Bilan

Les écrans flexibles se préparent au tout public

Ils existent déjà, capables d’être enroulés ou repliés. Leur commercialisation ne serait qu’une question de temps.

Imaginez qu’après avoir consulté vos messages électroniques, vous puissiez tout simplement replier l’écran de votre tablette. Ou qu’après avoir donné une présentation sur votre PC, votre écran se rétracte ou s’enroule en un tube facile à transporter. Ou encore, supposez que vous puissiez laisser tomber votre ordinateur sans que l’écran ne se casse. Science-fiction ou scénario futuriste? Rien de cela. Prochaine étape de la mobilité, l’écran plus fin et plus souple existe. Les fabricants planchent sur le concept depuis quelques années déjà. En mai dernier par exemple, Polymer Vision, détenue par Wistron depuis 2009, présentait un écran flexible d’une résolution de 800x600, capable de s’enrouler autour d’un cylindre d’un rayon de 6 mm. L’écran en question est à même d’être roulé 25 000 fois avant de donner les premiers signes d’épuisement. Au cours de la même présentation, Polymer Vision montrait aussi une nouvelle version du Readius, un support de lecture électronique que l’on croyait impossible à produire, avec un écran couleur, de la taille d’un téléphone portable, capable de se replier sur lui-même.

De nombreux projets

Et Polymer Vision n’est pas seule. Des entreprises comme LG, Sony, Bridgestone ou le laboratoire Human Media Lab planchent tous sur la conception d’écrans souples. Ainsi la société coréenne LG Display a dévoilé, en 2010 déjà, un écran flexible décrit comme «papier électronique». Ce dernier, pliable et d’une épaisseur de 0,3 millimètre seulement, pourrait remplacer la version papier d’un journal. Bridgestone perfectionne, lui aussi, un «papiel» à consommation d’énergie minimale. Sony, pour sa part, a créé un écran OLED (à diode électroluminescente organique) miniature. Cet écran souple offre une résolution de 160x120 et une palette de plus de 16 millions de couleurs. De son côté, Universal Display Corporation parle de FOLED, soit de la technologie OLED montée sur support de plastique flexible, qui pourrait servir de mini-écran enroulable. Une fois replié, l’appareil en question serait de la taille d’un stylo-bille. En mai dernier encore, le laboratoire canadien Human Media Lab de l’Université de Queen’s en Ontario a dévoilé le prototype d’un «PaperPhone», une forme de téléphone intelligent version papier électronique. Un écran souple à encre électronique sert d’interface et les mouvements de torsion déclenchent des commandes. Dans un communiqué publié par l’Université de Queen’s, Roel Vertegaal, directeur du laboratoire, affirme s’attendre à ce que «tout ressemble à ça d’ici à cinq ans».  

Flexible  LG Display a dévoilé un «papier électronique», épais de seulement 0,3 millimètre.

Le scepticisme demeure

Pourtant, tous ne partagent pas l’enthousiasme de Roel Vertegaal. Les sceptiques rappellent que les projets de téléphones intelligents et de tablettes de lecture à écran souple ont plusieurs fois été annoncés… avant d’être annulés. Polymer Vision, par exemple, avait initialement lâché son prototype de Readius après avoir annoncé une possible commercialisation en 2005. L’entreprise Plastic Logic a, elle aussi, dû mettre en suspens son projet d’écran souple pour son lecteur électronique. Aussi l’écran flexible n’a-t-il jamais encore été accessible au tout public. «Cette technologie comprend plusieurs défis, explique le professeur Nick Colaneri, directeur du centre de recherche Flexible Display de l’université publique de l’Arizona. Nous devons d’abord comprendre comment les fabriquer pour qu’ils soient fonctionnels. Et surtout, nous devons parvenir à les produire à un coût suffisamment bas pour qu’ils soient concurrentiels avec les autres écrans. Ce sont là des problèmes qui exigent d’importants investissements.» Des investissements qui n’existent guère, selon le chercheur, dans le monde des start-up et des capital-risqueurs, mais qui dépendent de grandes entreprises, asiatiques en premier lieu. Autre handicap des écrans flexibles: ils sont un produit pour lequel le marché doit encore être défini. En d’autres termes, il n’existe pas – ou pas encore – de demande importante pour ce type de produit. Pour l’heure, l’armée américaine est en effet première et pratiquement seule intéressée. C’est elle d’ailleurs qui sponsorise nombre de projets de recherche aux Etats-Unis. En outre, si les écrans flexibles sont en quelque sorte «au point», leurs supports, eux, restent rigides. «Tout ce qui n’est pas l’écran – des puces aux batteries – est virtuellement encore un problème», résume le chercheur.

Le marché se crée

Ainsi, prédire à quel moment les écrans souples seront commercialisés en masse revient à prendre un pari. Mais même les plus prudents estiment qu’il s’agit d’une évolution incontournable. «Je travaille dans le monde académique, ajoute Nick Colaneri. Je ne dois donc pas convaincre les investisseurs et les marchés. Mais je pense que nous verrons des produits commercialisés au cours des douze prochains mois. Spécifiquement je m’attends à des outils à encre électronique, des versions souples de panneaux à encre électronique.» Les analystes, eux, prédisent même une très forte croissance du marché. Ainsi la firme DisplaySearch estime que les ventes des écrans flexibles pourraient totaliser quelque 8 milliards de dollars en 2018, contre 85 millions il y a trois ans encore. L’analyste de marché iSuppli prévoit des ventes de 2,8 milliards en 2013 déjà pour les écrans souples – qu’il s’agisse d’étiquettes à affichage électronique et à basse consommation énergétique ou de panneaux publicitaires de grande taille notamment. Et pour le chercheur de Flexible Display Center, le manque de demande reste un problème mineur. «Vrai, l’absence de marché de masse peut ralentir les investissements et donc le développement. Mais toutes les technologies émergentes ont débuté ainsi. Personne ne ressentait vraiment de besoin pour les écrans plats ou les écrans tactiles avant qu’ils ne soient créés. Pour certains produits, la situation était pire encore. Plusieurs entreprises ont tenté, au cours des quinze dernières années, de commercialiser des tablettes informatiques, sans succès. Et tout à coup, le marché est là et la demande explose.» Tous craignent alors soudain d’avoir déjà un temps de retard sur la concurrence.

Enroulable  Une fois replié, le miniécran d’Universal Display Corporation est de la taille d’un stylo-bille.

Une batterie fine comme une feuille de papier

Des projets très innovants ont été présentés récemment.

La batterie flexible se perfectionne – qu’il s’agisse de batteries solaires en polymère souple ou de batteries lithium polymère, fabriquées sur support souple par impression. Récemment, des chercheurs japonais ont dévoilé une batterie lithium polymère ressemblant à une feuille de papier, souple et d’une épaisseur d’un demi-millimètre. Le procédé de fabrication de cette batterie par impression permet un coût de production limité. Cet été 2011 encore, des chercheurs de l’Université californienne de Stanford présentaient leur prototype de batterie lithium ion flexible et transparente. Les électrodes utilisées pour ces batteries – en métal et donc forcément opaques – ont été installées en forme de grille, dont chaque ligne ne mesure pas plus de 35 microns de large – d’une dimension inférieure à ce que l’œil humain est capable de voir. A terme, ce produit pourrait être utilisé dans divers outils, comme des téléphones intelligents transparents et flexibles par exemple. Seul défi encore: la capacité de cette batterie est encore inférieure de moitié à celle d’une batterie normale.

Un microprocesseur flexible organique

Peu coûteux à produire, il manque toutefois encore de puissance.

Etape importante pour le développement des écrans souples: le premier microprocesseur organique flexible a été présenté au début de cette année. Conçu par des chercheurs belges, ce microprocesseur a été créé par la superposition d’un composé plastique très fin, de circuits d’or et de semi-conducteurs organiques. Ces derniers, sous la forme d’un cristal ou d’un polymère, disposent de propriétés semblables à celles des semi-conducteurs inorganiques. Le terme organique renvoie au fait que les molécules sont à base de carbone. Et ces matériaux sont à l’origine de l’électronique organique. Avantage indiscutable: le coût de production de ce processeur est largement inférieur à celui d’une puce traditionnelle. Mais le défi que ce nouveau produit doit surmonter avant de pouvoir servir à fabriquer des senseurs et des écrans flexibles, des vêtements intelligents et de nombreux autres outils, est sa capacité. Sa puissance ne dépasse en effet guère encore celle d’un microprocesseur des années 1970.

Crédits photos: Dr

Katja Schaer

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."