Bilan

Les applications mobiles, un marché ultra-concurrentiel

Le marché des applis affiche une forte croissance. Les plus stratégiques pour les entreprises sont celles qui proposent des solutions par métier.

L’appli de billetterie Fairtiq, réalisée par Liip pour les clients des Transports publics fribourgeois.

Crédits: liip

Le marché «grand public» frise la saturation. Parmi 1,5 million d’applications mobiles disponibles sur Android et 1,6 million sur iOS (Apple), seules 25 en moyenne sont ouvertes chaque mois par les utilisateurs. Difficile dans ces conditions de se faire une place au soleil, d’autant plus que les 100 à 200 les plus utilisées génèrent 80% du trafic. A l’inverse, 95% des applications téléchargées sont effacées dans les trois mois qui suivent, de quoi décourager les nouveaux entrants.

Malgré la surabondance, le secteur des applications mobiles suscite encore un intérêt marqué, particulièrement en Suisse où l’offre devrait encore croître en 2016. Pour preuve, l’arrivée discrète à Genève, en septembre 2015, d’un leader européen de l’application mobile, Tapptic.

Très présente sur le marché français, l’agence de stratégie mobile basée en Belgique développe des applications phares pour le groupe RTL, telles que M6 (10 millions de téléchargements), et déploie également une importante activité sur le marché du luxe et du bancaire, auprès de BNP Paribas et LVMH notamment. Une expertise particulièrement exploitable en Suisse, que Tapptic met à profit en développant déjà la nouvelle application du joaillier Audemars Piguet. 

Innover pour survivre

Les entreprises continuent donc à investir, mais leurs exigences se précisent. Selon Thomas Botton, responsable produit à Lausanne pour l’agence Liip, un des principaux acteurs suisses dans le développement de solutions web et applications, on assiste depuis trois ans à un recentrage sur une valeur ajoutée mesurable: «On ne veut plus une app pour une app. En 2013, certains de nos clients venaient encore nous voir parce qu’on leur avait dit qu’il leur fallait une application. Aujourd’hui, la plupart d’entre eux arrivent avec une réflexion et des attentes précises. Il faut définir avec l’entreprise les objectifs à atteindre et mettre en place une stratégie et des outils de mesure de la performance.» 

Une analyse partagée par Christophe Chatillon, CEO de Tapptic: «L’application doit être réajustée continuellement en fonction des données récoltées, c’est un processus itératif. Les données mobiles sont contextualisées, ce qui permet d’optimiser l’expérience utilisateur, et donc le retour sur investissement de l’entreprise. Pour M6 par exemple, l’application peut détecter votre mobilité par le biais de votre smartphone, disons un trajet quotidien d’une demi-heure en train. Elle proposera donc deux vidéos de 15 minutes, avec une publicité adaptée.»

Les données contextualisées, en particulier la géolocalisation et les pushs, sont déjà largement exploitées par les sites d’e-commerce, sur lesquels 50% du trafic est généré depuis les smartphones, selon la plateforme Shopify. Le marché du «mobile-commerce» devrait passer les 30 milliards de chiffre d’affaires en 2016, en augmentation de 50% depuis quatre ans.

Face à l’âpreté de la concurrence, de nouvelles générations d’apps tentent de renouveler l’expérience utilisateur pour soutenir les ventes. L’application ClubMed, développée par Tapptic, propose ainsi des visites de resorts via des vidéos 360 degrés. En Suisse, l’agence Liip a étudié et présenté une solution pour permettre d’«essayer» virtuellement une montre, en la visualisant autour de son poignet au travers de l’écran.

Un virage stratégique indispensable

En dépit des efforts déployés à destination des clients, le plus haut potentiel de développement de l’application mobile est désormais orienté vers le cœur de l’entreprise. Selon Thomas Botton, de Liip, «la stratégie digitale se tourne de plus en plus vers les employés en proposant des solutions «métiers» à des problèmes concrets. Chez Schindler, les techniciens interviennent souvent hors ligne pour le dépannage des ascenseurs. L’application que nous avons développée donne accès au catalogue, même sans être connecté à internet.»

L’agence Liip, de Fribourg, a implémenté une app pour les Transports publics fribourgeois (TPF). Les chauffeurs de bus communiquent entre eux et avec le central par un système de téléphonie Cloud, au lieu de l’ancienne communication par radio, avec pour avantage, outre une meilleure qualité sonore, une réduction des coûts d’exploitation pour les TPF.

L’industrie n’est pas en reste et marque un intérêt croissant pour intégrer l’application à la production même. «Durant les dix derniers mois, nous avons fait plusieurs études d’architecture pour des entreprises qui cherchent à connecter des machines industrielles à une app métier via Bluetooth», relève Thomas Botton.

Gagnant tous les départements de l’entreprise, la digitalisation requiert désormais une stratégie globale. Une évolution qui focalise l’attention des grands cabinets de conseil internationaux comme Altran: «La digitalisation de la communication est largement couverte pour les entreprises, estime Nicolas Mayer, CEO d’Altran Suisse. Le marché s’oriente depuis deux ans vers la digitalisation de l’ensemble des processus internes.»

La convergence entre les applications et les systèmes d’information déjà en place dans les entreprises est au centre de toutes les attentions. SAP, leader mondial des ERP, ces progiciels de gestion inter et cross-entreprises, collabore actuellement avec Apple pour permettre l’intégration d’applications.

Pour Nicolas Mayer, l’intérêt est double: «D’une part, l’application est beaucoup plus facile à utiliser, et les gains de temps sont conséquents pour les employés. D’autre part, intégrée à un ERP comme SAP, elle permet un accès continu au système d’information de l’entreprise, même à l’extérieur. Pour une entreprise de maintenance, plus besoin pour les techniciens d’appeler ou de passer au bureau. Planning, commande des pièces auprès des fournisseurs, le S.I. interne est accessible depuis l’application.»

Les gains de productivité attendus sont tels que la digitalisation revêt une importance stratégique majeure, estime Nicolas Mayer: «La croissance du marché est exponentielle depuis deux ans, il y a une demande très forte de nos clients. Si une société ne digitalise pas ses processus internes aujourd’hui, elle ne sera rapidement plus compétitive.» 

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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