Bilan

Les stablecoins sont devenus un enjeu politique

L’objectif affiché des stablecoins est d’utiliser les potentialités de la cryptomonnaie en limitant la volatilité. Banques centrales, banques commerciales et Facebook se positionnent dans une lutte pour la souveraineté monétaire.

Pour le spécialiste de la blockchain Yves Bennaïm, la libra répond à la «démarche d’une citoyenneté sans Etat, l’objectif des GAFAM».

Crédits: Nicolas Righetti/lundi13

Pas une semaine sans que l’actualité ne se fasse écho d’une annonce liée aux stablecoins. Fin mars 2020, la cryptobanque zurichoise Sygnum annonçait le lancement d’une cryptomonnaie adossée au franc suisse et à valeur stable de 1 franc. Basé sur une DLT (distributed ledger technology), le jeton est transférable directement sans intermédiaire, réduisant les temps et coûts de transactions via l’utilisation de smart contracts par les banques et clients institutionnels utilisateurs.

Loin d’être isolée, cette annonce s’inscrit dans une tendance de fond qui a déchaîné la sphère économique et politique en 2019. Annoncé en juin 2019, le projet de stablecoin Libra, initié par Facebook et porté par un consortium de grandes entreprises du numérique, a suscité une levée de boucliers des Etats, inquiets de voir une monnaie concurrente toucher 1,7 milliard d’utilisateurs du réseau social et porter atteinte à leur souveraineté. Le ministre de l’Economie française Bruno Le Maire annonçait en octobre vouloir interdire la libra dans l’Union européenne, alors qu’en parallèle, les projets de cryptomonnaies de banques centrales fleurissaient. Notamment avec l’annonce d’un partenariat entre la BNS (Banque nationale suisse) et SIX pour expérimenter un cryptofranc, ou encore celle de la Banque centrale suédoise en février 2020 d’un test d’une «e-couronne».

Pour Yves Bennaïm, acteur genevois de l’écosystème Bitcoin et blockchain, on assiste à une lutte politique intense: «Une cryptomonnaie de banque centrale pourrait permettre de reprendre le contrôle sur la masse monétaire et aller vers la fin du cash souhaitée par beaucoup d’Etats. Quant à la libra, on est dans la démarche d’une citoyenneté sans Etat, l’objectif des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, ndlr)

Bitcoin, le véritable stablecoin?

La tournure politique est singulière pour un outil initialement confidentiel, conçu pour apporter de la stabilité dans les échanges cryptos. Pionnier du genre, le tether (valeur de 1 dollar) permet de procéder à du trading de cryptomonnaies sur des plateformes d’échanges sans repasser par les monnaies nationales, constituant une économie sur les frais et d’importantes facilités régulatoires. Puis, certaines banques commerciales comme JP Morgan se sont mis à émettre leurs propres stablecoins pour favoriser les transactions, notamment transfrontalières. «Chacun a la tentation de créer sa propre planche à billets en devenant émetteur, relève Yves Bennaïm. Mais la question de la stabilité reste discutable en adossant une cryptomonnaie à un actif comme le dollar, alors même que les Etats-Unis se lancent à nouveau dans une création monétaire sans précédent et nécessairement inflationniste.»

Le bitcoin et son émission totalement contrôlée (21 millions dans l’histoire) pourraient alors fournir le véritable gage de stabilité. Vincent Pignon, fondateur de WeCan.Fund et acteur du projet Libra, estime cependant sa volatilité encore trop forte pour répondre à l’objectif: «La planche à billets fait que l’argent devient, de manière croissante, déconnecté de toute réalité. La question sur quoi repose la monnaie et la confiance en celle-ci est reposée. En ce sens, le bitcoin se pose comme une pure cryptomonnaie. Le problème est que son cours varie trop, à cause du détournement vers un usage très largement spéculatif, et c’est encore sa limite aujourd’hui.»

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

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Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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