Bilan

Les créateurs de contenus bientôt sans le sou ?

Que ce soit sur YouTube ou sur Twitch: les créateurs de contenus doivent se plier aux lois et aux copyrights. Récemment, les utilisateurs de Twitch ont reçu des signalements pour les musiques passant sur leurs streams. Mais ces signalements concernent aussi des contenus datant d'il y a plusieurs années.

Le rappeur T-Pain travaille sur des musiques que les streamers pourront utiliser.

Crédits: Source: Twitch/tpain

La situation a fait grand bruit début juin: Twitch annonce avoir reçu de nombreux signalement d’infractions au niveau de l’utilisation de musiques. En cause: de nombreux utilisateurs de la plateforme de streaming qui diffusent des musiques sans respecter la DMCA (Digital Millenium Copyright Act). Cette pratique se fait depuis de nombreuses années, mais c’est bien ce mois que les ayants droit ont décidé de frapper un grand coup. Ils ont demandé à la plateforme de retirer les vidéos qui posent problème.

Twitch a passé le message, mais non sans provoquer la grogne de ses utilisateurs. Ces derniers se plaignent de ne pas avoir été avertis plus tôt. Au moment où certains prenaient un ou deux avertissements, ils risquent surtout d’avoir commis des infractions à répétition et d’être purement et simplement bannis de la plateforme. Au moment de l’annonce, aucun outil n’existait encore pour supprimer plusieurs clips en même temps. Sur Twitch, les clips peuvent être faits par les spectateurs, qui sauvegardent un morceau du direct pour la postérité. Les créateurs avec de grandes communautés accumulent et peuvent compter des milliers d’extraits de 30 secondes. Ils ont dû trouver un script ou rapidement les effacer à la main, sous peine de voir cette application des règles rétroactive faire fermer leur chaîne.

Non non, rien n’a changé

Qu’est-ce qui a changé concrètement ? Rien. «C’est ce qu’on est censé faire depuis le début», rappelait Domingo, streamer, dans son émission du 9 juin. Popcorn est un talk-show dans lequel Pierre-Alexis Bizot - dont le pseudo est Domingo - invite des chroniqueurs pour parler de diverses thématiques. L’un des habitués du plateau se fait appeler Ponce. Il parcourt différents jeux et propose notamment ce qu’il a nommé «Radio Ponce». Il s’agit d’un moment durant lequel il s’amuse à enchaîner les morceaux de rock qui lui plaisent. Le matin de l’émission, il a bel et bien lancé sa radio mais cette fois, avec des musiques libres de droit. «C’était vraiment naze», lâche-t-il en rigolant.

Impossible d’utiliser les classiques comme Queen ou les Arctic Monkeys: il faut faire avec la jungle des musiques accessibles. Et pour trouver les bonnes, il faut fouiller. Xavier Dang, plus connu sous le nom de MisterMV, est un streamer connu sur la scène francophone. Interrogé dans l’émission Skell, produite par Millenium, il estime que Twitch a pu pendant longtemps passer à travers les mailles du filet. Il rappelle qu’il existe de nombreuses chaînes qui passaient en boucle des musiques de gros labels sur fond de jeu vidéo. Simplement, les ayants droit ont décidé de passer à l’action, même s’ils en avaient la possibilité depuis longtemps. «Twitch avait cet avantage d’être cette startup hipster que les gens ne prenaient pas vraiment au sérieux», explique Xavier Dang. A la fois joueur et créateur, MisterMV a précisé que sa propre musique pouvaient sans autre être utilisée par les autres streamers.

Ce que pointe du doigt le créateur, c’est que Twitch n’avait pas atteint une taille suffisamment critique pour inquiéter les maisons de disques et autres labels jusqu’alors. Ceux qui produisent du contenu sur YouTube le savent déjà: il faut se garder de jouer n’importe quelle musique. Les signalements affluent pour les plus grandes chaînes, et ce depuis des années. Joueur du Grenier, la chaîne tenue par Frédéric Molas et Sébastien Rassiat, fait régulièrement l’objet de plaintes. Conséquence: démonétisation de la vidéo problématique.

Les auteurs ont tout intérêt à protéger leurs œuvres et à signaler. Le procédé est relativement simple, puisqu’il s’agit d’un formulaire à remplir. Le site «whoishostingthis» propose un générateur pour créer instantanément un signalement, qu’il n’y a qu’à transmettre au fournisseur d’accès internet (FAI).

Tout, tout a continué

Encore une fois, il s’agit de la même loi sur le copyright qui s’applique à toutes les plateformes. Twitch l’a rappelé: les conditions d’utilisation sont les mêmes qu’auparavant. La différence réside en l’action menée par les labels, maisons de disques et autres personnes à qui la musique appartient. A l’époque, Zerator avait proposé de créer quelque chose avec la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem), afin que les créateurs puissent utiliser de la musique de manière légale sans entrer dans une des cases prédéfinies.


La Sacem dispose de barèmes. Celui pour les bars et restaurants se base surtout sur la commune et le nombre de places assises disponibles. Où placer des streamers qui réunissent 5000 ou même 50’000 personnes derrière leur écran, en passant une musique d’ambiance ?

Le prix des forfaits en euros. Crédits: Sacem.

Des solutions basées sur la générosité et les abonnements

Plusieurs solutions s’offrent à ceux qui veulent tout de même diffuser de la musique. D’une part, ils peuvent compter sur bon nombre d’artistes dont les œuvres sont libres de droits. Des sites comme Free Music Archive ou certaines chaînes YouTube se spécialisent dans la diffusion de ces musiques. Certains indépendants garantissent eux aussi la libre utilisation de leurs productions, parfois à condition d’être mentionné. Sur Reddit, des plateformes se manifestent et proposent des formules adaptées aux créateurs. C’est le cas de Chillhop.com. Concrètement, utilisateur lie son compte YouTube ou Twitch et cela lui permet d’être placé sur une liste blanche. Il a ainsi le droit de diffuser la musique du catalogue.

La bataille est loin d’être terminée pour les créateurs de contenus, peu importe leur plateforme de prédilection. La créativité, le droit à la parodie et à la citation se heurte au droit d’auteur, garant de la juste rémunération d’un artiste.


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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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