Bilan

L’ère de l’indépendance énergétique arrive

Certains en ont rêvé, Sébastien Bouvet l’a fait. Sa société Homsphere propose un nouveau paradigme de villas autonomes, viables économiquement.

Rien ne prédestinait Sébastien Bouvet à développer des habitats parfaitement autonomes. Après avoir créé et développé deux sociétés – Veritas Credit Corporation en 1989 (revendue en 1998 à la Coface) et TheoFinance en 2000 (cédée au Crédit Agricole en 2013), actives respectivement dans l’information financière et dans l’affacturage et la gestion de trésorerie pour tiers –, le Français a décidé de s’établir définitivement en Suisse. «Au départ, je pensais simplement investir dans des immeubles de rendement, vu que le marché immobilier est assez sain ici», nous confie-t-il. Mais, ne trouvant quasiment rien à acheter, son idée va évoluer. Sa société, Homsphere, développe un concept plus original avec Georges Berweiler, d’Efficience Energie et Habitat à Eysins, un ancien directeur d’Ernst & Young. «Mon idée est de créer un microréseau énergétique entre les maisons. Pour y parvenir, nous avons développé un logiciel qui s’adapte aux besoins, avec l’appui de la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion d’Yverdon-les-Bains. Plusieurs brevets ont même été déposés», résume Sébastien Bouvet. Cette technologie interroge les maisons toutes les deux secondes pour connaître leurs besoins, cela afin d’optimiser la consommation entre les bâtisses avant d’aller puiser l’électricité qui manque dans le réseau public.

Pour assurer la pérennité de ce système, lorsque Sébastien Bouvet achète un terrain, il fait inscrire au Registre foncier une servitude de gestion photovoltaïque en faveur de sa société Homsphere Energie «qui ne sert qu’à effectuer la facturation entre les maisons». Une servitude dont la validité a été fixée à trente ans.

«Nos six premières maisons, sises à Thônex (GE) et livrées au printemps 2019, ont été, durant les quatre premiers mois, autonomes à 80%. Puis 16% de l’électricité qui leur manquait a été trouvée au sein du microréseau, soit chez leurs voisins. Au final, seuls 4% ont été acquis auprès des Services industriels de Genève (SIG). Bref, le système a très bien fonctionné. Même si je sais que durant l’hiver, il faudra acheter davantage auprès des SIG», observe cet entrepreneur. Tous ces flux peuvent être contrôlés en temps réel sur une tablette numérique, aussi utilisée pour gérer l’éclairage, les stores électriques, la sécurité, etc. Ajoutons qu’une batterie dans chaque maison permet de charger 10 kWh pour passer la nuit sans avoir à acheter de l’énergie aux SIG. Durant l’hiver, cette batterie sert à acheter de l’électricité selon les prévisions météo.

Le cœur de son concept est le suivant: une maison bien isolée consomme en moyenne environ 6000 kilowattheures (kWh) par année. Homsphere y ajoute environ 2000 kWh pour une voiture électrique
(de type Nissan Leaf ou Renault Zoé), de quoi rouler environ 15 000 km par année, que la startup offre avec l’habitation. Estimant la production annuelle à plus de 11 000 kWh par villa, Homsphere Energie devrait disposer d’environ 3500 kWh pour faire du négoce avec les SIG. «Ce système fonctionne pour des maisons, mais aussi pour de petits immeubles de maximum 4 niveaux, pas davantage, sinon il n’y aura pas assez de puissance disponible en toiture», relève Sébastien Bouvet.

Ce dernier est admiratif de l’immeuble autonome inauguré en juin 2018 à Brütten (ZH), mais souligne l’aspect économique qui diffère entre les deux projets. Car ce dernier, s’il parvient à être autonome, utilise la fabrication d’hydrogène, d’où la nécessité de disposer de plusieurs décennies pour amortir ses installations. Autrement dit: il ne serait pas viable économiquement. «Non seulement notre modèle l’est, mais en plus, il permet une économie d’environ 5000 francs par an.»

Son argument phare: il facilite l’accès à la propriété. La Finma préconise en effet un taux d’intérêt hypothécaire fixé à 5%, auquel s’ajoutent 1% pour les amortissements et 1% pour les frais d’entretien, soit 7% en tout. Mais «avec notre technologie, nous parvenons à convaincre certains instituts bancaires de se baser sur un taux total de 6%. Ainsi, pour une famille qui doit emprunter un million de francs, cela signifie qu’au lieu de devoir avoir des revenus annuels d’au moins 210 000 francs, elle peut disposer de revenus de 180 000 francs.»

Sébastien Bouvet assure que son système fonctionne aussi pour de petits immeubles. (Crédits: Maillot/point-of-views)

Deux fonds sont prévus

En 2020, Homsphere va édifier trois petits bâtiments de trois étages à Romainmôtier (VD) sur un terrain acquis auprès d’un producteur de lait bio. Pour couvrir l’alimentation énergétique de ces immeubles, une surface supplémentaire de 800 m2, issue de la construction d’un bâtiment sur l’exploitation agricole du producteur, viendra compléter les 400 m2 de panneaux photovoltaïques prévus par Homsphere. Autre projet qui devrait démarrer: une trentaine d’appartements seront construits à Anières (GE). Pour les rendre entièrement autonomes, la toiture d’une barre de logements voisine sera louée pour y produire le complément nécessaire. «Nous pourrons y tester le modèle locatif.»

Sébastien Bouvet est bien décidé à développer son expertise en créant deux fonds. L’un sera un fonds locatif d’investissement qui pourra satisfaire aux fameux critères de l’investissement environnemental, social responsable (ESG en anglais) et offrira un rendement de 3 à 4%. «Nous cherchons environ 25 millions de francs pour lancer ce fonds. J’ai d’ores et déjà 14 maisons et 46 appartements dans le pipeline, destinés à aller dans ce fonds.» Le second fonds aura d’autres spécificités: l’achat de terrains, le développement, la promotion, puis la revente, avec à la clé des rendements de 4 à 5%.

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin 2019.

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