Bilan

Les experts appellent les internautes à se révolter

Les spécialistes fustigent l’indifférence générale face à l’espionnage des données personnelles et aux atteintes à la vie privée.
Caspar Bowden, ancien responsable de la vie privée chez Microsoft entre 2002 et 2011. Crédits: DR

Caspar Bowden n’utilise plus que des logiciels libres. «Je n’avais pas connaissance du programme Prism quand je travaillais pour Microsoft. Je ne crois plus mon ancien employeur», raconte l’ancien responsable de la vie privée chez Microsoft entre 2002 et 2011. L’Américain a donné le ton lors du congrès sur la surveillance internet organisé début octobre à l’EPFL.

A ses côtés, des pointures internationales comme Jacob Appelbaum, hacktiviste proche de WikiLeaks, Bruce Schneier, célèbre cryptologue américain et spécialiste en sécurité informatique, ou encore William Binney, ancien agent de la National Security Agency (NSA). Tous sont unanimes: le droit fondamental au respect de la vie privé est en danger.

La nouveauté avec Prism et les autres programmes secrets de surveillance (lire ci-contre) réside surtout dans l’ampleur du phénomène. Chaque internaute qui utilise un service basé aux Etats-Unis, ou en lien avec le pays, peut voir ses données espionnées. «La technologie actuelle nous mène tout près d’un Etat totalitaire, où la police peut faire intrusion dans votre vie presque sans aucune restriction», s’est alarmé Bruce Schneier.

Après les révélations d’Edward Snow-den en juin dernier, la NSA a tenté d’avancer la lutte antiterroriste pour justifier le programme. Son argument a rapidement flanché quand il est apparu, à fin juin, que Prism aurait notamment servi à espionner la délégation de l’Union européenne auprès de l’ONU.

A fin septembre, c’est la deuxième ligne de défense de la NSA qui tombe. Jusque-là, l’agence américaine s’était cachée sous le 4e amendement de la Constitution des Etats-Unis – protection contre les perquisitions sans mandats et les saisies non motivées – pour «justifier» l’espionnage des non-Américains, arguant que le 4e amendement n’était pas un traité international. Or, le New York Times a révélé que la NSA espionnait les Américains sur les réseaux sociaux depuis 2010.

Pour Nikolaus Forgó, directeur de l’Institute for Legal Informatics à Hanovre, cette surveillance généralisée «viole des droits de l’homme fondamentaux d’une manière qui affecte tout le monde, pas seulement les criminels et les terroristes». Américains ou non, tous les internautes seraient potentiellement la cible d’une surveillance abusive et non justifiée.

Si les révélations d’Edward Snowden ont mis sur la table le problème de la cybersurveillance, les réactions des principaux intéressés restent très faibles. C’est en tout cas l’avis des orateurs du Congrès.

«Prism a ouvert le débat et confirmé les craintes de nombreuses personnes mais n’a pas provoqué une prise de conscience générale, regrette Nikolaus Forgó. La plupart des gens ne semblent pas saisir la gravité de la situation. Je ne vois pas non plus beaucoup de débats politiques sur le sujet. (…) Cette situation doit cesser. Cela ne sera possible qu’avec plus de transparence pour permettre une compréhension profonde de la situation, qui échappe à tout le monde aujourd’hui.»

Mais Jacob Appelbaum et les autres ont été clairs. Sans un réveil collectif, il n’y a aucune chance pour qu’un changement se profile à l’horizon de l’ère 2.0.

Leila Ueberschlag

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