoise Seedstars, spécialisée dans les start-up des marchés émergents, apporte quant à elle sa pierre à l’édifice avec ses différentes pépinières d’entreprises implantées au quatre coins du monde. Sa première antenne africaine basée à Lagos, au Nigeria, compte dans son giron la société QuickCheck. Partenaire fondateur de Seedstars, Benjamin Benaim explique: «L’application scanne les renseignements disponibles sur votre smartphone afin d’établir une estimation de votre solvabilité. Puis la décision sur l’attribution du crédit est communiquée dans les minutes qui suivent.» Avec quelque 50 000 téléchargements au compteur à partir du Google PlayStore, QuickCheck a déjà attribué plusieurs milliers de crédits à des Nigérians durant le deuxième semestre 2016.

«L’algorithme utilisé pour QuickCheck a été développé dans le centre technologique Seedstars basé au Portugal. Nous employons 15 personnes à Porto et cherchons à recruter de nouveaux collaborateurs. Notre objectif est de créer des technologies utilisables par les start-up pour les différents marchés émergents», déclare Luis Rodrigues, chef de la technologie chez Seedstars. Cette unité de recherche travaille avec le laboratoire dédié à l’intelligence artificielle et au support à la décision du professeur João Gama de l’Université de Porto. 

Egalement encouragée par Seedstars, la société invoizPAID fait quant à elle de l’affacturage. «La société répond à un besoin que connaissent toutes les micro-entreprises. Les paiements des clients se font à 45 ou 60 jours de la livraison et, dans l’intervalle, les firmes sont en panne de liquidité et ne peuvent plus travailler. La start-up invoizPAID fournit les prêts aux sociétés et se fait rembourser lors du règlement des factures.» Lancée en mai 2016, EazyPapers a déjà accumulé un volume de facture de 800 000 francs auprès de micro-entreprises. 

NetGuardians: une croissance spectaculaire

Sortie de l’incubateur de la HEIG-VD (Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud) en 2010, la fintech NetGuardians constitue un cas à part, dans la mesure où sa solution antifraude se vend autant en Occident que dans les pays émergents. La start-up d’Yverdon a élaboré une solution de protection contre les fraudes en temps réel. «Nous avons trouvé notre premier partenaire africain au Kenya en 2012. Le bouche à oreille a fait son œuvre si bien que notre logiciel FraudGuardian est maintenant vendu dans 13 pays, dont la moitié ailleurs qu’en Occident», relate Raffael Maio, cofondateur.

Le dispositif antifraude a recours au big data pour corréler et analyser les comportements des utilisateurs à travers le système entier de la banque. Les anomalies détectées correspondent en règle générale à des tentatives de fraude. Le produit est notamment approuvé par la Banque centrale du Nigeria (CBN), qui le recommande pour les banques à l’échelon national.

Parallèlement, NetGuardians s’est engagée dans un projet de la CTI (Commission pour la technologie et l’innovation) avec la HEIG-VD pour doter ses solutions technologiques de «machine learning». Les solutions de la start-up vaudoise pourraient à terme apprendre d’elles-mêmes des cas de fraude rencontrés et s’autoaméliorer. Aujourd’hui implantée à Singapour, Nairobi et toujours à Yverdon, NetGuardians connaît une croissance spectaculaire. «Nos ventes doivent doubler lors de l’année en cours, de même que nos effectifs qui vont passer à 70 collaborateurs», dévoile Raffael Maio. 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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