Bilan

Les drones à l’assaut du marché de l’image

Les caméras embarquées permettent la création de nouveaux services. Les contrats échoient aux entreprises capables d’apporter plus que de simples films.
  • Panorama 360 degrés réalisé par GlobalVision.

    Crédits: Dr
  • Vue depuis un drone dirigé par Cosmodrone.Voler en Suisse peut se faire sans licence.

    Crédits: Dr

Les drones se multiplient dans l’épaisseur aérienne «moyenne», celle qui existe entre 10 mètres et 150 mètres – l’altitude maximale autorisée sans dérogation spéciale. Ces appareils volants d’un nouveau genre sont prisés pour leurs angles de prise de vue inédits, avec l’avantage de coûter moins cher qu’un vol en hélicoptère. 

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C’est donc tout naturellement que des sociétés l’utilisent comme un vecteur de leur activité. Parmi celles-ci, la genevoise GlobalVision Communication, qui possède une antenne au Vietnam. En 2009, son directeur, Jan-Mathieu Donnier, lançait avec son frère Marek une voiture avec une caméra 360 degrés sur le toit pour proposer aux internautes une visite virtuelle de la Suisse sur 1400 kilomètres: un projet commandé par Citroën. «C’était du Google Street View avant l’heure», raconte le patron de cette entreprise installée à Vernier, qui emploie 20 personnes, dont 12 sont en Asie. 

Une vision à 360 degrés? Voilà l’une des spécialités de cette société, qui a réalisé des centaines de panoramas dans le monde. Il s’agit d’assemblages d’images tournées par des drones à une centaine de mètres d’altitude. Le produit permet au client de regarder – et de zoomer – dans tout l’espace autour de l’axe de la prise de vue, sans point mort. Ces images de très haute définition sont proposées sur une plate-forme internet d’achat, et il est ensuite possible de les recadrer, en vue d’une utilisation en lien avec l’urbanisme ou pour publication dans un média ou une opération de marketing. 

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GlobalVision Communication possède neuf drones, du quadrimoteur à l’hexacoptère. Le Genevois Jan-Mathieu Donnier a roulé sa bosse jusqu’au Vietnam et au Cambodge. Ses films promotionnels, tournés pour le groupe Destination Asia, projettent l’internaute au cœur de ces destinations de voyage. L’œil survole les rizières et les temples, avec des informations dynamiques incrustées sur les vidéos. De plus, une app permet de visionner des centaines de ses panoramas 360 degrés interactifs sur un smartphone. 

Jan-Mathieu Donnier estime que les différentes technologies d’immersion  – lunettes de type Oculus, images 360 degrés, notamment  – arriveront dès 2016 à un moment de convergence, permettant de «télétransporter» les hommes dans des univers dynamiques.  

La réglementation suisse

Tout autre, l’expérience de Marilyne Bruno-Senevat, patronne d’une PME genevoise de sanitaires, et créatrice de l’entreprise Cosmodrone. Cette ancienne parapentiste passionnée par l’audiovisuel réalise notamment des images pour des sociétés immobilières. Elle a suivi une formation théorique et pratique en France, où elle réside, alors que, pour le moment, voler en Suisse peut se faire sans licence. Mais voler reste «assez compliqué et stressant. Les hélices coupent et pourraient tuer. Et un hexacoptère de 4 kilos qui tombe peut faire des dégâts», dit-elle.

Pour le moment, la droniste vend ses vols entre 450 et 1500 francs, progressant sans business plan, mais en respectant scrupuleusement la réglementation suisse, qui oblige tout pilote à annoncer son vol à la police et à Skyguide, quelle que soit l’altitude. Au-delà des 150 mètres de hauteur, une autorisation de vol spécifique doit être demandée à l’aviation civile, avec annonce du vol au moment même. En outre, certaines zones sont interdites de survol, comme autour de l’aéroport et des Organisations internationales de Genève. 

Autre passionné, Marco Marmier, 37 ans, qui travaille dans le domaine de la sécurité. Ce droniste indépendant s’inquiète d’ailleurs du fait que la popularisation des drones entraîne des comportements pas toujours respectueux de la loi, comme survoler le jardin de son voisin et prendre des clichés au mépris du droit à l’image.

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«Ce qui vole peut être piraté», avance aussi le Genevois, qui rappelle une autre obligation légale: celle de devoir toujours garder un contrôle visuel du drone, qui théoriquement pourrait être piloté à travers l’usage de sa seule caméra. Pour cadrer des images, Marco Marmier utilise donc un cardboard, un œil vissé sur son smartphone, un autre suivant l’appareil en vol. Alors que GlobalVision divise les tâches entre plusieurs personnes: un pilote, un cadreur pour les images et éventuellement une autre personne au sol pour la sécurité. Sans oublier une préparation de vol minutieuse, qui inclut les autorisations de survol.

En fait, les drones savent déjà voler seuls et possèdent différents modes d’automatisme, partiels ou complets. Des modèles, comme ceux du fabricant DJI, par exemple, incluent dans leur mémoire les coordonnées des zones interdites.  

Les applications civiles des drones

«Les drones volent bas, là où un hélicoptère n’ira pas», résume le droniste indépendant Marco Marmier pour expliquer les atouts de ces appareils. La première application commerciale du drone est l’image. Celle-ci peut-être plus ou moins technique, de la photo à la vidéo, en passant par des images à 360 degrés. 

Suivent les applications plus spécifiques, liées par exemple à la cartographie. GlobalVision Communication effectue des mandats pour des agences immobilières, offrant des images de sites qui permettent  – après traitement  – la création de modèles numériques du terrain. Ses clients? La CGI à Genève, mais aussi la Haute Ecole du paysage, d’ingénierie et d’architecture (hepia), entre autres. 

Autre application possible: la thermographie, où une caméra idoine révélera les points de perdition thermique d’un bâtiment ou encore la présence d’hommes ou d’animaux, mais aussi la vaporisation de produits. «Je pense que le marché est encore ouvert», estime Marco Marmier, qui évoque par exemple le secteur des mines et du forage, qui «aura de plus en plus recours à des drones». Jan-Mathieu Donnier juge que le marché des images classiques est déjà saturé, et que seuls les professionnels dotés de moyens conséquents pourront encore se créer des niches. «Il faudra désormais faire preuve de créativité pour la capture des images, mais aussi pour leur traitement et leur diffusion», insiste-t-il.

Stéphane Herzog

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