Bilan

Le stylo digital de la banque alimentaire de Genève

Partage à Genève a développé un stylo digital permettant au final de redistribuer les denrées périssables un jour plus tôt. Avec d'autres réformes et innovations, la banque alimentaire veut augmenter son efficacité dans le domaine social.
  • Un cuisinier blanchi et congèle certains mets.

    Crédits: Rebecca Bowring
  • Des plats prépréparés sont parfois livrés par Partage.

    Crédits: Rebecca Bowring
  • Lors des Samedis du Partage, des bénévoles sensibilisent la clientèle de grands magasins (Coop, Migros, Manor) afin de récupérer un maximum de denrées non périssables.

    Crédits: Rebecca Bowring
  • Les denrées sont livrées auprès des associations.

    Crédits: Rebecca Bowring

Chez Partage, la logistique est cruciale: 9 tonnes de produits frais sont récoltés chaque jour. Leur arrivée est imprévisible et ils doivent être redistribués dans les trois jours avant leur péremption. Comment diminuer la quantité de déchets afin de redistribuer au mieux les denrées aux 51 associations caritatives et services sociaux soutenus? Comment optimiser la chaîne de distribution avec des collaborateurs en emploi de solidarité (ndlr: ce qui signifie qu’ils ont épuisé leurs droits aux indemnités de chômage)?

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La banque alimentaire genevoise Partage y est parvenue avec l’aide financière de la Fondation Sesam (créée en 2011 par l’entrepreneur genevois Abdallah Chatila). Elle a implémenté un logiciel informatique moins onéreux que les systèmes du type SAP. Cela a été la tâche d’Hubert Pinier, directeur adjoint, venu du monde bancaire. Lorsqu’il a débarqué chez Partage en 2014, Hubert Pinier ne disposait que d’un PC avec des tableaux Excel. «Quand je suis arrivé, nous n’avions pas d’outils pour gérer nos stocks et nos collaborateurs n’étaient alors pas des gens proches du marché du travail. Nous avions surtout des personnes parlant mal le français, sans formation», résume-t-il.

Un programme de formation pour les collaborateurs

Il a fallu mettre sur pied un programme de formation intégrant de nombreux volets: sécurité au travail, port de charges lourdes, conduite de chariots élévateurs, chaîne du froid, hygiène alimentaire, etc.   Sur 52 collaborateurs à l’heure actuelle, 36 sont des personnes en emploi de solidarité (EdS). Des contrats à durée indéterminée. Le canton de Genève dispose d’un budget permettant de financer environ 700 EdS. «Nous recevons un montant forfaitaire par collaborateur en EdS qui correspond grosso modo à 80% de sa rémunération.» Précisons qu’il existe trois salaires de bases: 3225 francs pour quelqu'un sans aucune qualification, 3725 francs si la personne dispose d’un CFC et 4225 francs si la personne occupe un poste à responsabilité. Le reste des 20% doit être financé par Partage (dont 53% de ces recettes proviennent des dons privés).

Outre ces 36 personnes sur 52 qui sont en EdS, Partage emploie six personnes en activité de réinsertion que lui envoie l’Hospice Général. Dans ce cas, il s’agit d’un placement limité dans le temps (deux ans au maximum et à mi-temps). Cela étant, il existe une passerelle entre l’Hospice Général et les EdS qui permet de trouver des solutions. Partage a également droit de disposer d’au minimum deux «civilistes».  De quoi s’agit-il? Les personnes acceptées pour effectuer un service civil sont appelées des civilistes, anciennement des objecteurs de conscience. Le service civil est 1,5 fois plus long que le service militaire.

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Autant dire que pour pouvoir optimiser la gestion logistique des denrées périssables récupérées auprès d’environ 75 fournisseurs (23% provient de la Migros, 26% des samedis du partage, 11% de Manor, 6% de Coop, etc.), l’enjeu RH était loin d’être négligeable. Sur les 36 personnes en EdS, la moitié sont d’ailleurs toujours là trois ans plus tard.  D’autres ont retrouvé une place de travail classique, sont partis à la retraite ou ont abandonné. «Chaque collaborateur qui vient chez nous doit avoir un projet professionnel. Nous avons quelqu’un qui est en train de passer un CFC d’informatique. Un autre a déjà eu son CFC de logisticien en 2015. Nous œuvrons à la valorisation de l’être humain. Si cette personne se sent importante, elle va changer», observe Hubert Pinier. Résultat : l’absentéisme est tombé de 25 à 6%. «Nos salariés sont de plus en plus motivés car ils interviennent comme acteurs. Ils ne sont pas passifs.»

Numérisation et solutions en ligne

Désormais une quinzaine de personnes en EdS utilisent le stylo digital DIM.PEN. Développé avec l’appui technique des sociétés RAS, DIM et DFI, ce stylo est équipé d’une caméra qui numérise et archive automatiquement chaque document manuscrit. En fait, on le passe au-dessus d’une trame de mots prédéfinis. Grâce à la reconnaissance d’écriture, les quantités saisies sont automatiquement numérisées: il n’y a plus de ressaisie sur ordinateur. Chacune de ses données est alors exportée pour être intégrée dans les logiciels métiers de la fondation Partage. «Cet outil participe à l’optimisation du catalogue des produits frais: les stocks à jour étant à disposition des partenaires une journée plus tôt».

Les «clients» de Partage commandent la nourriture dont ils souhaitent disposer via internet. «Une association ne peut cependant pas commander les quantités qu’elle veut. Elle dispose d’un profil dans notre système qui indique le nombre de bénéficiaires dont elle s’occupe, le nombre d’enfants, etc. Ainsi, si elle n’a aucun enfant parmi ses bénéficiaires, alors elle ne pourra pas commander de couches culottes, par exemple», explique Hubert Pinier. Actuellement la fondation Colis du Cœur (qui reçoit environ 30% des denrées récupérées par Partage) et une seconde association sont désormais formées pour gérer au mieux la nouvelle application mise en place. Les autres seront formées d’ici quelques mois. «Mais le système est très simple. Cela nous permet également de bénéficier de statistiques claires et précises dont nos partenaires ont besoin».

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Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef adjoint à Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également responsable du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches.

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