Bilan

Les fondateurs de senseFly passent la main à un manager

Gilles Labossière, COO de Parrot, le groupe français devenu actionnaire majoritaire de la start-up vaudoise fin 2015, succède aux fondateurs à la tête du fabricant vaudois de drones.
  • En 10 ans, les drones professionnels de senseFly se sont imposés aux quatre coins du monde comme ici en Tanzanie pour cartographier dans le détail l'île de Zanzibar.

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  • COO de Parrot, Gilles Labossière succède aux fondateurs à la tête de senseFly.

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Spin-off de l’EPFL créé par Jean-Christophe Zufferey et Antoine Beyeler, senseFly est passé en dix ans du statut de start-up à celui de scale-up pour finalement constituer le socle de la division professionnelle du numéro deux mondial des drones: Parrot. Ayant dans le même temps fait croître les effectifs de 2 à 135 personnes et le chiffre d’affaires de 0 à 25 millions de francs, le CEO Jean-Christophe Zufferey considère que son rôle d’entrepreneur est terminé. Il laisse la place à un manager expérimenté, le numéro deux de Parrot, Gilles Labossière.

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Logique dans la mesure où après être entrée au capital de senseFly en 2012, Parrot en a pris le contrôle trois ans plus tard pour finalement racheter les parts minoritaires des fondateurs, cette transmission n’en soulève pas moins un certain nombre de questions. L’ancrage helvétique de l’entreprise sera-t-il maintenu ? Les effectifs seront-ils diminués ? Et, en définitive, quelle stratégie Parrot compte-t ’il déployer pour sa filiale suisse sur un marché ultra concurrentiel et largement dominé par le chinois DJI ?

240 employés à Cheseaux

Pour Gilles Labossière, il n’y a aucun doute que l’entreprise va rester en Suisse. «Nos drones produisent des cartes en trois dimensions de très haute précision», explique-t-il. «Pour la précision le Swiss Made est un argument en béton. » S’ajoute à cela que sur son site de Cheseaux, senseFly a pour voisine un autre spin-off de l’EPFL. Pix4D produit des caméras et des logiciels qui complètent les drones. Or, Pix4D est aussi passé dans le giron de Parrot. Avec environ 240 personnes, les filiales vaudoises du groupe français pèsent donc lourd dans un effectif total de 600 personnes. Mais mieux, elles forment le socle de la stratégie d’un groupe bousculé sur le marché des drones grand public et qui mise donc beaucoup sur les applications professionnelles.

Historiquement pionnier des drones civils avec ses quadrocoptères, Parrot s’est vu rattrapé puis dépassé par le fabricant chinois DJI qui a pris 80% du marché grand public dans le monde. Toutefois, en investissant dès 2012 dans senseFly pour se diversifier dans les drones à ailes fixes et les applications professionnelles, Parrot a le fait bon pari. L’entreprise suisse a fait bon usage des fonds levés alors. Elle est leader sur ce marché.

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« Jean-Christophe a conduit cette entreprise de la phase start-up à la phase croissance en faisant de senseFly un leader mondial », poursuit Gilles Labossière. « Maintenant c’est une nouvelle phase qui s’ouvre. Celle de l’accélération avec un déploiement global et une plus grande combinaison avec nos autres offres de solutions business. » A la question de savoir si les effectifs pourraient diminuer à Cheseaux, Gilles Labossière répond donc clairement : « Nous sommes en phase d’expansion donc de recrutement. »

Un leader mondial

A entendre les deux chefs d’entreprise, on n’aurait encore touché que la surface du gigantesque marché des applications professionnelles des drones. Pour senseFly qui produit 100 à 200 drones par mois, réaliser ce potentiel c’est une multiplication par dix de ses ventes. «Aujourd’hui, on parle d’un marché en millier par année. Demain, c’est en centaine de milliers que cela pourrait s’exprimer », avance Jean-Christophe Zufferey.

Parrot commercialisant de l’ordre de 400 000 drones par an ces chiffres ambitieux ne sont pas pour intimider Gilles Labossière. D’abord parce que s’il produit ses propres drones senseFly vend en réalité une solution éprouvée qui va de la comptabilité des logiciels aux services pour remplacer ou réparer un drone cassé en 24 heures. Cela a permis de créer une réputation de fiabilité à l’entreprise. Un atout bien plus crucial que le prix sur le marché B2B.

Les professionnels opérant les eBee de senseFly sont, en effet, eux-mêmes responsables des données qu’ils collectent que ce soit vis-à-vis des autorités, de leurs hiérarchies ou de leurs clients. Certes, acquérir leurs données topographiques avec une technologie cinq fois moins chère et cinq fois plus rapide que leurs instruments actuels exercent une traction. Mais que ce soit pour des raisons légales, de sécurité ou de business, il est impératif qu’ils puissent avoir une confiance totale dans les données récoltées et les cartes au centimètre près qui découlent de leurs traitements.

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Par exemple, dans une carrière les relevés des géomètres servent à montrer au directeur financier la consommation de montagne ou de terrain de son entreprise. Son stock donc, ce qui n’est pas secondaire. Mais ces informations servent aussi à améliorer la sécurité des travailleurs en prévenant sur les risques d’éboulement et deviennent ainsi vitales.  

Dans l’agriculture, les drones sont devenus la condition de l’agriculture de précision qui permet d’économiser l’eau, les fertilisants et les traitements pour empêcher les maladies. On parle d’économie de l’ordre de 30% sans compter la diminution de l’impact environnemental. Enfin, dans la sécurité publique, pompiers et autres travailleurs d’urgence ont besoin de cartes d’une précision sans faille pour traiter des conséquences d’une catastrophe.

Passez-moi monsieur drones !

« Grâce à senseFly nous sommes sur ces trois marchés verticaux : l’inspection, l’agriculture et la sécurité publique », reprend Gilles Labossière. «Notre chance est de pouvoir les approfondir au-delà des early adopters parce qu’aujourd’hui toutes les grandes entreprises ont un monsieur ou une madame drones. Il y a peu on vous passait encore la R&D si vous évoquiez le sujet.»

Gilles Labossière ajoute enfin un segment qui se dessine entre le marché consommateur et celui des professionnels. « Beaucoup de PME, telles que régies immobilières, bureaux d’architectes ou entreprises de construction ou de maintenance peuvent avoir un besoin occasionnel de drones. En combinant nos savoir-faire, nous développons une offre dédiée pour ce marché. »

Depuis un an, les ingénieurs de Parrot collaborent ainsi avec ceux de senseFly pour développer ces produits spécifiques. Et probablement aussi pour faciliter le passage du statut de start-up à celui de corporate.

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Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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