Bilan

Les dessous de l'expédition martienne d'Elon Musk

Le bouillant industriel à la tête de SpaceX, Tesla et Solar City a toujours affiché sa volonté d’atteindre la planète Mars. Le point sur ces ambitions.
  • Pour Musk, coloniser Mars est un moyen d’assurer la pérennité de l’humanité,  face à une éventuelle catastrophe, ou à sa fin programmée sur terre, comme il l’expliquait à la revue Aeon en septembre 2014. Autrement dit, Musk n’a pas l’intention, comme d’autres acteurs du domaine, à s’en tenir à des vols « touristiques », sans atterrissage.

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  • Après trois échecs entre 2006 et 2008, Space X enregistre son premier lancement avec succès en septembre 2008, avec Falcon 1. Depuis, elle son lanceur moyen Falcon 9 a ravitaillé cinq fois la station spatiale internationale grâce au cargo spatial Space X Dragon.

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  • Vue de Mars. Pour Heidmann, et la Mars Society, qui organise régulièrement des camps d’entraînement à la vie sur Mars, le principal problème ne sera pas l’énergie ou l’eau, mais le manque de main d’oeuvre humaine.

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  • Vue de Mars. Pour produire de l’énergie sur place, la piste d’un réacteur nucléaire de 50kwh, enfoui dans le sol, est évoquée par Richard Heidmann.

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  • Voilà à quoi pourrait ressembler une navette terre-Mars par Space X selon Richard Heidmann.

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  • Le vaisseau pourrait comporter des panneaux solaires. Pour ce qui est du look, Elon Musk veille au grain. Il travaile à une tenue de cosmonaute qui ne soit pas seulement « pratique » mais qui comporte aussi des éléments « d’esthétique et de design» , également dévoilée d’ici fin 2015. De quoi faire pâlir d’envie les petits hommes verts...

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  • Un lanceur monumental sera nécessaire. Les dernières déclarations d’Elon Musk laissent plutôt à penser qu’il serait composé d’une seule unité, et non trois fusées réunies.

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  • L’autre danger évoqué par les spécialistes est celui de l’exposition aux rayonnements solaires et cosmiques qui toucheront les humains dans l’espace. « Il faudra prévoir des protections. Mais les dernières expériences menées sur le sujet montrent que les capacités d’écran de la chair humaine sont bien supérieures à ce qui était estimé », souligne Richard Heidmann. 

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  • Richard Heidmann a fondé l'Association Planète Mars et rédigé deux ouvrages, dont l'un en collaboration avec plusieurs auteurs, qui étudient les différents projets d'exploration de la planète Mars.

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Elon Musk dévoilera son vaisseau spatial Terre-Mars au public d’ici fin 2015, comme il vient de le promettre sur Reddit. Peu d’informations circulent sur son projet. Une chose est sûre : l’objet aura une  « architecture entièrement neuve », selon ses mots. Elle servira l’objectif initial du milliardaire sud-africain, inchangé depuis 2007 : poser un vaisseau de cent personnes sur Mars afin de démarrer une colonisation de la planète rouge.

En attendant, les spécialistes passent au crible les annonces savamment distillées par le fondateur de PayPal et Tesla qui a contribué à révolutionner l’industrie spatiale avec Space X. Créée en 2002, la firme est aujourd'hui avec Orbital Sciences l’une des deux sociétés privées à collaborer avec la Nasa pour ravitailler la station spatiale internationale.

Parmi ceux qui suivent l’aventure martienne de près : Richard Heidmann, invité mardi soir du Swiss Space Center, à l’EPFL, aux côtés de la Mars Society Switzerland. Pour cet ingénieur en propulsion spatiale, voici ce qui est « raisonnablement plausible » quand à un futur vaisseau terre-Mars conçu par Space X.

Il sera « récupérable ».

C’est le mot-clé de la stratégie de Space X, pour diminuer les coûts d’accès à l’espace et changer radicalement l’industrie. Si pour le moment les premières expériences de fusées réutilisables se sont soldés par des échecs, les progrès sont constants. Les images choc du crash, le 9 janvier dernier, d’un étage de Falcon 9 sur une barge ne font pas oublier que la descente s’est déroulée en grande partie comme prévu, à l’endroit convenu. De plus, avec Falcon Heavy dont le premier vol est prévu en 2015, Space X se fixe désormais l’objectif de récupérer la totalité de l'appareil, et non plus seulement un étage.

Ce sera un mono-vaisseau

L’objectif de faire atterrir l’ensemble du vaisseau sur Mars implique une architecture « simple », « probablement dans le style d’une navette », explique l’ingénieur qui est allé jusqu’à imaginer une sorte de shuttle d’une quarantaine de mètres de long. Le compromis idéal entre une fusée et un avion.

Il utilisera un moteur Raptor, fonctionnant à l’oxygène et au méthane.

Le mélange oxygène et méthane présenté en 2014 par Space X remplacera le carburant actuel, à base d’hydrogène ou de kérosène. Moins cher, le méthane endommage également moins les moteurs. Mieux, on peut le produire sur Mars : une condition indispensable pour assurer le voyage retour. « Ce mélange sera facile à stocker et à produire. Mais l’enjeu est la fiabilité des appareils à mettre en oeuvre. Il faut un mélange qui soit capable de fonctionner longtemps sans panne », souligne Richard Heidmann. La durée estimée d’un trajet aller vers la planète rouge est en effet de...six mois.

Son lanceur sera monumental

Dans ses déclarations les plus récentes, Elon Musk évoque « 100 tonnes de charge utiles » déposées sur Mars. Un chiffre cohérent avec celui d’une centaine de passagers, si l’on compte pour chacun d’eux « 500 kilos de nourriture et d’approvisionnement » selon Richard Heidmann, ainsi que cinquante tonnes de matériel. Ce qui suppose 600 tonnes de charge utile à placer en orbite basse, en incluant le poids du carburant, soit une masse de 12500 tonnes au décollage. Ce qui devrait nécessiter un lanceur gigantesque - et non un assemblage de trois fusées- qui pourrait faire 20 mètres de diamètre, 130 mètres de haut, et mobiliser 61 moteurs. L’équivalent d’une tour Eiffel !

Restent un grand nombre d’inconnues. Notamment les phases d’atterrissage du vaisseau qui restent l’une des étapes les plus délicates...et le financement d'un tel voyage.

 

Camille Andres

JOURNALISTE

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