Bilan

Les bots vont-ils détrôner les applis?

De plus en plus efficaces, les interfaces conversationnelles, ou chatbots, pourraient devenir le point d’entrée privilégié sur internet. D’où le très grand intérêt des marques.
  • En avril, le Genevois David Marcus a annoncé que Facebook lançait une plateforme de développement de bots.

    Crédits: David Paul Morris/Bloomberg/Getty Images
  • L’assistante virtuelle Evia compare les assurances de voitures à partir d’une photo.

    Crédits: Dr

« Pour la première fois, les marques vont pouvoir gérer des interactions personnelles à grande échelle. En terme de nouveautés, les bots sont l’équivalent des apps ou des sites web.» Vice-président, des produits de messagerie chez Facebook, autrement dit Messenger et WhatsApp et leurs 60 milliards de messages par jour, le Genevois David Marcus est enthousiaste à l’égard de la nouvelle génération des interfaces conversationnelles. Ces bots ou chatbots qui sont capables de dialoguer en se faisant passer pour une personne à la manière de l’intelligence artificielle à qui l’actrice Scarlett Johansson prête sa voix dans le film Her. Enfin presque.

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Facebook qui, comme Microsoft, a largement manqué la vague du mobile en n’ayant pas d’équivalent à l’Appstore d’Apple ou au Playstore de Google compte bien court-circuiter ses concurrents avec ces nouvelles interfaces. Le 12 avril dernier, lors de la conférence des développeurs F8, David Marcus a présenté la plateforme de développement de bots que Facebook ouvre dans un premier temps à un petit nombre développeurs. Sauf que «petit » pour Facebook… «En un mois un millier de bots ont commencé à être développé sur Messenger », selon David Marcus qui souligne le grand intérêt des marques comme par exemple BMW.

Remplacer les apps

Facebook est loin d’être seul à parier sur ces interfaces conversationnelles. «Elles  ont le potentiel de remplacer les apps pour devenir le nouveau point d’entrée privilégié d’internet», explique l’entrepreneur numérique Laurent Haug. Google a ainsi annoncé une stratégie concurrente à celle de Facebook lors de sa propre conférence I/O avec sa plateforme de chatbots Assistant pour sa messagerie Allo. Apple, Amazon, Microsoft, WeChat, Kik, Slack… suivent ces traces entrainant derrière eux une armée de start-up,  des centaines de millions de dollars d’investissements malgré le ralentissement du capital risque et une avalanche d’articles et d’events discutant la question de savoir si c’est une mode ou une vague ?

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D’un point de vue économique, il semble que les chatbots soient là pour durer. L’action dans le secteur internet s’est déplacée vers les messageries instantanées et leurs plus de 2,5 milliards utilisateurs qui ont dépassé fin 2015 l’audience des réseaux sociaux. «Les gens se sont habitués aux avantages des messageries instantanées  alors que dans le même temps ils se sont fatigués des applications mobiles », poursuit Laurent Haug.

De fait, un quart des applications mobiles sont abandonnées après une seule utilisation. A elles seules 20 applications mobiles capturent la moitié des revenus sur l’AppStore d’Apple. Le marché sature depuis un an et le téléchargement de 100 milliards d’apps. « Quel est l’intérêt aujourd’hui pour une marque de consacrer deux ans de développement à une app pour finir avec 400 téléchargements ? » interroge Laurent Haug.  «Passer pas une messagerie instantanée est gratuit et demande peu de frais de marketing. 

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La question restait cependant de savoir comment massifier les conversations avec les consommateurs ? De ce point de vue, les progrès de l’intelligence artificielle et surtout du big data sous-jacent, commencent à concrétiser la promesse longtemps non tenue d’interfaces conversationnelles acceptables: à savoir avoir une conversation et pas juste un jeu de questions-réponses. Ajoutons que ces interfaces restent supervisées par des humains afin d’éviter les risques de dérive raciste qu’a connu Microsoft avec son bot Tay...

Commerce conversationnel

La conjonction du succès des messageries et de l’intelligence artificielle explique donc l’engouement pour les chatbots. Il s’en développe dans tous les domaines. Spin-off du MIT, Insurify a, par exemple, crée Evia une assistante virtuelle qui compare les services d'assurances de voitures à partir d’une simple photo de la plaque d’immatriculation. Forbes et TechCrunch ont créé leurs chatbots sur la plateforme Chatfuel qui compte déjà 100 000 robots messagers et 5 millions d’utilisateurs. Uber, les pizzas Domino’s ou bien encore Paypal l’ont fait  sur Prompt et Procter & Gamble et Sony sur Msg.ai.  

En Suisse, le potentiel de ce commerce conversationnel commence à être expérimenté. Le lendemain des annonces de Facebook, Stephan Heuel, responsable de la géoinformation chez le consultant zurichois Ernst Basler + Partner, publiait sur son blog un post intitulé : «Oubliez les apps, les bots sont le future de la géolocalisation.» Il y décrit une interface conversationnelle pour les retards des trains capable de répondre à des questions comme quel est le train suivant et sur quel quai ? Contacté, il explique que ce prototype baptisé Trainbot Delay attendra la fin de l’année et l’ouverture probable des données des CFF via une API. Chez Liip, Pascal Helfenstein a, lui, commencé d’expérimenter ces technologies pour commander par la voix des objets connectés à internet.

Si l’action se concentre aujourd’hui sur le développement de chatbots dans les messageries, la prochaine étape devrait, en effet, passer par la voix. Alexa l’assistant vocal d’Amazon permet déjà d’interagir avec des objets via les speakers Echo et Tap. Google a annoncé un équivalent avec Google Home. Lancé en 2011 par Apple, Siri vient d’être ouvert aux développeurs externes pour servir de plateforme à des bots vocaux.

Reste que comme l’a constaté, Zanet Zabarac de Swissnex San Francisco en testant le chatbot de météo Poncho, ces technologies ont encore des progrès à faire. Basés sur l’énorme quantité de données rassemblées par les géants du Net, leurs programmes de machine learning sont cependant évolutifs. Plus les chatbots en apprendront sur nos goûts et même nos émotions plus ils seront efficients. On comprend l’intérêt du marketing. 

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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