Bilan

Les lingots d’or trouvent la parade aux faussaires

Plusieurs technologies suisses ont fait leur apparition pour protéger le précieux métal, mais aucune ne s’est encore imposée comme un standard auprès des affineurs.

Le système d’AlpVision permet de détecter les contrefaçons grâce à un smartphone.

Crédits: Alpvision

La production et le commerce international de produits contrefaits génèrent des revenus d’environ 250 milliards de dollars par an selon les estimations de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE). Les contrefaçons n’épargnent pas les lingots d’or. Quelques cas ont été médiatisés où des revendeurs et négociants découvraient que leurs lingots étaient constitués à 95% de tungstène, caché sous une fine couche d’or. Car ce métal a la caractéristique d’être moins cher mais possède la même masse volumique. La plus grande banque américaine, JPMorgan Chase & Co., avait notamment trouvé en 2019 dans ses coffres des lingots d’or, abusivement griffés de la marque neuchâteloise Metalor.

Les quantités falsifiées s’avèrent minimes, mais ce type d’affaires entache la réputation des affineurs et sème le doute dans l’esprit des investisseurs, à l’heure où l’or est présenté comme la valeur refuge par excellence. Alors que le cours de ce métal a atteint un niveau record, banques et acheteurs craignent de tomber sur de faux lingots. Plusieurs experts recommandent d’ailleurs de les faire tester par ultrason pour en vérifier la pureté, car au regard des caractéristiques du tungstène, les tests de base de densité et de rayon X ne suffisent pas.

De nouveaux procédés plus rapides sont aujourd’hui proposés pour sécuriser les lingots d’or, à l’exemple de la technologie développée par la PME veveysanne AlpVision. Fondée en 2001 par Martin Kutter et Fred Jordan, cette société protège déjà chaque année près de 30 milliards de produits, dans de nombreux secteurs, grâce à des micro-trous qu’elle intègre dans les emballages. L’entreprise propose aux imprimeurs d’intégrer à leur logiciel d’impression une solution pour marquer les emballages avec des milliers de microtrous. Ces perforations qui représentent des fractions d’un cheveu sont invisibles
à l’œil.

AlpVision vient de lancer un nouveau procédé capable de repérer des microdéfauts directement sur les métaux précieux. «Nous exploitons les irrégularités microscopiques de la surface d’un produit et utilisons ces caractéristiques uniques comme moyen d’authentification. Toutes les solutions sont invisibles et détectables grâce à une application smartphone (iPhone ou Android)», explique Fred Jordan, directeur de l’entreprise hautement sécurisée. Il faut montrer patte blanche pour franchir le pas-de-porte de cette société de 15 personnes possédant des bureaux à Shanghai et à Portland. La technologie était jusqu’à présent réservée à un seul client dont Alpvision ne peut révéler le nom. Désormais, le procédé est accessible à tous les affineurs d’or aussi bien Pamp, Umicore, Metalor, Valcambi ou Argor-Heraeus.

Comment fonctionne le procédé d’AlpVision? Lorsque les affineries effectuent l’estampage des lingots d’or, elles moulent, frappent et estampent en relief une marque ou une inscription. «Cela laisse paraître des microdéfauts à la surface de l’or de l’ordre d’une dizaine de micromètres», poursuit Fred Jordan. Ces marques sont photographiées et les images sont envoyées sur un serveur. «Notre système permet grâce à un smartphone de détecter les contrefaçons des originaux. Nous avons environ 80 brevets et nos technologies n’ont jamais été contrefaites, affirme Fred Jordan dont l’entreprise génère des profits en croissance de 28% en moyenne par an depuis trois ans. Nous travaillons avec des affineurs, mais aussi avec l’industrie des lubrifiants automobiles, du tabac, ou de l’alcool ainsi que le secteur pharmaceutique.»

Martin Kutter et Fred Jordan ont fondé AlpVision à Vevey en 2001. (Crédits: Alpvision)

Logiciel, QR codes, encres...

AlpVision n’est pas la seule entreprise suisse à proposer une solution d’authentification. Sicpa est aussi active sur ce marché, tout comme la startup Paira à Lucerne. Cette dernière a aussi développé un logiciel capable de repérer les imperfections naturelles de surface. D’autres startups développent des QR codes sécurisés, à l’exemple de la lausannoise ScanTrust. L’authentification nécessite une application pour smartphone qui scanne ces codes QR sans recourir à des outils optiques supplémentaires. «Il existe au moins une dizaine de solutions mais aucune ne s’est imposée comme un standard auprès de différents affineurs», affirme Jonathan Jodry, responsable des laboratoires au sein de l’affineur Metalor à Marin (NE).

De son côté, Metalor a opté pour la solution BullionProtect développée par l’entreprise lausannoise Sicpa, leader mondial dans le domaine des encres de sécurité et acteur majeur de la protection des marques et de la traçabilité. «Elle est robuste et utilisée dans d’autres domaines depuis plus d’une décennie. Une encre de sécurité est déposée sur les lingots. Lorsque vous passez une lampe spéciale dessus, vous pouvez vérifier l’authenticité du produit, assure Jonathan Jodry. C’est à mon avis la solution la plus intéressante qui a aussi été choisie par d’autres affineurs de l’association faîtière, la LBMA. Cette technologie permet de valider parfois des milliers de barres dans la journée.»

Metalor cherchait une solution de protection adaptée aux volumes et marges des barres d’un kilo d’or. «Sachant qu’une barre d’or se vend avec une marge quasiment inexistante, de 10 à 20 francs, nous recherchions la meilleure solution technologique possible, à la fois ayant fait ses preuves et à moindre coût. En outre, nous ne voulions pas à l’origine d’une technologie qui nécessite la consultation d’une base de données.»

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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